
Introduction
En juin 1940, dans la première phase de la Seconde Guerre mondiale, la France tombe sous les coups des armées allemandes et une partie du pays se retrouve occupée par l’ennemi. Les légionnaires engagés en France ayant survécu et échappé à la captivité regagnent l’Afrique française du Nord (AFN ; Algérie, Maroc, Tunisie). Laissée par les Allemands sous administration française, celle-ci abritait alors le commandement et l’essentiel des unités de la Légion étrangère.
Fin 1942, les Alliés débarquent en Afrique du Nord. Le commandement français sur place, après de brèves négociations, se rallie à leur cause et décide de participer à la campagne qui s’annonce en Tunisie. Les forces de l’Axe — Allemands et Italiens — s’y étaient repliées depuis la Libye voisine, sous la pression des Britanniques et des Français libres, dont la 13e Demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE), qui réintégrera la Légion en 1944.
En Tunisie, en 1943, des unités de la Légion étrangère prennent part à de durs combats. Parmi elles figure le légendaire 3e Régiment étranger d’infanterie (3e REI), l’un des deux régiments les plus décorés de France. La campagne s’achève par une victoire alliée, la dernière résistance ennemie en Afrique ayant été anéantie. Les pertes parmi les légionnaires sont toutefois si lourdes qu’une réorganisation complète de la Légion est décidée au milieu de l’année 1943. De ses unités combattantes, seul le 1er Régiment étranger de cavalerie (1er REC) subsiste en Afrique. Tous les régiments d’infanterie, dont le 3e REI, sont en revanche dissous. Leurs hommes sont rassemblés au sein d’un régiment provisoire, le Régiment de marche de la Légion étrangère (RMLE), en référence à la célèbre unité du même nom de la Première Guerre mondiale.
Cette référence n’est pas une simple évocation symbolique : par filiation officielle, l’ancien RMLE avait été rebaptisé 3e Régiment étranger en 1920. C’est notamment pour cette raison que le nouveau RMLE de 1943 reçoit comme emblème le drapeau richement décoré du 3e REI, désormais officiellement dissous, et que ses hommes obtiennent le droit de porter la rare fourragère double.
À Fès, maison-mère du 3e REI, se dessine au même moment un curieux paradoxe, parfaitement voulu. Alors que le 3e Étranger est dissous, sa Portion centrale et les unités qui en dépendent restent actives et continuent à remplir leurs missions dans leurs garnisons marocaines. La raison en est évidente : on répugne à dissoudre définitivement un régiment si glorieux, préférant lui conserver au moins une certaine continuité légale.
À cette époque, la Portion centrale du 3e REI se composait d’un état-major et d’une compagnie de dépôt, auxquels étaient administrativement rattachées les deux dernières compagnies montées — jadis unités d’élite équipées de mulets (qui avaient joué un rôle de premier plan dans la pacification du Maroc et des confins algéro-marocains) —, trois compagnies portées (motorisées), ainsi que le Groupe autonome d’artillerie de Légion (GAAL), peu connu, composé de trois batteries. Toutes ces unités étaient disséminées à travers le Maroc, du nord-est au sud-ouest, séparées les unes des autres par des centaines de kilomètres, ce qui leur conférait une autonomie non négligeable.

Création du GCMP/3e REI
Cette composition ne reste cependant pas longtemps inchangée. En février 1944, le Groupe autonome d’artillerie est dissous, ses légionnaires renforçant les unités engagées en Italie ou celles qui se préparent à la libération de la France.
Deux mois plus tard intervient la décision cruciale. Le 22 avril 1944, une note de service du commissaire à la Guerre ordonne la dissolution de la Portion centrale de Fès et la transformation de ses unités restantes en un groupement autonome, administrativement assimilé à un régiment. Cette décision entraîne une nouvelle réorganisation au sein des unités du 3e REI au Maroc : fin mai, les deux dernières compagnies montées fusionnent. Il ne demeure plus qu’une seule, la 8e Compagnie montée (8e CM).
Le 1er juin 1944, le Groupement des compagnies montées et portées du 3e REI (GCMP/3e REI) voit enfin le jour. L’état-major de la Portion centrale dissoute devient celui du nouveau groupement, la compagnie de dépôt se transforme en Compagnie de commandement, et la 8e CM ainsi que les trois compagnies portées en deviennent les unités principales.
Le lieutenant-colonel Léontin Brisset, ancien commandant de la Portion centrale du 3e REI, est nommé chef de corps du GCMP. Il n’est pas un nouveau venu dans la Légion : dans les années 1930, alors capitaine, il avait été envoyé au Levant avec ses légionnaires et, en 1941, il y avait fait face à l’invasion britannique à la tête du 2e bataillon du 6e REI.
Le capitaine Maussenet est nommé son adjoint.
Sur le plan administratif, le GCMP dépendait du Dépôt commun des régiments étrangers (DCRE), à Sidi Bel Abbès, en Algérie, alors maison-mère de la Légion. Sur le plan opérationnel, en revanche, chaque compagnie restait autonome et relevait du commandement régional dont elle dépendait localement.
La note du 22 avril prescrivait également que les unités du GCMP porteraient les écussons et la fourragère double du 3e REI, et que les drapeaux et souvenirs des régiments dissous, déposés dans les casernements de la Légion étrangère à Fès, seraient confiés à la garde de la Compagnie de commandement du groupement. Il s’agissait en particulier du drapeau du RMLE de la guerre 1914–1918 et de l’ancien étendard du 1er REC *.
* Ce régiment, après vingt ans de service en Tunisie, avait été transféré à Fès fin 1940. Il avait cependant dû quitter la ville dans la deuxième moitié de 1943, en vue de son engagement attendu dans la libération de la France. Au vu des termes de l'ordre, on peut supposer que même la Portion centrale du 1er REC avait dû quitter définitivement Fès — contrairement à celle du 3e REI.

Les unités et leur emplacement
Les unités du GCMP, réparties à travers tout le Maroc, méritent chacune une présentation particulière.
L’état-major du lieutenant-colonel Brisset ainsi que la Compagnie de commandement, sous les ordres du capitaine Cartier, demeurent installés au quartier Fontanel, à Fès.
La 8e Compagnie montée, commandée par le capitaine Pfirrmann (futur chef de corps du 5e REI, de 1960 à 1961), tenait garnison à Khénifra, ville du Moyen Atlas située au nord du Maroc. Héritière de l’ancienne Compagnie montée du 3e REI (1920–1940), elle voyait son histoire remonter à 1907. La 8e CM comprenait deux pelotons à mulets, chacun formé de deux sections.
Aux côtés de cette dernière compagnie montée, le groupement comptait trois compagnies portées, dont l’histoire mérite d’être rappelée. Elles n’avaient en fait rejoint le 3e REI qu’à la fin du mois de mars 1943, à la suite de la dissolution du 2e REI. Ces trois unités motorisées formaient, au sein de ce régiment, les quatrièmes compagnies de chacun des trois bataillons. Connues jusqu’à la fin de 1942 sous le nom de « compagnies mixtes portées » (CMP), elles étaient nées de la réorganisation de l’armée française à la fin de 1940. De fait, elles constituaient l’élément le plus récent et le plus moderne de la Légion, mais aussi le plus rare. Seules deux autres compagnies portées existaient fin 1940, en Algérie, dont l’une sera d’ailleurs dissoute en 1943.
Les CMP remplaçaient en partie les compagnies montées évoquées plus haut, ainsi que les anciennes « compagnies d’accompagnement », unités d’appui dotées de mitrailleuses et de mortiers au sein des bataillons des régiments étrangers d’infanterie. Chacune se composait d’une section de commandement, de deux ou trois sections de fusiliers-voltigeurs portées sur camions (Ford V8), d’une section de mitrailleuses et d’un groupe de mortiers de 75 J.D. (Jouhandeau-Deslandres). Elles disposaient chacune d’une trentaine à une quarantaine de véhicules de tous types, dont des camions-citernes Latil ou Laffly et des camions-ateliers Panhard.
La 13e Compagnie portée (13e CP), dont l’histoire remonte à 1894 et à la compagnie montée d’Aïn Sefra, était l’ancienne 12e Compagnie mixte portée (12e CMP) du 3e bataillon du 2e REI. En juin 1944, elle se trouvait sous les ordres du capitaine Clémençon, que remplace en juillet le capitaine Laborde-Barbanègre. Elle tenait garnison au poste Le Moal, à Foum el Hassan, dans l’extrême sud marocain, où les températures estivales dépassaient souvent 50 °C. C’était la garnison de la Légion la plus méridionale du Maroc et probablement, à l’époque, le poste légionnaire le plus au sud de toute l’Afrique du Nord. Le poste avait été construit en 1934 par cette même compagnie. Celle-ci venait d’être transformée, l’année précédente, de Compagnie montée du 4e REI en Compagnie montée automobile du même régiment (CMA/4). De 1933 à 1939, elle avait à sa tête le capitaine Gaultier, une figure emblématique, considéré comme le « père » de la Légion de l’après-guerre en tant que commandant du DCRE (de 1945 à 1949).
Depuis la fin des années 1930, la 13e CP entretenait au sein de la Légion la réputation d’une unité dont les missions se rapprochaient le plus de l’image romantique que des générations de jeunes hommes se faisaient du légionnaire parcourant les étendues désertiques du Sahara. Elle restait en contact régulier avec Tindouf, à environ 200 km, base française la plus occidentale d’Algérie, bâtie dans le désert avec le concours de l’ancienne CMA/4. Elle maintenait également la liaison avec Fort Trinquet, à quelque 600 km au sud, en Mauritanie, sur la route impériale reliant l’AFN à l’Afrique occidentale française (AOF). La compagnie accompagnait aussi régulièrement les hauts représentants de l’administration militaire française lors de leurs déplacements vers les régions plus méridionales, parfois jusqu’au Soudan (le Mali actuel).
La 14e Compagnie portée (14e CP), ancienne 8e Compagnie mixte portée (8e CMP) du 2e bataillon du 2e REI, était installée au quartier Morel, à Taroudant, au sud-ouest du Maroc — ville connue pour ses six kilomètres de remparts du XVIe siècle, comptant 130 tours et 19 bastions. La compagnie y avait été créée vers 1940, à partir d’éléments de la Compagnie d’accompagnement du 2e bataillon du 4e REI (CA2/4).
La 15e Compagnie portée (15e CP) tenait garnison, depuis 1943, à Marrakech, ancienne capitale du Maroc et ancien siège du 4e REI. En novembre 1940, la 9e Compagnie de ce régiment, renforcée d’éléments d’un escadron du 2e REC dissous, avait été transformée en 4e Compagnie mixte portée (4e CMP) du 1er bataillon du 2e REI, basée à Ouarzazate, au sud-est du pays. C’est elle qui deviendra la 15e CP.




Les missions et les hommes
Les missions des unités du GCMP étaient variées. La Compagnie de commandement, outre la gestion administrative du groupement, assurait également le ravitaillement des unités françaises transitant par Fès. Au seul mois de juin 1944, par exemple, elle prépare et distribue plus de 5 000 repas chauds.
Quant aux quatre compagnies montées et portées, dites « de souveraineté », leur mission consistait avant tout à maintenir l’ordre et la présence française dans leurs régions respectives, à participer à des travaux d’infrastructure (construction de routes, de postes), à ravitailler les garnisons isolées ou à escorter les autorités officielles lors de leurs déplacements. Elles participaient par ailleurs à des manœuvres militaires régulières et s’entraînaient pour conserver leur aptitude au combat.
Sur le plan opérationnel, la 8e Compagnie montée relevait de la Division de Meknès, tandis que la 15e Compagnie portée dépendait de la Division de Marrakech. Les deux compagnies portées restantes étaient rattachées à la Subdivision d’Agadir-Confins (SAC). Créée en 1934, la SAC avait pour mission de surveiller, stabiliser et contrôler les zones frontalières du Sahara, particulièrement sensibles et désertiques. Sur le plan territorial, sa zone de responsabilité s’étendait non seulement sur le Sud marocain, mais aussi sur toute la région de Tindouf, en Algérie, ainsi que sur celles de Fort Trinquet et de Chegga, en Mauritanie.
L’effectif théorique de chacune des quatre compagnies montées et portées devait être de 230 à 250 hommes, soit près du double de celui d’une compagnie d’infanterie ordinaire. Les besoins de la guerre en cours avaient toutefois réduit ces effectifs à un niveau à peine tenable : selon les informations disponibles, chaque unité ne comptait plus qu’entre 70 et 90 légionnaires. Au total, le GCMP ne représentait donc plus de 400 hommes.
Une partie de cet effectif se composait de vieux légionnaires, ayant passé de nombreuses années dans les compagnies montées, qui préféraient la solitude et la vie nomade des vastes plaines et semi-déserts du sud marocain, loin de la civilisation moderne. Une autre partie était formée de légionnaires de nationalité allemande, autrichienne ou italienne, qui avaient fait valoir leur droit de ne pas combattre leurs compatriotes ; ils constituaient pour l’essentiel les cadres de ces unités. Enfin, une dernière partie significative regroupait des hommes qui, pour diverses raisons, n’avaient pas été retenus dans les unités combattantes en formation à destination de l’Italie et de la France.
De par leurs racines, les hommes servant dans leurs rangs et la continuité de leur présence en Afrique du Nord, ces unités seront longtemps considérées, bien après 1945, comme les dernières dépositaires de l’esprit, des traditions et de la discipline rigoureuse de la « Vieille Légion » d’avant-guerre.

L’uniforme et l’équipement
En ce qui concerne l’uniforme des légionnaires du GCMP/3, l’habillement d’avant 1940 avait été intégralement conservé dans les garnisons du Sud marocain, celles-ci n’étant pas comprises dans le plan américain de réarmement. Ce plan avait d’abord profité au RMLE et au 1er REC, dont les légionnaires étaient presque entièrement équipés de tenues et d’armements américains.
Durant les années 1944 et 1945, les compagnies de souveraineté de la Légion en Afrique du Nord portaient donc l’uniforme français modèle infanterie de 1938, agrémenté d’effets américains ou anglais au gré des distributions dans les magasins. Le port des insignes et des grades connaît toutefois d’importants changements entre 1943 et 1944 : les sous-officiers supérieurs et les officiers, par exemple, transfèrent leur grade du bas des manches vers les pattes d’épaule. Un changement notable, et sans doute peu apprécié, est la suppression complète des chevrons d’ancienneté, portés jusque-là en haut de la manche gauche ; ils ne seront rétablis que vers 1948, sous une forme beaucoup plus discrète.
Le képi blanc, les épaulettes vertes et rouges et la ceinture bleue caractérisaient la tenue de parade traditionnelle du légionnaire. Fait notable : alors que les unités de la Légion sont régulièrement dotées, à partir de 1945, d’une cravate verte, les compagnies montées et portées du Maroc conservent la cravate kaki clair, encore visible sur des photographies de 1949.
L’équipement du groupement demeurait, lui aussi, ancien. Les bretelles de suspension étaient du modèle 1892/15 modifié 1934, en cuir fauve, portant les cartouchières modèle 1888/16. Le casque Adrian (en acier) du type 1926/37 reste en usage dans ces unités jusqu’au milieu des années 1950.
L’armement des quatre compagnies était vieux et passablement usé : on y trouvait des carabines Berthier modèle 1916 à chargeur de cinq cartouches, quelques fusils-mitrailleurs modèle 1924/29 et des mitrailleuses Hotchkiss modèle 1914.
Comme indiqué plus haut, le parc automobile se composait avant tout de camions Ford V8 (Manford), de camions-citernes Latil ou Laffly et de camions-ateliers Panhard. Les commandants de compagnie disposaient quant à eux, selon toute vraisemblance, de voitures Renault Viva Grand Sport, qui resteront en service jusqu’en 1946, voire 1947. Une source mentionne également, pour chaque compagnie portée, trois automitrailleuses Renault, mais rien ne permet de le confirmer de manière fiable.
Quant au matériel radio, il n’y en avait presque pas. Comme s’en plaint dans ses mémoires un jeune officier de la 13e CP, l’unité ne disposait d’aucun poste portable pouvant être monté sur un véhicule ou porté à dos de légionnaire. Les missions dans le désert se déroulaient donc sans aucune liaison avec le PC de la compagnie ni avec les autres postes militaires. Il est presque certain que la même situation prévalait dans les autres unités du GCMP.
Ainsi équipées et organisées, les unités du GCMP vont traverser la fin de la guerre et les premières années de l’après-guerre.
Le GCMP/3 en 1944
Revenons à présent au fil chronologique des événements, à partir de la création du GCMP en juin 1944.
Après cette création, un organe liquidateur est maintenu à Fès pour la liquidation des comptes de la Portion centrale dissoute du 3e REI, jusqu’à la fin du mois d’août.
Le 13 juin, un renfort de 50 légionnaires destiné aux unités combattantes est dirigé vers l’Algérie, à Sidi Bel Abbès. Le 27, ces hommes sont relevés par un détachement de 53 légionnaires venus du DCRE.
Pendant l’été, à Fès, l’état-major et la Compagnie de commandement participent aux cérémonies commémorant l’anniversaire de la mort du maréchal Lyautey, le 27 juillet, ainsi qu’à celles célébrant la libération de Paris, à la fin du mois d’août.
En septembre, le lieutenant-colonel Brisset procède à l’inspection de la 8e Compagnie montée à Khénifra, de la 15e Compagnie portée à Marrakech, et des 13e et 14e Compagnies portées, installées au bivouac de l’oued Souss, au sud d’Agadir. Ces deux unités s’y trouvaient après avoir passé près de deux mois aux travaux de piste aux abords du djebel Lkest, dans l’Anti-Atlas.
Le 14 septembre, le GCMP célèbre la fête du 3e REI : la commémoration de la remise de la Médaille militaire au drapeau du RMLE de 1914–1918, le 14 septembre 1919. Cependant, quelques années plus tard, cette fête sera plutôt consacrée à la commémoration de la percée de la ligne Hindenburg, le 14 septembre 1918, qui avait conféré au RMLE, puis au 3e REI, son héritier, le droit de porter la fourragère double aux couleurs de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre. Aujourd’hui encore, dans les années 2020, cette fourragère des plus rares n’est portée en France que par deux régiments.
Le 11 novembre, les unités du groupement prennent part aux cérémonies marquant la fin de la Première Guerre mondiale.
Pendant les fêtes de Noël, le 24 décembre, la musique de la Légion (rattachée administrativement au DCRE) vient spécialement à Fès jouer pour les légionnaires du GCMP, au camp Fontanel.
Pendant ce temps, en Europe, les combats entre les Alliés et les forces de l’Axe se poursuivaient avec acharnement. Le RMLE, sous le drapeau du 3e REI, ainsi que le 1er REC et la 13e DBLE, prenaient part aux durs combats de la libération de la France, progressant pas à pas vers l’est et le nord-est du pays, en direction de la frontière allemande.


Le GCMP/3 en 1945
En janvier 1945, les capitaines Brulé et Cheliakine sont affectés à l’état-major du GCMP. Le capitaine Brulé sera le dernier chef de corps du 4e REI, de 1963 à 1964 ; entre 1941 et 1943, il avait servi à la 4e Demi-brigade de Légion (4e DBLE) au Sénégal, en AOF.
Au cours du même mois, la Compagnie de commandement du GCMP, toujours sous les ordres du capitaine Cartier et de son adjoint, le lieutenant Legros, distribue aux soldats de passage à Fès plus de 4 000 repas chauds.
Du 17 janvier au 4 février, la musique de la Légion de Sidi Bel Abbès séjourne de nouveau à Fès, auprès du GCMP, participant à diverses cérémonies militaires et soirées de gala, où elle remporte un vif succès.
Au même moment, les derniers combats acharnés se poursuivaient en Alsace pour le RMLE et le 1er REC. L’Alsace est entièrement libérée fin mars. Les deux unités se dirigent ensuite vers l’Allemagne, où elles contribuent à libérer région après région. Fin avril, les unités de la Légion pénètrent en Autriche : la guerre en Europe touche rapidement à sa fin.
Durant cette période, le lieutenant-colonel Brisset est promu colonel.
Le 30 avril, le GCMP commémore le combat de Camerone, fête de la Légion.
Le 3 mai, la prise de Berlin est célébrée avec enthousiasme ; les légionnaires du GCMP reçoivent quartier libre. La musique de la Légion, revenue à Fès, joue lors de la fête organisée pour les anciens légionnaires de la ville.
Le 8 mai, la guerre prend fin en Europe. Le lendemain, des cérémonies à la mémoire des morts au champ d’honneur sont suivies d’un quartier libre.
Le 1er juillet, le RMLE, après avoir défilé sous l’Arc de triomphe à Paris fin juin, devient le nouveau 3e REI. À la même date, un autre Régiment de marche de la Légion étrangère est officiellement créé à Sidi Bel Abbès, destiné aux combats du Pacifique contre les Japonais.
En juillet 1945, la Légion compte ainsi le DCRE, le GCMP, le 3e REI, le 1er REC, la 13e DBLE, une compagnie saharienne portée (CSPL), une compagnie de discipline et le RMLE — bientôt désigné RMLE-EO. En Chine, les rescapés de l’ancien 5e REI forment un bataillon de marche.
En août, un détachement précurseur du nouveau 3e REI arrive à Fès ; le régiment lui-même suit en septembre et s’implante au quartier Stéfani.
Le 1er septembre, au quartier Stéfani, le colonel Brisset remet le drapeau du RMLE de 1914–1918 au colonel Olié, chef de corps du nouveau 3e REI. La Compagnie de commandement du GCMP en assurait la garde depuis la fin de 1942, alors qu’elle n’était encore que la compagnie de dépôt de la Portion centrale du 3e REI.
Quelques jours plus tôt, l’étendard et les souvenirs du 1er REC, également gardés par le GCMP à Fès, avaient été remis à ce régiment, tout juste revenu au Maroc.
Le 14 septembre, le GCMP et le 3e REI célèbrent ensemble la fête du régiment. À Fès, les cérémonies se tiennent sous la présidence du colonel Lambert, du DCRE ; le colonel Miquel, du 1er REC, y est également présent.
En octobre, le capitaine Brulé, jusqu’alors à l’état-major du GCMP, prend sous ses ordres la Compagnie de commandement.
Le commandement même du groupement n’échappe pas aux changements : le 18 octobre, le colonel Brisset est remplacé par le lieutenant-colonel Georges Guyot. Ce dernier avait été l’un des officiers fondateurs du 4e REI, en novembre 1920, avant de commander, dans les années 1930, la Compagnie de mitrailleuses du 2e bataillon de ce régiment (CM2/4). Par une coïncidence remarquable, cette compagnie était devenue, après plusieurs changements de dénomination, la 14e CP du GCMP.
Le 1er novembre, le capitaine Brulé est affecté au 3e REI. Le lieutenant Pohl, jusqu’alors officier des détails du GCMP et porte-drapeau de l’ancien drapeau du RMLE (servant d’emblème au groupement), le remplace à la tête de la Compagnie de commandement.
À la 13e CP, le lieutenant Lacote (futur chef de corps de la 13e DBLE à Djibouti, 1962–1965) succède au capitaine Laborde-Barbanègre.
À cette époque, les compagnies portées du groupement ne comptaient plus que trois pelotons de fusiliers-voltigeurs. Le peloton (ou la section) de mitrailleuses ou d’automitrailleuses, qui avait figuré dans leur organisation, n’existait déjà plus.

Le GCMP/3 en 1946
Au début du mois de janvier 1946, le 3e REI, désigné pour servir en Indochine, quitte Fès pour la France. Il s’installe dans les camps d’Aubagne et de Carpiagne, près de Marseille, où il soumet ses hommes à trois mois d’instruction. Clin d’œil de l’histoire, ces mêmes camps accueillent aujourd’hui respectivement le 1er Régiment étranger (1er RE) et le 1er REC. Les éléments absents et inaptes du 3e REI passent au GCMP.
Le 16 février, la 15e CP s’implante à Tiznit, au sud du Maroc, après avoir quitté Marrakech. Désormais, les trois compagnies portées se trouvent regroupées dans la même région et rattachées à la SAC d’Agadir.
Entre-temps, la situation des effectifs, jusque-là fortement réduits, commence à s’améliorer. La 13e CP, par exemple, qui ne comptait pas plus de 80 hommes à la fin de 1945, en réunit déjà 200 à la fin de février 1946. Les effectifs des autres unités du groupement — et, plus largement, du reste de la Légion — connaissent une amélioration similaire. La plupart de ces nouvelles recrues étaient des volontaires allemands, issus notamment des camps de prisonniers.
En avril, un nouveau 4e REI, encore en formation, prend ses quartiers à Fès pour y remplacer le 3e REI parti en Extrême-Orient, tandis que le commandement du GCMP s’apprête à rejoindre le sud du Maroc.
Fin avril, le groupement fête l’anniversaire du combat de Camerone.
Le 21 mai, le commandement du GCMP/3 transmet au 4e REI les charges qu’il assumait à Fès et quitte son camp, occupé par le 3e REI depuis 1920. Il est transféré à quelque 600 km au sud, auprès de ses trois compagnies portées, et s’installe le 23 à Agadir, au camp IV (appelé plus tard camp Sigmann).
Au cours du premier semestre, le chef de bataillon Panchuquet, ancien capitaine à la Montée du 3e REI (qui deviendra la 8e CM), succède au commandant Maussenet comme adjoint au chef de corps du GCMP. Entre juillet et septembre, Panchuquet assume provisoirement le commandement du groupement, le lieutenant-colonel Guyot ayant dû se rendre en France.
En juin, le lieutenant Lacote est remplacé à la tête de la 13e CP par le capitaine Chargois, officier n’appartenant pas à la Légion, qui ne la commandera toutefois que jusqu’à la fin du mois de septembre. Lacote prend, quant à lui, le commandement de la 14e CP.
Le 14 juillet, ces deux compagnies portées prennent part au défilé des troupes à Agadir.
Au cours de l’été, les légionnaires de la 13e CP remettent en état le camp Alibert, à Agadir, pour les besoins du groupement.
Cette même année, le parc automobile des unités se renouvelle : les vieux véhicules hors d’usage sont remplacés par des véhicules issus des campagnes alliées en Afrique du Nord. Il s’agit principalement de camions anglais « avec une cabine avancée », vraisemblablement des Bedford QL, ainsi que de véhicules plus légers : des Dodge 4×4 américains et, probablement, des Bedford MW anglais. Ces véhicules légers servent surtout aux cadres ; certains Dodge, équipés d’un poste radio, sont également utilisés comme véhicules de liaison radio.
Mais rien ne dure éternellement. Le 3e REI existait à nouveau, ce qui rendait inutile de garantir son existence juridique par d’autres moyens. De plus, le régiment servait alors en Indochine, et le maintien d’une petite partie de ses effectifs au Maroc était sans aucun doute problématique sur les plans logistique et administratif. C’est probablement de là que naît la volonté de rendre autonome l’ancien groupement et d’y regrouper, au sein d’une formation motorisée homogène, les unités « portées », désormais privées de la compagnie montée.
Par un ordre ministériel du 5 septembre, le GCMP du 3e REI devient ainsi, à compter du 1er octobre 1946, une entité entièrement indépendante : le Groupement des compagnies portées de Légion étrangère du Maroc (GCPLEM, également désigné GCPLE).
Par le même ordre, la 8e Compagnie montée quitte le groupement pour être rattachée, dès le 1er octobre, à l’ancien 4e REI de Fès, transformé après quelques mois d’existence en 4e Demi-brigade (4e DBLE).
Avec cette réorganisation, le dernier gardien des traditions du 3e REI au Maroc perd le privilège d’en arborer les distinctions, qui disparaissent de la tenue des légionnaires du groupement. Ainsi s’achève l’histoire d’une unité remarquable, qui avait réuni et préservé des éléments de tous les régiments de la Légion étrangère stationnés au Maroc durant l’entre-deux-guerres (2e REI, 3e REI, 4e REI, 2e REC). Son héritage se perpétue désormais au sein du GCPLEM : le Groupement des compagnies portées.






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Principales sources d’informations :
J.M.O. du GCMP/3 (1944-1946)
Képi blanc revues
Vert et Rouge revues
Michel Brun : A Foum El Hassan avec la 13e CPLE 1946-1947 (Képi blanc, 1996-1997)
J. Brunon, G.-R. Manue, P. Carles : Le Livre d’Or de la Légion (Charles-Lavauzelle, 1976)
Tibor Szecsko : Le grand livre des insignes de la Légion étrangère (S.I.H.L.E., 1991)
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L’article original : Mounted and Motorized Company Group, 3e REI
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En savoir plus sur l’histoire de la Légion :
Légion étrangère en Orient : 1915-1919
Groupe de Reconnaissance Divisionnaire 97
Cie Para: Compagnie Parachutiste du 3e REI
…ou voyez…
Tous nos articles en français sur la Légion étrangère
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La page a été mise à jour le : 8 octobre 2026
