Retracez l’histoire détaillée de la Légion étrangère en Europe du Sud-Est pendant la Première Guerre mondiale. Découvrez les hommes oubliés et leurs campagnes pratiquement inconnues, largement éclipsées par les célèbres batailles du front de l’Ouest. Loin de la France et de l’Afrique du Nord, dans les tranchées sous le soleil brûlant de Gallipoli ou dans les montagnes froides et enneigées de Macédoine, ces légionnaires ont eux aussi combattu courageusement pour la gloire de la Légion et pour la victoire des Alliés dans la Grande Guerre.

Introduction
Fin juillet 1914, à la suite de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche par un Serbe de Bosnie, l’Autriche-Hongrie envahit la Serbie, proche alliée de la Russie. La Première Guerre mondiale commence. Deux coalitions s’affrontent : les Alliés (ou Entente, formée en 1907), composés de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Empire russe, et les Puissances centrales, composées de l’Autriche-Hongrie et de l’Empire allemand.
Fin octobre 1914, l’Empire ottoman (l’actuelle Turquie) entre en guerre, signe secrètement un traité d’alliance avec les Puissances centrales et attaque les installations navales russes en Crimée et en mer Noire.
De plus, les Ottomans ferment les Dardanelles, un détroit naturel reliant la mer Méditerranée à la mer Noire et séparant l’Europe de l’Asie. Connu également sous le nom de détroit de Gallipoli, il constituait à l’époque la seule voie permettant aux Alliés d’approvisionner la Russie. En réponse, les Alliés ont déclaré la guerre à l’Empire ottoman et ont planifié une campagne dans le sud-est de l’Europe pour contrôler les Dardanelles.
Bataillon de Légion d’Orient du 1er RMA
Pour la campagne des Dardanelles, le commandement français décide de constituer une nouvelle division, qui doit inclure un régiment de marche formé en Algérie, en Afrique du Nord française : le 1er Régiment de marche d’Afrique (1er RMA). Il s’agit d’une unité mixte, comprenant des éléments de la Légion étrangère et des zouaves, soldats recrutés parmi les colons français.
Le régiment est créé au début du mois de février 1915. Un mois plus tard, l’un de ses trois bataillons est organisé au sein de la Légion, stationnée en Algérie depuis les années 1830.
Le Bataillon de Légion d’Orient est mis sur pied à Sidi Bel Abbès, alors maison-mère de la Légion, le 1er mars 1915. Il comprend un état-major et quatre compagnies. Deux proviennent du 1er Régiment étranger (1er RE) et deux autres du 2e Etranger (2e RE), seuls régiments organiques de la Légion à cette époque. Le bataillon compte 1 124 hommes sous les ordres du commandant Louis Geay. Ayant passé seulement quelques mois dans la Légion, cet officier avait auparavant commandé les tirailleurs algériens, des fantassins indigènes.
Le Bataillon de Légion devient officiellement le 3e bataillon du 1er RMA. Toutefois, pour les questions administratives, il dépend du 1er Etranger.
Composition du Bataillon de Légion d’Orient en mars 1915
- Commandement : Chef de bataillon Geay
- Etat-major : Lieutenant Royer
- Section de mitrailleuses : Lieutenant Dumenieu
- 1ere Compagnie : Capitaine Rousseau
- Lieutenant Hamot
- Lieutenant Bouhelier
- 2e Compagnie : Capitaine Kelsch
- Lieutenant Gully
- Sous-lieutenant Beck
- 3e Compagnie : Capitaine Cao-Van
- Lieutenant Chavanne
- Lieutenant Timm
- 4e Compagnie : Capitaine Bernois
- Lieutenant Bisgambiglia
- Sous-lieutenant Voigt
En route pour Gallipoli
Le lieutenant-colonel Desruelles prend le commandement du 1er RMA. Pour la campagne à venir, le régiment est rattaché à la 1ère Brigade métropolitaine du général Vandenberg (qui a servi dans la Légion de 1897 à 1901 et de 1912 à 1913), aux côtés du 175e Régiment d’infanterie (175e RI) sous les ordres du lieutenant-colonel Forey. Ce dernier a rejoint la Légion en tant que sergent en 1884 et obtient son grade d’officier au Tonkin (Indochine) deux ans plus tard. Il commandera le 1er Etranger de 1918 à 1919.
Avec la 2e Brigade coloniale, des unités d’artillerie et du génie, la 1re Brigade métropolitaine constitue la 1re Division d’infanterie du général Masnou. Pour l’instant, cette division représente le seul élément du Corps expéditionnaire d’Orient (CEO) français, sous le commandement du général d’Amade. Le CEO est ensuite placé sous l’autorité du Corps expéditionnaire allié de la Méditerranée du général britannique Sir Ian Hamilton.
Le 2 mars 1915, le Bataillon de Légion quitte l’Algérie pour Gallipoli. Il fait escale à Lemnos (île grecque en mer Égée, entre la Grèce et la Turquie) jusqu’à la fin mars, puis à Alexandrie (en Égypte britannique) jusqu’au 10 avril. En Égypte, le régiment poursuit son instruction et reçoit son drapeau.
Le 11 avril, la section hors rangs (SHR) du bataillon, composée d’hommes du 1er RE, quitte l’Algérie pour rejoindre l’unité.
Le même jour, le bataillon retourne à Lemnos. Le reste du régiment, désormais commandé par le lieutenant-colonel Foulon, le suit une semaine plus tard. Un grand camp y est établi, y compris un dépôt du régiment.
À partir du 24 avril, les forces alliées sont regroupées à Ténédos, une île grecque située stratégiquement à l’entrée des Dardanelles. (Aujourd’hui, elle appartient à la Turquie et porte le nom de Bozcaada.) Le détroit des Dardanelles est bordé à l’ouest par la péninsule de Gallipoli (Europe) et à l’est par l’Anatolie (Asie Mineure), parties du territoire ottoman/turc.
Les Alliés, composés de troupes françaises, britanniques et ANZAC (australiennes et néo-zélandaises, alors membres de l’Empire britannique), cherchent à prendre le contrôle du détroit. Ils prévoient de débarquer à Gallipoli, de l’occuper et de bloquer les Dardanelles, empêchant ainsi les navires allemands et autrichiens de soutenir les Ottomans. Ensuite, les Alliés espèrent progresser vers le nord-est et s’emparer de Constantinople (aujourd’hui Istanbul), la capitale ottomane, située sur le Bosphore, le second détroit reliant l’Europe et l’Asie à la mer Noire.
Pour mémoire, Gallipoli a servi de principal campement aux forces britanniques et françaises pendant la guerre de Crimée (1854-1856), à laquelle la Légion étrangère a pris part en s’illustrant. Seule la répartition des rôles entre Ottomans et Russes était alors inversée : les premiers étaient des alliés, les seconds des adversaires.





Bataille des Dardanelles
Le 25 avril 1915, la bataille des Dardanelles (également appelée campagne des Dardanelles, bataille de Gallipoli ou campagne de Gallipoli) débute. Les divisions britanniques et ANZAC effectuent une vaste opération de débarquement sur six plages de la péninsule. Les Britanniques doivent s’emparer du cap Helles au sud-ouest de la péninsule, puis avancer en direction de Krithia (aujourd’hui Alçıtepe), un village situé à six kilomètres au nord, et d’Achi Baba, la partie méridionale de la péninsule, située au nord-est de Krithia. Pour les Alliés, ces deux objectifs sont les points clés de la première phase de la campagne.
Pendant ce temps, les troupes ANZAC doivent attaquer le flanc ouest de Gallipoli et y établir une tête de pont.
Quant aux troupes de la 2e Brigade coloniale française, ils mènent une attaque sur la rive asiatique du détroit des Dardanelles afin de détourner l’attention des Ottomans des débarquements principaux. La Brigade métropolitaine avec le 1er RMA et d’autres unités restent en réserve.
Le 27 avril, en soirée, des forces alliées supplémentaires débarquent au cap Helles, près de Sedd-Ul-Bahr, un village marqué par une ancienne forteresse.
Enfin, le matin du 28 avril, le 1er RMA et son 3e bataillon (Bataillon de Légion) débarquent sans difficulté majeure sur la plage « S » dans la baie de Morto (« Morto Bay »), au nord-est de Sedd-Ul-Bahr. Leur objectif est Achi Baba.
Entre la baie de Morto et Achi Baba s’étend un terrain accidenté que les troupes d’assaut ont du mal à franchir. Quatre ravins (deres) descendent d’Achi Baba vers la baie et le cap. À l’est se trouve le ravin de Kérévés Déré, qui se jette dans les Dardanelles au nord de la baie de Morto. Ce secteur est assigné à la Brigade métropolitaine du 1er RMA.


Bataille de Sedd-Ul-Bahr (25 avril – 4 mai)
L’offensive alliée pour s’emparer des positions turques autour de Krithia et d’Achi Baba débute le 28 avril à 8 heures du matin. La 29e Division britannique est concentrée à l’ouest de la péninsule. Dans le secteur français, l’assaut engage les 1er bataillon et Bataillon de Légion du 1er RMA ainsi qu’un bataillon du 175e RI. Les Français avancent et atteignent le ravin de Kéréves Déré à 16 heures. Là, ils se heurtent à des positions turques solidement fortifiées, appuyées par de l’artillerie et des mitrailleuses. Un combat acharné éclate. Les contre-attaques ennemies ne sont repoussées que par de furieuses charges à la baïonnette, et les pertes s’accumulent rapidement. À 20h00, les combats ralentissent, permettant aux légionnaires et zouaves de sécuriser leurs positions conquises. Pour cette seule journée, le Bataillon de Légion déplore la perte de huit officiers blessés, 100 légionnaires tués ou blessés et 42 disparus. Les forces britanniques et françaises n’ont progressé que d’environ trois kilomètres, au prix de quelque 3 000 pertes.
Dans la nuit du 1er au 2 mai, les Turcs lancent une contre-attaque dans le secteur des deux brigades françaises. Cependant, la résistance décisive des légionnaires, soutenue par des charges à la baïonnette menées par l’adjudant-chef Léon de la 1ère compagnie, stabilise rapidement la situation. Une nouvelle attaque française repousse les Ottomans jusqu’à leur point de départ initial. Le 2 mai, les légionnaires – réduits à une poignée d’hommes sous les ordres du lieutenant Bouhelier, dernier officier encore valide du bataillon – nettoient les tranchées pénétrées par l’ennemi. Bouhelier est à son tour blessé.
Les combats du 1er au 2 mai coûtent à la Légion quatre autres officiers blessés, 190 légionnaires tués ou blessés et plus de 40 disparus.
Les premiers jours de la campagne entraînent de lourdes pertes, et le 1er RMA ne fait pas exception. Presque tous ses officiers – y compris le colonel et les commandants de bataillon – sont tués ou blessés ; parmi les blessés se trouve également le commandant Geay.
Le capitaine Squinet prend le commandement du 1er RMA, réduit à seulement quatre compagnies. À vrai dire, il est rare de voir un capitaine commander un régiment. De plus, le Bataillon de Légion, fortement réduit, est désormais commandé par l’adjudant-chef Léon, le plus haut gradé parmi les sous-officiers encore valides – une autre situation peu commune.
Dans les jours suivants, l’artillerie et les tirs d’infanterie ottomans continuent de harceler les positions françaises. Dans la nuit du 4 mai, le 1er RMA repousse plusieurs contre-attaques.
Le 5 mai, le lieutenant-colonel Niéger prend le commandement du 1er RMA.
Pendant ce temps, l’adjudant-chef Léon est promu sous-lieutenant sur le champ de bataille et se voit décerner la Légion d’honneur. Le lieutenant Salomon, (arrivant probablement du dépôt de Lemnos) prend le commandement du Bataillon de Légion. Ces deux hommes sont alors les seuls officiers du bataillon encore valides.
Petite digression pour ceux qui n’arrivent pas non plus à compter plus de 1100 hommes : ce sont les chiffres officiels. Il est possible qu’une partie du bataillon soit restée en réserve à Lemnos ou au cap Helles.




Bataille de Krithia – Kérévés Déré (5 mai – 13 juillet)
1er combat du Kérévés Déré (6–9 mai)
Le 6 mai, les forces alliées lancent une nouvelle offensive contre les positions turques entre Krithia et Achi Baba. La 1re Brigade métropolitaine reçoit pour mission de s’emparer des hauteurs de Kérévés Déré. L’avance, sur une distance de seulement 1 800 mètres, entraîne des pertes terribles, mais les légionnaires parviennent à capturer deux lignes supplémentaires de tranchées ottomanes.
Ce même jour, les Britanniques progressent seulement de 500 mètres et subissent de lourdes pertes; 6 300 hommes sont tués.
Du 8 au 9 mai, les Alliés poursuivent leur progression. La 1re Division française, sous les ordres du général Masnou, atteint le ravin de Kérévés Déré, tandis que les troupes ANZAC s’emparent des premières tranchées ottomanes près de Krithia.
Durant ces quelques jours de lutte impitoyable, les légionnaires et zouaves se battent avec un courage et un zèle remarquables. Malheureusement, presque tous les officiers et sous-officiers du 1er RMA sont à nouveau tués ou blessés, laissant de nombreux actes héroïques sans témoignage écrit.
Le 9 mai, des renforts arrivent pour reconstituer le régiment. Le bataillon de la Légion, désormais commandé par le capitaine Salomon, récemment promu, reçoit 164 hommes.
Le 10 mai, les Alliés ont fermement établi leurs positions sur la péninsule de Gallipoli. Les unités du 1er RMA tiennent toujours leur secteur en bordure du détroit, exposées aux tirs incessants de l’artillerie ennemie venant depuis Achi Baba et la côte asiatique en face. Toutefois, les Ottomans marquent une pause pour renforcer leurs défenses et combler leurs pertes. Le 1er RMA fait de même. Cette accalmie dure près de trois semaines, interrompue uniquement par des bombardements sporadiques.
À la mi-mai, le général Gouraud remplace le général d’Amade à la tête du Corps expéditionnaire d’Orient (CEO).
Le 25 mai, quatre officiers et 350 légionnaires viennent renforcer le bataillon. Le capitaine James Waddell, un Néo-Zélandais ayant rejoint la Légion comme sous-lieutenant en 1900 après avoir quitté l’armée britannique, prend le commandement. A-t-il choisi ce poste en raison de ses compatriotes combattant aux côtés des Français sur ce bout de terre ? Nous ne le saurons jamais.
Pendant ce temps, le CEO français à Gallipoli est renforcé par la 2e Division d’infanterie (général Bailloud), qui comprend un 2e RMA nouvellement formé. Le 29 mai, le 3e bataillon de Zouaves du 1er RMA est remplacé par un bataillon du 2e RMA issu du 4e Zouaves. Dès lors, le 1er RMA se compose du Bataillon de Légion et de deux bataillons du 4e Zouaves.



Combat de Fortin Le Gouez (30 mai)
À la fin du mois de mai, la période de calme relatif prend fin. Les légionnaires, aux côtés d’autres troupes françaises, occupent la ligne de front orientale, le long du détroit des Dardanelles et du ravin de Kérévés Déré. Ils font face à de redoutables défenses ottomanes, ancrées par quatre redoutes. L’une d’elles, le « Fortin Le Gouez », entourée de trois lignes de tranchées, a récemment été capturée par les troupes coloniales françaises.
Dans la soirée du 31 mai, la 1re compagnie de Légion du capitaine Salomon relève les hommes de la Coloniale au « Fortin Le Gouez ». À peine en position, les légionnaires subissent trois violentes attaques turques en l’espace de deux heures. Alors que la compagnie risque d’être submergée, le capitaine Waddell arrive avec des renforts. Ses hommes attaquent rapidement, chassant les Ottomans de la redoute et de ses tranchées. À minuit, un nouvel assaut sanglant a lieu. Les légionnaires lancent une furieuse charge à la baïonnette, repoussant définitivement l’ennemi, mais 21 de leurs camarades sont tués et 53 blessés.
2e combat de Kérévés Déré (4 juin)
L’offensive franco-britannique vers Krithia reprend le 4 juin. Cet assaut, connu sous le nom de Troisième bataille de Krithia dans les sources britanniques, engage environ 30 000 hommes.
Malgré de lourdes pertes, les légionnaires progressent, mais se retrouvent rapidement cloués au sol par les mitrailleuses turques. Ce jour-là, la Légion perd 23 hommes tués et 78 blessés.
À la tombée de la nuit, l’offensive est suspendue. Les Alliés n’ont avancé que de quelques centaines de mètres. Environ 3 000 Ottomans sont tombés au combat. Les légionnaires, qui ont progressé d’environ 150 mètres, creusent des tranchées durant la nuit pour sécuriser leur nouvelle position.
Composition du Bataillon de Légion d’Orient en mi-juin 1915
- Commandement : Capitaine Waddell
- Section de mitrailleuses : Sous-lieutenant Maillet
- 1ere Compagnie : Lieutenant Polli
- Sous-lieutenant Colin
- Sous-lieutenant Falcon
- 2e Compagnie : Sous-lieutenant Beck
- Sous-lieutenant Bal
- Sous-lieutenant Grégoire
- 3e Compagnie : Lieutenant Seilaz
- Sous-lieutenant Marachelli
- Sous-lieutenant Taillantou
- 4e Compagnie : Capitaine Bisgambiglia
- Sous-lieutenant Casanova
3e combat de Kérévés Déré (21–22 juin)
Le 21 juin, les troupes françaises lancent un assaut contre la redoute « Bouchet » (aussi appelée « Haricot » dans les sources anglaises). Les troupes coloniales et les zouaves attaquent les premiers, mais échouent et se retrouvent cloués sur place.
Le bataillon de la Légion est alors appelé pour renouveler l’effort. Avec un zèle sans relâche, les légionnaires s’emparent des tranchées ennemies sous les acclamations de leur colonel. Après des combats acharnés, la position est conquise à midi le 22 juin. Durant ces deux jours de lutte intense, les légionnaires du capitaine Bisgambiglia se sont distingués pendant ces deux jours, capturant « Bouchet » au prix de quatre officiers et 57 légionnaires tués, ainsi qu’un officier et 130 hommes blessés.
Pour ses actions remarquables des 21 et 22 juin, le Bataillon de Légion a reçu une citation à l’ordre de l’Armée :
« Depuis le débarquement dans la péninsule de Gallipoli, n’a cessé de faire preuve dans tous les combats des qualités de bravoure, de sang-froid, de solidité qui sont depuis de longues années l’honneur de la vieille légion. A l’assaut du 21 juin, a enlevé d’un bond des tranchées turques devant lesquelles nous étions en échec depuis le matin et les a conservées malgré une très violente contre-attaque. »
À la fin du mois de juin, le général Gouraud, commandant en chef du CEO, est grièvement blessé. Il cède son commandement au général Bailloud.
Pendant ce temps, la 2e Division française lance le 4e combat de Kérévés Déré.
Début juillet, la désignation des compagnies du Bataillon de Légion au sein du 1er RMA est modifiée : la 1re, 2e, 3e et 4e compagnies deviennent respectivement la 9e, 10e, 11e et 12e compagnies, conformément au système standard de numérotation des bataillons et compagnies de l’infanterie française.


5e combat de Kérévés Déré (12–13 juillet)
Le 12 juillet, la 1re Division reçoit l’ordre d’attaquer les positions turques dans la partie inférieure de Kérévés Déré et d’avancer le long de sa rive gauche. Dès le début de l’assaut, un bombardement ennemi frappe l’état-major de la division, tuant le général Masnou. L’attaque est reportée.
Elle reprend en soirée sous les ordres du chef de bataillon Waddell, récemment promu. Avec deux compagnies de légionnaires et deux de zouaves, il affronte des défenses ottomanes bien retranchées. Après un combat acharné à la baïonnette et à la grenade, la ténacité de Waddell lui permet d’atteindre l’objectif. Blessé par une balle qui le traverse de part en part, il refuse d’abandonner son commandement, anticipant une contre-attaque ennemie.
Vers minuit, la violente contre-attaque ottomane est lancée, mais les légionnaires la repoussent avec succès.
Le 21 juillet, le Bataillon de Légion, durement éprouvé, reçoit cinq officiers et 255 légionnaires en renfort. Le capitaine Eugène Homo, commandant de la 10e compagnie et officier le plus ancien encore en état de combattre, remplace temporairement le commandant Waddell, toujours blessé. Dans le même temps, la section de mitrailleuses du bataillon est rattachée au P.C. du régiment.
À la fin du mois de juillet, un bataillon de volontaires helléniques (440 hommes) est intégré au 1er RMA. Surnommé la « Légion grecque », il est sous les ordres du commandant Pantelis Karasevdas, champion de tir aux Jeux olympiques d’été de 1896. Pour des raisons administratives, ce bataillon méconnu est rattaché à la Légion étrangère.

6e combat du Kérévés Déré (7 août)
Dans la nuit du 6 août, les Britanniques lancent leur ultime tentative pour s’emparer de la péninsule de Gallipoli aux dépens de l’Empire ottoman. Connue sous le nom de bataille de Sari Bair, l’offensive d’août débute par un débarquement britannique à la baie de Suvla, au nord-ouest, en coordination avec les unités ANZAC. Au sud, les Britanniques ouvrent la bataille du vignoble de Krithia. Parallèlement, les deux divisions françaises exécutent des manœuvres de diversion le long du front, combinant bombardements, fusillades et attaques limitées afin de fixer les forces ottomanes et de soutenir l’effort allié. Le bataillon de la Légion reste en réserve.
Malgré un débarquement sans opposition à la baie de Suvla, les Britanniques ne parviennent pas à exploiter leur position. Au sud, au vignoble de Krithia, ils subissent de lourdes pertes inutiles. C’est ainsi que s’est achevée la dernière offensive conjointe des Alliés à Gallipoli.
Le 15 août, trois officiers et 231 légionnaires viennent renforcer le bataillon.
Deux jours plus tard, le lieutenant-colonel Schneider prend le commandement du 1er RMA.
Fin de la bataille des Dardanelles
En septembre 1915, le Bataillon de Légion se retire de Gallipoli vers l’île de Ténédos pour une période de repos de deux semaines. Les légionnaires retournent en première ligne du 20 septembre au 1er octobre.
Pendant ce temps, les puissances centrales préparent l’invasion du Royaume de Serbie, dont le conflit avec l’Autriche-Hongrie a allumé la Première Guerre mondiale. En tant qu’alliés de la Serbie, la France et la Grande-Bretagne décident d’envoyer des renforts à l’armée serbe en redéployant des troupes depuis Gallipoli. Deux divisions sont choisies : une britannique (irlandaise) et une française (la 1ère).
Le 2 octobre, le 1er RMA, y compris les légionnaires, quitte la péninsule pour la Grèce. Pour eux, la campagne de Gallipoli est terminée. Les dernières forces alliées suivent progressivement, et l’évacuation complète s’achève fin janvier 1916.
Peu connue, la bataille des Dardanelles coûte la vie à plus de 50 000 soldats britanniques et français et demeure un sujet de débat historique. L’échec allié dans la prise de la péninsule et du contrôle des Dardanelles entraîne la démission de Winston Churchill, alors Premier Lord de l’Amirauté et principal instigateur de l’opération. Le futur célèbre Premier ministre britannique, il est tenu pour responsable de son effondrement. Néanmoins, l’échec de Gallipoli n’a pas modifié le cours général de la Première Guerre mondiale.
Les officiers du Bataillon de Légion morts aux Dardanelles
Capitaine Louis Devirieux
– tué le 12 juillet 1915
Capitaine Louis Rousseau
– gravement blessé le 1er mai, il mort le 7 mai
Lieutenant Henri de Bonet d’Oléon
– tué le 11 mai 1915
Lieutenant Jules Seilaz
– tué le 21 juin 1915
Sous-lieutenant Pierre Beck
– tué le 21 juin 1915
Sous-lieutenant Charles Caumer
– tué le 4 juin 1915
Sous-lieutenant Arcade Dufrene
– tué le 28 avril 1915
Sous-lieutenant Ferdinand Grégoire
– tué le 22 juin 1915
Sous-lieutenant Jean Taillantou
– tué le 22 juin 1915



De Gallipoli à Salonique
À partir du 6 octobre, le 1er RMA, aux côtés du 2e RMA, du 175e RI et du 176e RI du Corps expéditionnaire d’Orient, se regroupe à Salonique (aujourd’hui Thessalonique), la deuxième plus grande ville de Grèce. Port stratégique et base navale clé, Salonique sert de capitale de la région de Macédoine, située dans le nord du pays, ayant été transférée du contrôle ottoman à la Grèce durant la Première Guerre balkanique de 1912.
Le Premier ministre grec pro-allié, Venizelos, favorable aux Alliés, autorise le débarquement des troupes franco-britanniques à Salonique, malgré la neutralité officielle de la Grèce. Cette décision irrite le roi Constantin Ier, germanophile, qui gouverne depuis Athènes, la capitale située au sud.
Stationnés au camp de Zeitenlik, à environ 4 kilomètres au nord de Salonique, les quatre régiments français forment la 156e Division d’infanterie, placée sous le commandement du général Bailloud et intégrée à l’Armée d’Orient (AO) du général Sarrail. Vers la fin octobre, l’Armée d’Orient est renforcée par l’arrivée des 57e et 122e Divisions françaises, venues directement de métropole.
Durant leur cantonnement au camp de Zeitenlik, les mots « SEDD-UL-BAHR 1915 » et « KEREVES-DERE 1915 » sont inscrits sur le drapeau du 1er RMA, en reconnaissance de ses faits d’armes.
Parallèlement, le commandant Jean succède au capitaine Homo à la tête du Bataillon de Légion. L’unité compte désormais 18 officiers (dont plusieurs Italiens), ainsi que 528 sous-officiers et légionnaires. La 12e compagnie du bataillon se transforme en compagnie de discipline, au service de l’ensemble du régiment.
Prélude à la campagne de Serbie
Le Royaume de Serbie entretient depuis longtemps une alliance étroite avec la France. Le roi Pierre Ier (Pierre Karageorgevitch) a suivi des études militaires à Saint-Cyr, avant de s’installer à Paris. En 1870, il s’engage comme sous-lieutenant dans la Légion étrangère pour défendre la France lors de la guerre franco-prussienne contre l’Allemagne, où il est blessé.
En 1914, la Serbie a résisté avec succès à l’invasion de l’Autriche-Hongrie.
Désormais, une nouvelle offensive ennemie menace son pays.
Entre-temps, les puissances centrales ont convaincu la Bulgarie, un État des Balkans bordant la Grèce au sud et la Serbie à l’ouest, de se joindre à leur offensive imminente. La Bulgarie, vaincue par la Serbie en 1913, se voit promettre des territoires disputés et des gains territoriaux supplémentaires si elle s’allie à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Fin septembre 1915, elle accepte et commence à mobiliser ses troupes.
Le 6 octobre, alors que les premières unités alliées se regroupent à Salonique, les puissances centrales lancent leur deuxième offensive contre la Serbie. Leur objectif est d’établir un corridor terrestre reliant l’Allemagne à l’Empire ottoman, en passant par l’Autriche-Hongrie et la Bulgarie, permettant ainsi à l’Allemagne d’acheminer une aide militaire à son allié, engagé contre les Franco-Britanniques à Gallipoli et contre la Russie dans le Caucase.
Contrairement à l’échec de la campagne serbe de 1914, les forces austro-allemandes progressent rapidement du nord au sud. Le 14 octobre, la Bulgarie déclare la guerre à la Serbie et attaque depuis l’est, avec pour objectif de s’emparer de la Macédoine serbe (actuelle Macédoine du Nord), située au nord de la Grèce. Cette région, conquise par la Serbie sur l’Empire ottoman en 1912, avait été défendue avec succès contre la Bulgarie en 1913.
Pour soutenir leur allié de plus en plus désespéré, la France et la Grande-Bretagne décident de quitter Salonique et de redéployer leurs troupes vers le nord, en Serbie.
Bataillon de Légion du 1er RMA en octobre 1915
- Commandement : Chef de bataillon Jean
- 9e Compagnie : Capitaine Laurent
- Sous-lieutenant Conte
- Sous-lieutenant Denizon
- 10e Compagnie : Capitaine Homo
- Lieutenant Césari
- Sous-lieutenant Finelli
- 11e Compagnie : Capitaine Chavanne
- Sous-lieutenant Riccio
- Sous-lieutenant Bringolf
- 12e Compagnie : Capitaine Canudo (detaché)
- Lieutenant Schmidt
- Sous-lieutenant Casanova







Campagne de Serbie (1915)
Bataille de Krivolak
Le 18 octobre 1915, le 1er RMA, y compris le bataillon de la Légion, se rend en train à 70 km au nord de Salonique à Gevgelija, un poste frontière clé entre la Grèce et la Serbie à l’époque.
L’objectif des Alliés est de stopper l’avancée bulgare depuis l’est tout en sécurisant la voie ferrée Salonique-Niš, unique ligne d’approvisionnement de la Serbie en provenance de l’étranger, longeant la rivière Vardar en Macédoine serbe. L’Armée d’Orient, commandée par le général Sarrail, et l’Armée britannique de Salonique, dirigée par le général Mahon, cherchent à rejoindre les forces serbes en retraite par cette voie.
Le 1er RMA progresse de 20 km vers le nord le long du Vardar jusqu’à la Strumica-Station. C’est une gare nommée d’après la ville régionale de Strumica, située à 20 km au nord-est, au-delà des montagnes locales. Près de la gare se trouve le petit village de Hudovo (aujourd’hui Oudovo), où le régiment établit son poste de commandement. Le bataillon de la Légion installe son P.C. à environ 2,5 km plus à l’est, à Kaluckovo (aujourd’hui Gorna Maala ; à ne pas confondre avec le village voisin de Kalkovo). Leur mission, dans cette vaste vallée, consiste à protéger la ligne ferroviaire Salonique-Niš, y compris un pont stratégique et la gare, contre l’avancée rapide des Bulgares.
D’autres unités françaises s’installent plus au nord, le long du Vardar, tandis que la division britannique se déplace vers l’est, entre la vallée et Strumica.
Peu à peu, les Bulgares tentent d’occuper les crêtes autour de la vallée afin de pouvoir pilonner le pont, la gare et les positions françaises avec leur artillerie.
Les affrontements qui s’ensuivent, désormais connus sous le nom de bataille de Krivolak, se déroulent le long de la voie ferrée et du Vardar, de Strumica-Station à Krivolak, à 35 km au nord-ouest.
Le 22 octobre, le 14e régiment bulgare attaque en prenant pour cible le pont ferroviaire près de la gare. Soutenus par l’artillerie lourde, les Bulgares frappent le 1er RMA et le Bataillon de Légion dans la vallée depuis plusieurs directions. À la cote 328 près de Terzeli, à cinq kilomètres à l’est du P.C. du bataillon, la 11e compagnie du capitaine Chavanne tient bon toute la journée, ne déplorant que sept légionnaires blessés.
Les unités françaises et légionnaires repoussent efficacement l’ennemi, incitant les Bulgares à suspendre leurs attaques dans ce secteur pendant deux semaines et à renforcer plutôt leurs positions.
Quatre jours plus tard, le 26 octobre, le commandant Jean prend la tête du 1er bataillon du 1er RMA, après la mort de son prédécesseur le 22 octobre. Son séjour au bataillon de la Légion ne dure donc que deux semaines. Le capitaine Homo reprend la tête de l’unité, provoquant un léger remaniement parmis les officiers.
Pendant ce temps, les légionnaires effectuent des reconnaissances au-delà de la ligne de front et fortifient leurs positions.






Le 3 novembre, le bataillon reçoit un renfort significatif de trois officiers et 298 hommes. Le commandant Emmanuel Arqué succède au capitaine Homo à la tête du bataillon. Ayant servi dans la Légion depuis 1896, Arqué a été brièvement à la tête du 2e Régiment étranger en Algérie en 1915, alors réduit à l’état major et un dépôt.
La 12e compagnie redevient une unité de combat. Un peloton de discipline (PD) distinct est alors formé et rattaché à celle-ci, tout en servant l’ensemble du régiment, légionnaires et zouaves compris. Pour rappel, dans l’infanterie française, un peloton est un groupe de deux sections sous un commandement unique ; dans la cavalerie, un peloton correspond à une section d’infanterie.
Du 8 au 12 novembre, les légionnaires de la 9e compagnie du lieutenant Schmidt capturent deux collines tenues par les Bulgares au nord-est d’Ayranli, à 5,5 km à l’est de l’état-major du bataillon à Kaluckovo. Le 14 novembre, ils s’emparent d’une autre hauteur, perdant deux tués et cinq blessés.
Le 16 novembre, le régiment reçoit l’ordre de saisir un piton isolé près d’Ayranli, surnommé « Mamelon des deux arbres », souvent appelé à tort « Massif isolé » ou « Dent de Scie » dans les ouvrages. La 10e compagnie du capitaine Homo, appuyée par une section de la 12e compagnie du capitaine Colin, gravit ses pentes abruptes, tandis que les 9e et 11e compagnies attaquent depuis la colline de « Dent de Scie », près du village de Veseli.
La combinaison de vents violents, de pluie et de chutes de neige – qui frappent la région depuis un certain temps – rend le terrain déjà escarpé infranchissable. Solidement retranchés au sommet, les Bulgares mitraillent les légionnaires qui progressent malgré de lourdes pertes. Les combats acharnés se terminent par l’annulation de l’assaut. Le capitaine Homo et 18 légionnaires sont tués ; le sous-lieutenant Riccio et 45 autres sont blessés.
Le sous-lieutenant Volokhoff, un officier d’origine russe ayant rejoint la Légion en novembre 1914 et servant d’interprète à l’état-major du 1er RMA, remplace le malheureux capitaine et prend la tête de la 10e compagnie. Il fera par la suite une belle carrière dans la Légion et dans l’Armée de l’air française.
Le 17 novembre, les Bulgares attaquent les positions des 9e et 11e compagnies au nord de la « Dent de Scie ». Après six heures de combats intenses, les grenades à main déciment l’ennemi, faisant environ 250 morts. La Légion perd 13 tués et 50 blessés.
À partir du 18 novembre, les bombardements se poursuivent, mais une chute rapide de la température à -15°C limite les actions à de simples patrouilles de routine. La bataille de Krivolak s’achève.



Bataille de Kosturino
Le 25 novembre 1915, l’armée serbe en infériorité numérique, pressée par les forces austro-hongroises, allemandes et bulgares, commence sa retraite vers l’ouest à travers l’Albanie – alors une nation instable, partiellement occupée par les troupes serbes – en direction de la mer Adriatique. La flotte alliée évacuera par la suite plus de 100 000 Serbes vers Corfou, une île grecque; ils subiront une profonde réorganisation avant de poursuivre la guerre aux côtés des Alliés.
Au milieu de cette « grande retraite » serbe, les forces franco-britanniques reçoivent l’ordre de se retirer en Grèce, le long de la rivière Vardar. Le 1er RMA est chargé de couvrir le repli français et de tenir ses positions aussi longtemps que possible.
Le 20 novembre, le Bataillon de Légion accueille un important renfort de 322 hommes sous les ordres du capitaine Albert Azan, futur colonel du 1er Etranger (de 1935 à 1939). Il demeure incertain dans quelle mesure ce groupe se compose de troupes fraîches destinées à compenser les pertes au combat, les victimes d’engelures ou les hommes réaffectés aux fronts en France et au Maroc, et dans quelle mesure il inclut une unité auxiliaire non identifiée intégrée au bataillon.
Alors que les Serbes battent en retraite, les forces bulgares intensifient leurs attaques contre les Alliés en repli. Les tirs et les bombardements le long de la ligne de front blessent fréquemment les troupes, cinq légionnaires étant tués lors d’un assaut bulgare le 3 décembre. Le défi le plus difficile à relever se situe sur le flanc est, au niveau de la crête de Kosturino, tenue par les Britanniques, où les combats qui s’ensuivent – connus aujourd’hui sous le nom de bataille de Kosturino – engagent également les Français.
La bataille débute le 7 décembre par une puissante offensive bulgare sur l’ensemble du front. Cette nuit-là, au nord de la Dent de Scie, les 9e et 11e compagnies repoussent une série d’attaques ennemies d’une rare intensité. Douze légionnaires sont tués, tandis que le sous-lieutenant Blanchard et 61 hommes sont blessés.
La nuit suivante, ces positions sont la cible de sept nouveaux assauts ennemis. Les légionnaires les repoussent à la baïonnette, en chantant la Marseillaise et le Chant du départ, hymne révolutionnaire et napoléonien à nouveau popularisé pendant la Première Guerre mondiale. Neuf légionnaires sont blessés.
Incapables de percer les défenses françaises, les Bulgares se replient, marquant ainsi leur dernière action majeure contre les légionnaires dans la campagne de Serbie, bien que des accrochages légers persistent et harcèlent les Alliés qui se retirent.
Le matin du 9 décembre, après six semaines de défense acharnée, toutes les positions sont abandonnées. Le bataillon de la Légion sert d’arrière-garde aux Français qui partent en retraite vers le sud, le long du Vardar.
Deux jours plus tard, près de Cernica (aujourd’hui Grchishte), les 10e et 11e compagnies subissent un violent tir d’artillerie, perdant cinq légionnaires tués et 27 blessés.
Le bataillon poursuit sa marche à travers Gavato jusqu’à Bogoroditsa, un village frontalier près de Gevgelija, et passe en Grèce comme la dernière unité française le 12 décembre. Le 18, il atteint le camp de Vatiluk (aujourd’hui Vathylakkos), situé au nord-ouest de Salonique. Pendant ce temps, les Bulgares stoppent leur avancée à la frontière pour éviter un risque d’intervention grecque dans le conflit.
La campagne de Serbie s’est terminée par la division du pays en zones d’occupation bulgare et austro-hongroise.







Création du front de Macédoine
Les Alliés rejoignent tardivement la campagne serbe de 1915 et ne parviennent pas à empêcher la défaite serbe. Néanmoins, ils réussissent à détourner une partie des forces bulgares, permettant ainsi au roi de Serbie et à une grande partie de ses troupes de s’échapper.
De retour en Grèce, les Français et les Britanniques ont commencé à organiser et à renforcer leurs positions. Les légionnaires participe à cet effort. Stationnés au camp de Vatiluk, ils fortifient les positions au nord du camp, alternant chaque semaine avec les soldats du 175e RI.
Fin décembre, trois officiers et 91 hommes viennent renforcer leur bataillon.
Parmi les nouveaux arrivants se trouve le lieutenant Bjerring, un officier danois affecté à la 10e compagnie. Promu capitaine à la fin du mois d’avril 1916, il est bientôt transféré à la 17e Division coloniale. Bjerring retrouvera plus tard la Légion et servira jusqu’en 1942, avant d’être tué par les Japonais en Indochine en 1945.
Un dépôt local de la Légion est établi dans le camp à l’époque. Il servait un point de transit pour les renforts arrivant d’Afrique du Nord, de France et d’Indochine, tout en fournissant une zone de récupération pour les blessés et une escale de repos pour les troupes relevées du front, remplaçant ainsi (ou soutenant) le dépôt de Lemnos.
Le 31 décembre, le commandant Arqué est promu lieutenant-colonel et prend la tête du 175e RI. Une semaine plus tard, le chef de bataillon Geay lui succède. Geay, le premier commandant du Bataillon de Légion, avait été blessé à Gallipoli et, après s’être rétabli, affecté lui aussi au 175e RI.
En février 1916, le bataillon est renforcé par plus de 200 légionnaires, ce qui porte son effectif total à 981 hommes.
Le 18 mars, le 1er RMA et le 175e Régiment d’Infanterie forment la 311e Brigade du colonel Fillonneau, toujours au sein de la 156e Division. Les deux régiments quittent le camp de Vatiluk et se rendent au nord. Leur mission consiste à améliorer les routes et les pistes dans les secteurs d’Avret Hisar (aujourd’hui Ginekokastro), de Kirec (Chorigi), de Gavalanci (Valtoudi) et de Kalinova (Soultogianneika), situés à l’est et au nord-est du lac Ardzan et du lac Amatovo (aujourd’hui asséché). Ils construisent également des fortifications et effectuent des patrouilles le long de la ligne de contact avec l’ennemi, au sud du lac Doiran, près du tripoint des frontières serbe, grecque et bulgare de l’époque.
Les efforts des Alliés pour renforcer et consolider leurs positions dans le nord de la Grèce culminent avec la création du « front macédonien », également connu sous le nom de « front de Salonique ». Nommé d’après la région historique où il était situé, la Macédoine grecque, il suivait en grande partie la frontière avec la Macédoine serbe alors occupée.
Bataillon de Légion du 1er RMA, fin avril 1916
- Commandement : Chef de bataillon Geay
- Adjoint : Capitaine Azan
- 9e Compagnie : Capitaine Hamot
- Sous-lieutenant Conte
- Sous-lieutenant Denizon
- Sous-lieutenant Volokhoff
- 10e Compagnie : Capitaine Bjerring
- Sous-lieutenant Finelli
- Sous-lieutenant Noleau
- 11e Compagnie : Capitaine Chavanne
- Sous-lieutenant Bringolf
- Sous-lieutenant Lemaire
- Sous-lieutenant Rosini
- 12e Compagnie : Capitaine Bruera
- Lieutenant Césari
- Sous-lieutenant Casanova
- Sous-lieutenant Wimmer
- Sous-lieutenant Rubin
- Peloton de discipline : Sous-lieutenant Saint Pierre
Crise en Grèce
La tension politique en Grèce s’intensifie progressivement. Bien qu’officiellement neutre, la nation est divisée : Le roi Constantin Ier est favorable à l’Allemagne (en fait, il est le beau-frère de l’empereur allemand Guillaume II), tandis que le Premier ministre Venizelos a ouvert les portes de Salonique aux Alliés avant sa démission forcée en décembre 1915. En mai 1916, l’armée serbe reconstituée arrive à Salonique. En réponse, le roi ordonne la reddition du fort Rupel – une forteresse stratégique située dans le nord-est du pays, près de la frontière bulgare, et dont la garnison compte 8 000 hommes – aux forces germano-bulgares.
La situation en Grèce se dégrade alors en une guerre civile clandestine. Les royalistes, hostiles aux Alliés, dominent Athènes et les régions méridionales (les terres anciennes), tandis que les partisans de Venizélos tiennent le nord, notamment la Macédoine grecque (acquise en 1912), avec Salonique comme bastion.
En juin, les Alliés imposent la loi martiale à Salonique et exigent la démission du gouvernement d’Athènes, l’organisation de nouvelles élections et la démobilisation de l’armée.
La crise, surnommée le Schisme national, atteint son paroxysme fin août 1916 avec un coup d’État militaire à Salonique. Ce dernier donne naissance au Gouvernement provisoire, qui administre le nord, se range du côté des Alliés, en formant sa propre armée.
Pendant ce temps, au nord de Salonique, le 31 juillet, les Britanniques relèvent la 156e division (avec le 1er RMA) sur le front près du lac Doiran. Désormais sous les ordres du général Baston, la division se retire à l’ouest du lac Amatovo et de la rivière Vardar, campant dans les secteurs de Bohemica (Axioupoli) et de Celtik (Rizia) jusqu’au 21 août.
Malheureusement, le paludisme a fait des ravages au cours des mois précédents; le Bataillon de Légion ne compte alors plus que 763 sous-officiers et légionnaires.



Offensive bulgare (1916)
En août 1916, les forces alliées en Grèce se restructurent en profondeur. L’Armée d’Orient (AO) devient l’Armée française d’Orient (AFO), sous les ordres du général Cordonnier. L’AFO constitue un élément clé des Armées alliées d’Orient (aussi connues sous le nom de « Armées alliées en Orient », AAO), commandées par le général Sarrail. Outre le contingent français d’environ 55 000 hommes, l’AFO comprend l’Armée britannique de Salonique (environ 45 000 hommes), l’armée serbe reconstituée (jusqu’à 110 000 hommes), ainsi qu’une division italienne (environ 15 000 hommes ; l’Italie a rejoint les Alliés en 1915) et une brigade russe ( à peu près 5 000 hommes).
L’AAO a planifié une offensive conjointe contre les Bulgares pour fin août 1916. Cependant, les Bulgares devancent les Alliés de quelques jours et lancent leur propre offensive le 17 août. Ils occupent rapidement les territoires à l’est de la rivière Struma, encouragés par la reddition préalable de la principale forteresse grecque de la région et par les ordres du gouvernement royal à Athènes de ne pas résister. Cette avancée a considérablement accéléré le coup d’État à Salonique, déjà mentionné.
Dans le secteur occidental du front macédonien, les troupes bulgares progressent vers le sud depuis Monastir (aujourd’hui Bitola), qui se trouve alors en Serbie occupée, en direction de Florina, un centre administratif grec situé à environ 15 km de la frontière et à 135 km à l’ouest de Salonique. Dans le même temps, une partie de leurs forces s’oriente vers l’est, le long de la seule voie ferrée de la région, et atteignent le lac Ostrovo. Là, l’ennemi s’empare de Banica (Vevi) et tente d’atteindre Chegan (Agios Athanasios).
Malgré les succès initiaux, l’avancée bulgare s’est rapidement arrêtée, grâce à la résistance acharnée des forces serbes qui tenaient le secteur occidental du front macédonien. L’offensive ennemie est stoppée le 27 août, dix jours après son début, et les troupes bulgares reçoivent l’ordre de se retrancher. Au cours de leur offensive à l’ouest, elles s’emparent d’un territoire situé le long de la frontière serbo-grecque, d’une longueur d’environ 80 km et d’une largeur d’au moins 20 km. En direction de Florina, ils avancent jusqu’à Kajilar (Ptolemaida), à environ 50 km de la frontière.
Entre-temps, le 21 août, la 156e Division quitte Celtik et Bohemica pour renforcer le front occidental et arrêter la progression de l’ennemi. Elle est transportée par train via Salonique et Vertekop (Skydra) jusqu’au lac Ostrovo, où elle débarque le 22 août. Trois jours plus tard, le bataillon de la Légion marche à travers les montagnes vers Udzana (Komnina), à environ 40 km au sud-ouest, pour relever les troupes serbes qui ont établi des positions dans la région. Le 31 août, le bataillon atteint la destination.
Préparation de l’offensive sur Florina (1916)
Après l’arrêt de l’offensive bulgare, les Alliés préparent une contre-attaque. En septembre 1916, ils ont rassemblé une force redoutable composée de seize divisions et d’une brigade russe. Tandis que les Britanniques et les Italiens tiennent la ligne à l’est – au sud du lac Doiran et à l’est de la rivière Struma, qui coule du nord au sud – les Français, les Serbes et les Russes se trouvent à l’ouest, près du lac Ostrovo. Parmi eux, la 156e Division, implantée là depuis la fin août, y compris le 1er RMA et le Bataillon de Légion.
Le 2 septembre, le 1er RMA est réorganisé. Les quatrièmes compagnies de ses bataillons sont supprimées et remplacées par des compagnies de mitrailleuses et de canons (CMC), équipées de mitrailleuses St-Étienne Mle 1907 et de canons d’infanterie de 37 mm. En conséquence, la 12e compagnie du bataillon de la Légion est dissoute et remplacée par la 3e CMC, composée de zouaves. Les légionnaires ainsi libérés renforcent les trois compagnies de Légion restantes, chacune comprenant désormais quatre officiers et 200 hommes, organisés en trois sections de combat. Le peloton de discipline est rattaché à la 11e compagnie.
Le 4 septembre, deux avions ennemis jettent cinq bombes sur le camp de la Légion, sans faire de victimes, heureusement. Cette forme de guerre moderne, apparue fin 1914, est inconnue des légionnaires qui n’ont pas servi sur le front occidental et ne connaissent que la campagne de Gallipoli ou des accrochages avec des tribus rebelles en Afrique du Nord.
Cinq jours plus tard, le 9 septembre, une batterie d’artillerie dotée des canons de 75 mm est rattachée temporairement au bataillon. Les deux unités quittent ensuite Udzana et avancent vers le sud-ouest jusqu’à Kajilar (Ptolemaida), puis tournent vers le nord-ouest pour atteindre Konop (Drosero), où les légionnaires relèvent un petit détachement serbe. Elles se sont ensuite dirigées vers le nord, libérant Cor (Galateia) et Rakita (Olympiada), deux villages tenus par la cavalerie bulgare et les Comitadjis – milices locales irrégulières pro-bulgares. Le soir même, les Bulgares lancent une attaque de deux heures sur Rakita, qui est repoussée. Ils frappent à nouveau le lendemain matin, soutenus par l’artillerie lourde. La batterie rattachée à la Légion riposte, et le combat fait rage toute la journée. Ces affrontements coûtent au bataillon huit légionnaires tués et 16 blessés.
Bataillon de Légion du 1er RMA en septembre 1916
- Commandement : Chef de bataillon Geay
- Adjoint : Capitaine Azan
- 9e Compagnie : Capitaine Hamot
- Lieutenant Conte
- Sous-lieutenant Denizon
- Sous-lieutenant Rubin
- 10e Compagnie : Capitaine Canalés
- Lieutenant Finelli
- Sous-lieutenant Noleau
- Sous-lieutenant Heineman
- 11e Compagnie : Capitaine Césari
- Sous-lieutenant Casanova
- Sous-lieutenant Lemaire
- Sous-lieutenant Rosini
- Peloton de discipline : Sous-lieutenant Saint Pierre
- 3e CMC (non-Légion) : Lieutenant Bévéraggi


Bataille de Florina (1916)
Le 12 septembre, le général Sarrail, commandant en chef des forces alliées à Salonique, lance officiellement une offensive. Son objectif est d’avancer à l’ouest, entre le lac Ostrovo et Florina. Les Britanniques à l’est, renforcés par les Italiens puis les Grecs du « Gouvernement provisoire », sont chargés d’effectuer des opérations de diversion autour du lac Doiran et le long de la rivière Struma afin d’immobiliser le plus grand nombre de forces ennemies.
Après un barrage d’artillerie acharné de deux jours, l’assaut principal à l’ouest s’engage, porté par l’armée serbe et les forces franco-russes conjointes. Les Serbes attaquent depuis Chegan, au nord du lac Ostrovo, et contraignent l’ennemi à se replier vers Florina. Un combat féroce éclate également au nord du lac, sur le sommet fortifié de Kajmakčalan, où les Serbes percent la ligne défensive bulgare le 30 septembre, une percée décisive. Le dense réseau de tranchées reste visible là-bas, 110 ans plus tard.
Le Bataillon de Légion est chargé de rejoindre deux divisions françaises et une brigade russe pour libérer Florina, située à environ 30 km au nord-ouest. Au cours de leur avancée au sud-ouest du lac Ostrovo, les divisions doivent déloger l’ennemi retranché sur la crête de Mala Reka, à peu près à mi-chemin de leur objectif. Les légionnaires ont servi d’avant-garde, marchant vers le nord à travers Novoselo.
Le 14 septembre, l’unité démontre le rôle crucial que joue la Légion au sein de l’armée française. Ce matin-là, le général Cordonnier, commandant en chef de l’Armée française d’Orient, observe le front et constate les échecs répétés de la 311e Brigade à s’emparer des positions ennemies à Gjulunc (Radonas), près de la crête de Mala Reka. Il ordonne alors au commandant de la brigade de déployer immédiatement le Bataillon de Légion, initialement tenu en réserve avec le 1er RMA.
Les légionnaires traversent d’abord un dense barrage d’artillerie ennemie, franchissant un pont et une plaine devant Gjulunc en petits groupes de trois à quatre hommes. Ils libèrent ensuite le village et Eksisu (Xino Nero) au nord. Puis, sous le regard du général Cordonnier, le bataillon lance un assaut majeur sur les hauteurs entre ces villages et la crête de Mala Reka, repoussant l’ennemi en fuite. Cette victoire lui coûte sept hommes tués et 23 blessés.
Impressionné, le général Cordonnier félicite les légionnaires pour leur bravoure, qui permet aux Français d’occuper la crête de Mala Reka le lendemain. Il propose au 1er RMA d’être la première unité à entrer dans Florina, mais le commandement du régiment rejette cette offre, invoquant la fatigue supposée de ses hommes. Ainsi, le 176e RI libère la ville le 17 septembre.
Pendant ce temps, les Bulgares se replient vers le nord en direction de Monastir, bien que leur arrière-garde se retranche solidement de Florina à Petorak (Tripotamos) au nord-est, déterminée à retarder les Serbes venant de l’est et les forces franco-russes du sud aussi longtemps que possible.
Le bataillon de la Légion avance au nord-ouest depuis Eksisu via Leskovec (Leptokaries). Le 19 septembre, il atteint Pesosnica (Ammochori), à 6 kilomètres à l’est de Florina, perdant trois hommes tués et 12 blessés, dont le sous-lieutenant Saint Pierre, durant la marche. Les légionnaires sécurisent ensuite une voie ferrée au nord-est de Pesosnica.
Le commandement français cherche à dégager les positions ennemies au nord-est de Florina avant de pousser vers Monastir. Le 21 septembre, le bataillon se rend au nord-est, relevant les Serbes à Boresnica (Palaistra). Il fait alors face à des défenses bulgares bien fortifiées entre Petorak et Vrbeni (Itea), à environ deux kilomètres au nord.
Deux jours plus tard, les légionnaires creusent deux lignes de tranchées pendant la nuit, établissant des points de départ pour deux compagnies de la Légion. Dans l’après-midi du 24 septembre, le Bataillon de Légion reçoit l’ordre d’attaquer les positions bulgares à Petorak. Les 9e et 11e compagnies sont choisies. Elles attaquent courageusement sous le feu intense de l’artillerie, des mitrailleuses et de l’infanterie. Cependant, la première ligne ennemie de barbelés et de tranchées, intacte après un barrage d’artillerie de 30 minutes, bloque la progression rapide vers la deuxième ligne dans le village. Le commandement arrête l’assaut pour limiter les pertes, bien que 15 légionnaires soient tués, et que le sous-lieutenant Finelli et 46 autres soient blessés.
Jusqu’à fin septembre, les positions du bataillon entre Boresnica et Petorak subissent un bombardement constant de l’artillerie ennemie, très supérieure. Il coûte la vie à 11 légionnaires, tandis que le capitaine Azan (commandant en second) et 21 hommes sont blessés. L’artillerie française riposte, visant à détruire les défenses ennemies.
Le 29 septembre, un renfort de 51 hommes rejoint le bataillon.
Le 2 octobre, le vent tourne. Pressés par les troupes alliées, les Bulgares abandonnent leurs positions près de Florina et se replient plus au nord vers la frontière gréco-serbe, poursuivis par les Alliés.



Bataille de Monastir (1916)
Le 3 octobre, le Bataillon de Légion quitte ses positions près de Florina et progresse via Kalenik (Kalliniki) jusqu’à la frontière, atteignant Negocani (Niki). Ce village tenu par les Bulgares est libéré le lendemain. Par la suite, le 1er RMA – avec les Russes sur sa gauche et le 2e RMA sur sa droite – tente de s’emparer de la ligne de défense bulgare qui s’étend entre Medzidli (Medzhitlija) et Kenali (Kremenica), à environ trois kilomètres au nord-est, dans ce qui était alors la Serbie. L’ennemi, cependant, est bien préparé et l’attaque échoue. Le 1er RMA tient bon à Negocani.
Pendant deux jours, l’artillerie ennemie pilonne les positions du bataillon, tuant un légionnaire et blessant 18 autres.
Un nouvel effort pour conquérir les tranchées bulgares a lieu le 6 octobre, avec la même formation. Après une bataille acharnée de huit heures, le sous-lieutenant Léo Denizon et neuf légionnaires sont tués, tandis que le capitaine Canalés, le lieutenant Noleau et 44 légionnaires sont blessés. Mais cette tentative de percée de la ligne ennemie échoue également.
Une semaine plus tard, un assaut des troupes coloniales françaises connaît le même sort. Après cet échec, le front reste statique jusqu’à la mi-novembre. Les tirs incessants de l’artillerie bulgare tuent six légionnaires et en blessent 32 autres.
Fin octobre, le bataillon reçoit le renfort de 138 légionnaires sous les ordres du lieutenant Pla. Entre-temps, le général Leblois prend le commandement de l’AFO.
Le 3 novembre, le commandant Henri Rivet succède à la tête du bataillon au commandant Geay, récemment détaché hors du régiment. Ancien chasseur à pied, Rivet a servi au 2e RMA et a brièvement commandé un bataillon bosniaque organisé par les Français, dissous en septembre 1916.
Bien que les troupes franco-russes ne parviennent pas à percer le front de Kenali, les Serbes sur le flanc droit avancent vers le nord, en direction de la boucle de la rivière Cerna (R. Noire) en territoire serbe. En réponse, les Bulgares abandonnent leur ligne Medzidli-Kenali et se retirent vers Monastir, à environ 16 km au nord-ouest. Les forces franco-russes, dont le bataillon de la Légion, les poursuivent à travers Zabjani (Zhabeni) et Bistrica.
Le 19 novembre, les Alliés atteignent Monastir, un centre régional. De nombreux incendies au-dessus de la ville signalent un nouveau retrait ennemi. Une section de la 9e compagnie de Légion, commandée en personne par le capitaine Hamot, figure parmi les premières unités alliées à pénétrer dans la ville pour faire une reconnaissance. Les légionnaires surprennent une arrière-garde ennemie et, avec l’appui de la cavalerie serbe et d’éléments de la 57e Division, la chassent, capturant ainsi Monastir.
Après cette prise, l’ennemi se replie en partie vers le nord-est. Cependant, sa force principale se retranche dans deux chaînes montagneuses flanquant la ville, du nord au nord-ouest et de l’ouest au sud. Solidement installés sur les pentes et les sommets, les Bulgares bombardent Monastir quotidiennement.






Front de Monastir : novembre 1916 – mars 1917
Gorno Orizari et Dolno Orizari
Le 1er RMA est installé au nord-est de Monastir, face aux tranchées de première ligne de l’ennemi. Le Bataillon de Légion se concentre à Gorno Orizari et Dolno Orizari, où se trouve aujourd’hui un grand cimetière militaire français. Malgré les bombardements persistants, les légionnaires construisent des défenses fortifiées. Les patrouilles et les reconnaissances au-delà des lignes ennemies provoquent souvent des échanges de tirs. Tous les quatre jours, les compagnies se tournent vers le sud pour se reposer à Pozdes (aujourd’hui Poeshevo), un village fortifié qui abrite l’état-major de la 311e Brigade. Fin décembre, les fortifications sont terminées, renforcées par des réseaux de barbelés d’une profondeur d’environ cinq mètres. Au cours de ces cinq semaines, le bataillon perd sept légionnaires tués et 40 blessés.
En décembre, deux renforts arrivent, dont le capitaine Jumancourt et 214 hommes. Ce même mois, le capitaine Hamot, devenu commandant en second, est évacué. Il a déjà fait partie du bataillon en mars 1915 en tant que lieutenant.
Entre-temps, le 2 décembre, les troupes du général Sarrail occupent Athènes après de violents affrontements avec les forces grecques fidèles au roi. La crise politique se poursuivra jusqu’en juin 1917, date à laquelle le roi abdique, permettant au gouvernement provisoire de Venizélos de quitter Salonique pour Athènes et d’assumer officiellement le pouvoir.


Massif de Baba et Crvena Stena
Le 2 janvier 1917, la 156e Division quitte ses positions au nord-est de Monastir et relève une brigade italienne – qui avait auparavant renforcé la ligne alliée – sur les pentes du massif de Baba (également Baba Planina, Mont Baba ou le massif du Pelister), qui flanque la ville d’ouest en sud. L’état-major du 1er RMA et une partie du régiment, y compris le bataillon de la Légion, sont implantés à environ trois kilomètres au sud-ouest du centre-ville, dans et autour de Lahce (Lavci). D’autres unités partent vers le nord-ouest, à Brusnik, tandis que le P.C. de la division s’installe à Bukovo, au sud-ouest de Lahce.
Les légionnaires montent ses tentes à Lahce dans des conditions hivernales difficiles. Les positions italiennes, inadaptées à la défense, doivent être reconstruites.
Le 1er RMA et le Bataillon de Légion jouent un rôle strictement défensif, ayant pour ordre de tenir leur positions coûte que coûte. Ils occupaient également un poste de première ligne régulièrement relevé à Nizopole (Nižepole), situé à l’ouest, dans une petite vallée au-delà de Brusnik.
Le front se stabilise. Ainsi, l’infanterie ennemie manifeste peu d’activité, se contentant de repousser les patrouilles de reconnaissance. L’artillerie bulgare, en revanche, tire sans relâche sur les routes, les camps et les défenses françaises, parfois assistée par des mitrailleurs.
À partir du 20 janvier, une neige abondante recouvre la région jusqu’en mars, aggravée par une forte gelée. Dans les montagnes, les températures oscillent entre -25 et -30 °C, rendant le travail plus pénible.
Le 21 janvier, le capitaine Grabot, hors de la Légion, rejoint le bataillon comme commandant en second. Quelques jours plus tard, le capitaine Césari, de la 11e compagnie, doit être évacué ; le capitaine Pignatelli di Cerchiara le remplace. Officier d’origine italienne, il arrive du front de l’Ouest où il a servi au sein du glorieux RMLE de la Légion, formé fin 1915 (aujourd’hui le 3e REI).
Le 7 février, le bataillon quitte Lahce pour Brusnik. Une semaine plus tard, le peloton de discipline a achevé la piste de ravitaillement Bukovo-Nizopole à travers les montagnes, construite pendant des semaines dans la neige et le froid extrême pour empêcher les tirs d’artillerie bulgares sur les colonnes de ravitaillement. Ce mois-là, les CMC des bataillons du 1er RMA se transforment en simples compagnies de mitrailleuses (CM), leurs canons d’infanterie de 37 mm constituant un peloton distinct de l’état-major du régiment.
Le 7 mars, un bataillon de volontaires albanais, commandé par le lieutenant-colonel Geay – ancien commandant du Bataillon de Légion – est administrativement rattaché au 1er RMA et stationné à Lahce.
Bataillon de Légion du 1er RMA en mars 1917
- Commandement : Chef de bataillon Rivet
- Adjoint : Capitaine Grabot
- 9e Compagnie : Capitaine Masson
- Sous-lieutenant Genet
- Sous-lieutenant Breney
- 10e Compagnie : Capitaine Jumancourt
- Sous-lieutenant Bertini
- Sous-lieutenant Tisné
- Sous-lieutenant Taillemite
- Sous-lieutenant Rosini
- 11e Compagnie : Capitaine Pignatelli di Cerchiara
- Sous-lieutenant Casanova
- Lieutenant Sac
- Peloton de discipline : N/A
- 3e CM (non-Légion) : Lieutenant Bévéraggi


Bataille de Monastir (1917)
Bataille de Crvena Stena (mars – mai 1917)
En mars 1917, avec l’amélioration des conditions météorologiques, les forces alliées cherchent à reprendre l’initiative. Le général Sarrail planifie une vaste offensive de printemps contre les troupes germano-bulgares, ciblant la boucle de la rivière Cerna et, à l’est, les environs du lac Doiran.
Sur le front de Monastir, Sarrail vise à neutraliser ou repousser l’artillerie bulgare qui domine le massif de Baba et la cote 1248, un sommet situé au nord-ouest de Monastir, afin d’arrêter ses bombardements incessants sur la ville.
Dans le secteur du massif de Baba, sous le contrôle de la 156e Division, les Bulgares occupent la crête formant le flanc occidental de la vallée de Nizopole, connue sous le nom de « Crvena Stena » (la « Muraille Rouge », parfois mal nommée Trana Stena dans les ouvrages français). Ils occupent également Trnovo et Magarevo, villages dissimulés derrière la tête de la crête.
Dès le début du mois de mars, le 1er RMA fortifie les défenses de Nizopole et consolide une tête de pont française baptisée « Fort National », au nord-ouest de Dihovo, village situé à l’entrée de la vallée de Nizopole, sous sa crête gauche. Perché sur une pente boisée de la Crvena Stena, Fort National se trouve à quelques dizaines de mètres seulement en dessous de « Posen », un réseau de tranchées bulgares très élaboré, relié à Trnovo, tout proche.
Les compagnies du bataillon de la Légion préparent des emplacements d’artillerie au Col de Déjeûner, le sommet de la crête orientale qui domine Nizopole à environ 1 500 mètres. Les légionnaires transportent également les grosses pièces d’artillerie jusqu’au sommet, utilisant la piste récemment construite par le Peloton de discipline.
Le 14 mars, des combats éclatent autour de Monastir. Sur la Crvena Stena, ils prennent la forme d’une guerre de tranchées, marquée par des affrontements à courte distance, de fréquentes charges à la baïonnette et d’utilisation des lance-flammes par l’ennemi. Le 15 mars, le 175e Régiment s’empare d’une partie des tranchées de Posen. Dans la nuit du 17 au 18 mars, les légionnaires, en réserve à Dihovo, relèvent les soldats français au Fort National et dans la partie occupée des tranchées de Posen, sous un violent bombardement bulgare. Dans l’après-midi du 19 mars, ils avancent avec succès à Posen, gagnant environ 140 mètres en direction de Trnovo. Les zouaves les relèvent le lendemain. Au cours des deux nuits passées sur la ligne de front, neuf légionnaires sont tués, le sous-lieutenant Tisné et 28 autres blessés.



Le 24 mars, le lieutenant-colonel Schneider, affaibli par des problèmes de santé, quitte le commandement du 1er RMA. Il est remplacé par le lieutenant-colonel Geay, ancien commandant du Bataillon de Légion, qui conserve également le commandement du bataillon albanais.
Ce soir-là, les légionnaires retournent au front. Peu après, une section de la 9e compagnie à Posen est touché par un obus ennemi, tuant le sergent Faubourg et blessant 13 légionnaires. Plus tard, l’adjudant-chef J. L. Ramaeckers, un sous-officier néerlandais comptant près de 15 ans dans la Légion et détaché à la 1re compagnie de mitrailleuses du I/1er RMA, tombe lors d’une attaque ennemie à Posen.
Le 26 mars se déroule une action clé pour les légionnaires à Monastir, qui venge des pertes antérieures. Soutenue par la 11e compagnie et une batterie de 155 mm, la 10e compagnie du capitaine Jumancourt attaque au sud-ouest de Posen vers les tranchées de Munich, gagnant près de 800 mètres en profondeur. Cinq officiers et 166 soldats ennemis, stupéfaits par l’audace de l’attaque, se rendent sans résistance. Les légionnaires s’emparent de trois mitrailleuses, de six lance-bombes et d’autres matériels. Malgré ce succès retentissant, les pertes s’accumulent : le capitaine Pignatelli di Cerchiara et trois légionnaires sont tués, le sous-lieutenant Rosini et 14 autres blessés.
Au cours des deux jours suivants, les Bulgares lancent cinq contre-attaques féroces pour reprendre leurs positions, toutes repoussées par la défense tenace de la Légion. Ces assauts et les tirs d’artillerie incessants coûtent la vie à neuf légionnaires et en blessent 62.
Parmi les blessés graves, un autre ancien légionnaire, l’adjudant Henri Naumann de la 10e compagnie, perd un œil en repoussant une contre-attaque bulgare le 28 mars. Déjà décoré de la Médaille militaire en 1916, Naumann devient le premier sous-officier de l’Armée française d’Orient – et de la Légion étrangère en 1914-18 – à recevoir la Légion d’honneur, un honneur habituellement réservé aux officiers.
Pour mémoire, l’adjudant-chef Léon a obtenu cette plus haute distinction française à Gallipoli après sa promotion sur le champ de bataille au grade d’officier, tandis que le légendaire adjudant-chef Mader du RMLE l’a reçue pour les actions qui se sont déroulées en France trois semaines plus tard, en avril 1917.
Deux autres légionnaires se distinguent également le 26 mars, obtenant des citations personnelles à l’ordre de l’Armée de la part du commandant en chef de l’AFO. L’adjudant-chef Theissen de la 10e compagnie, avec sa section, a conquis des tranchées ennemies et capturé 70 prisonniers. Le caporal Kéradouche, également de la 10e compagnie, a attaqué à lui seul une position ennemie et a fait 30 prisonniers.
Les légionnaires sont relevés dans la nuit du 28 mars. Leur bravoure et leurs actions décisives au cours de ces trois jours valent au Bataillon de Légion sa deuxième citation à l’ordre de l’Armée :
“Fait partie de l’armée française d’Orient depuis le 28 avril 1915. N’a cessé de donner des preuves de sa valeur militaire, de sa ténacité, de son courage. S’est distingué aux Dardanelles les 28 avril, 2 et 4 mai et 21 juin 1915. A combattu en Serbie sans trêve du 20 octobre au 8 décembre 1915. Depuis la reprise de l’offensive en Macédoine, a pris le contact de l’ennemi le 9 septembre 1916 pour ne plus l’abandonner. A brillamment enlevé, le 14 septembre, la position de la Mala Reka et a pris une part importante au combat du 24 septembre devant Florina. Vient de se distinguer tout particulièrement le 26 mars 1917 en enlevant une position très forte et en la conservant malgré les contre-attaques ennemies.”
Le front sur la Crvena Stena se calme jusqu’au 12 avril, date à laquelle les positions françaises subissent des bombardements jour et nuit. Le 17 avril, son intensité monte à 500 obus par heure, signalant une attaque imminente. À 18 heures, les Bulgares, précédés de lance-flammes, lancent un assaut massif sur les positions françaises de Posen. Les zouaves du 2e bataillon ne tiennent pas et Posen tombe. Deux jours plus tard, le 19 avril, les bataillons du 2e RMA et du 1er RMA, appuyés par les 10e et 11e compagnies de la Légion, contre-attaquent. Les Français l’emportent et reprennent les tranchées perdues, tandis que l’ennemi en retraite abandonne 62 prisonniers et plusieurs blessés.
À partir du 20 avril, le front se stabilise, hormis le 16 mai, lorsque des attaques de diversion françaises près de Monastir détournent l’attention bulgare d’une offensive serbe dans la boucle de la rivière Cerna, à environ 65 km au nord-est.
La bataille de Crvena Stena, épisode de la bataille de Monastir de 1917, s’achève. Les Français occupent partiellement les montagnes Baba et la cote 1248, au nord-ouest de la ville. Cependant, malgré les efforts alliés, certaines unités ennemies restent retranchées dans des positions difficiles d’accès. Monastir demeure sous le feu de l’artillerie jusqu’en septembre 1918, à moitié détruite par plus de 20 000 obus.


Front de Monastir : mai – août 1917
Bien que les bombardements bulgares restent intenses, les actions offensives s’arrêtent sur l’ensemble de la ligne de front, laissant place à la guerre de tranchées statique, caractéristique de la Grande Guerre. Jusqu’en juillet 1917, les unités du Bataillon de Légion alternent entre Posen, le Fort National, Dihovo et Brusnik.
Le 31 mai, un renfort crucial arrive pour remplir les rangs du bataillon, épuisé par les combats et les bombardements. Il est encadré par un vieil officier alsacien à la barbe fourniee, capitaine Harburger, ancien légionnaire. Lieutenant au sein du bataillon en mars 1915, il retrouve son ancien supérieur, le lieutenant-colonel Geay, et sert comme son adjoint jusqu’à la fin de la guerre.
En juin, le commandant Rivet transfère son P.C. à Nizopole, accompagné d’une partie du bataillon. Le reste demeure à Dihovo sous les ordres du capitaine Grabot, commandant en second, chargé d’améliorer les fortifications de Posen et du Fort National.
Le 29 juin, après la démission et l’exil du roi de Grèce, le gouvernement de Venizelos prend le pouvoir à Athènes, et la Grèce rejoint officiellement les Alliés.
Le 9 juillet, une attaque bulgare rompt le calme dans la vallée de Nizopole, visant les positions de la Légion à Posen. Elle tue cinq légionnaires et en blesse 12. Des blessés sont également à déplorer parmi les zouaves de la 3e CM, dont le sous-lieutenant Baudez, qui perd son bras droit.
Deux semaines plus tard, le lieutenant-colonel Geay part en permission. Le chef de bataillon Rivet prend le commandement du régiment, tandis que le capitaine Grabot assure l’intérim du Bataillon de Légion.
Fin juillet, la 156e Division accomplit sa mission à Monastir et se retire en Grèce. Une division combinée française – composée de deux régiments français, deux régiments russes et un régiment grec – la relève.
Camp de Gradobor
Le Bataillon de Légion quitte Monastir le 6 août, en tant que dernière unité de la division. Les hommes marchent vers Petrsko (Petres), à l’est de Florina, où le 1er RMA doit se rassembler. En traversant Negocani, les légionnaires rendent hommage à leurs camarades tués et inhumés là en octobre 1916. Le bataillon arrive à Petrsko le 11 août.
Le 20 août, les légionnaires atteignent Eksisu, près de la crête de Mala Reka, où ils se sont distingués et ont impressionné le général Cordonnier à la mi-septembre 1916. Le lendemain, ils montent dans un train vers l’est et arrivent à Gradobor (Pentalofos), le 22. Là, le 1er RMA se sépare de la 156e Division et passe sous le commandement du général Sarrail, dont son état-major se trouve à Salonique, à environ 15 kilomètres au sud-est.
Une fois les tentes dressées, les hommes organisent le camp et entament l’entraînement. Ils réalisent des exercices, des marches, et s’entraînent au tir et au lancer de grenades.
Le lieutenant-colonel Geay rentre de permission à la mi-septembre, permettant au commandant Rivet de reprendre la tête du bataillon.
Le 21 septembre, le général Sarrail décide que le bataillon de la Légion mérite une fourragère pour ses deux citations à l’ordre de l’Armée. Absentes des uniformes français depuis 1870, les fourragères réapparaissent durant la Grande Guerre, en 1916.
Cependant, parallèlement à cet honneur, une réorganisation sombre s’impose, probablement dictée par les besoins des fronts de Macédoine et de l’Ouest. Le bataillon, force clé des campagnes de Gallipoli, de Serbie, de Florina et de Monastir, fait face à une forte réduction de ses effectifs. Il est réduit à une seule unité, la 11e compagnie. Le commandant Rivet et le capitaine Grabot sont affectés à un dépôt divisionnaire au camp de Zeitenlik, près de Salonique.
Simultanément, le 2e RMA se transforme en un nouveau 3e bataillon du 1er RMA, absorbant la 3e compagnie de mitrailleuses du Bataillon de Légion, désormais composée de zouaves.
Le Bataillon de Légion du 1er RMA cesse officiellement d’exister le 30 septembre 1917.

Compagnie de Légion en Europe du Sud-Est
Le 1er octobre 1917, la Compagnie de Légion du 1er RMA voit le jour au camp de Gradobor, en Grèce. Elle regroupe cinq officiers, 32 sous-officiers et 318 légionnaires – soit 355 hommes au total – organisés en trois sections de combat et un peloton de discipline. Parmi les officiers figure le sous-lieutenant Léon, héros de la campagne de Gallipoli de 1915. Le capitaine Charles Conte, qui servait comme sous-lieutenant au Bataillon de Légion en Serbie à la fin de 1915, prend le commandement de l’unité.
La Compagnie de Légion – dont l’effectif correspond en fait à un demi-bataillon ou à deux compagnies d’infanterie renforcées – reste au camp, poursuivant ses activités et son entraînement. Le 16 octobre, l’unité, avec à sa tête sa clique, rend visite à « son dépôt » (selon son JMO), situé à environ 13 kilomètres à l’ouest, au camp de Vatiluk. Ce dernier avait accueilli des légionnaires entre la fin de 1915 et le début de 1916, et il est probable que le dépôt de la Légion y soit resté depuis.
Plus tard dans le mois, le sous-lieutenant Bedel rejoint l’unité, qui se réorganise alors en quatre sections de combat et le peloton de discipline.
Le 30 octobre 1917, la Compagnie de Légion reçoit la Fourragère aux couleurs de la Croix de guerre 1914-1918 (vert et rouge). Le lieutenant-colonel Geay la remet personnellement au capitaine Conte, qui l’épingle à ses officiers, tandis que les sous-officiers l’attachent à leurs hommes. Les bataillons du 1er RMA défilent ensuite devant les légionnaires qui gardent le drapeau du régiment.
Le lendemain, le général Sarrail ordonne que le 1er RMA soit affecté à la 122e Division et transféré dans le sous-secteur au nord de Karasouli (aujourd’hui Polykastro), un village situé à 40 kilomètres au nord-ouest de Gradobor, entre Bohemica et le lac Ardzan. Il y relève la 78e Brigade de la 26e Division britannique du général Colin.
Compagnie de Légion en Orient en octobre 1917
- Commandement : Capitaine Conte
- 1ere Section : Lieutenant Zanchetta
- 2eme Section : Sous-lieutenant Noleau
- 3eme Section : Sous-lieutenant Léon
- 4eme Section : Sous-lieutenant Bedel
- Peloton de discipline : Sous-lieutenant Lemaire

Sous-secteur de Karasouli (novembre 1917 – mars 1918)
Le 8 novembre, le 1er RMA prend le contrôle du sous-secteur qui lui a été attribué et qui s’étend de la rivière Vardar à gauche jusqu’au ravin de Selimli à droite. Il englobe les villages d’Oreovica (Pefkodasos), de Bajalca (Platania), de Smol (Mikro Dasos) et de Makukovo (Evzonoi). L’unique route reliant Salonique au poste frontière de Bogoroditsa – bien connue des légionnaires de la campagne de Serbie de 1915 – traverse ces villages, Makukovo se trouvant à quatre kilomètres au sud de la frontière.
À cette époque, les Bulgares occupent toute la zone face à Makukovo.
La première ligne de tranchées fortifiées françaises s’étend au sud de Makukovo, d’ouest en est ; une seconde ligne se trouve entre Bajalca et Smol – seul village du sous-secteur à l’écart de la route principale. Le P.C. du sous-secteur confié au lieutenant-colonel Geay se situe entre Smol et Oreovica, dans le ravin de Happy Valley – un nom hérité des Britanniques. Le camp de la Compagnie de Légion s’installe 200 mètres plus au sud, dans le ravin de Glen Smol.
Jusqu’à mi-mars 1918, les légionnaires, organisés en deux pelotons de deux sections chacun, alternent entre leur camp et la partie la plus à droite de la ligne de front, notamment le « Piton Brun » (aussi K6) et le « Piton des Guetteurs » (AK6). Appuyés par deux sections de mitrailleuses de la 2e CM, ces pelotons se relaient toutes les deux semaines.
Le front de Karasouli reste relativement calme, les Bulgares ayant établi une zone tampon de quelques kilomètres de large le long de la frontière, en territoire grec, adoptant ainsi une attitude défensive. Les bombardements se font rares, et de nombreuses patrouilles de reconnaissance dans le no man’s land ne rencontrent pas d’affrontements majeurs.
Le 4 décembre, un tir d’artillerie bulgare blesse quatre légionnaires.
Quatre jours après, deux sergents et 27 légionnaires viennent renforcer l’unité.
Le 14 décembre, le général Sarrail cède son commandement des Armées alliées d’Orient au général Guillaumat. Fin décembre, le commandement de l’Armée française d’Orient change également, le général Régnault laissant sa place au général Henrys.



Campement à Gorgop (avril – mai 1918)
Le 19 mars 1918, la mission dans le sous-secteur de Karasouli s’achève. Le 1er RMA et la Compagnie de Légion sont relevés par une brigade britannique et se replient à l’arrière – d’abord vers Amatovo (au sud-est de Karasouli ; le village n’existe plus), puis, le 28 mars, vers Gorgop (Gorgopi), où ils arrivent le 31 mars.
Au cours de cette marche, une violente tempête de neige s’abat sur le régiment, laissant cinq zouaves mourir de froid. Pour mémoire, une tempête similaire avait décimé une compagnie de la Légion dix ans plus tôt, près de la frontière algéro-marocaine, à Forthassa Gharbia au début 1908. Peut-être parmi les hommes de la Compagnie de Légion en route vers Gorgop se trouvait quelqu’un qui se souvenait – ou même qui avait survécu – à ce désastre ? Qui sait ?
Les légionnaires établissent leur camp au nord de Gorgop et alternent ensuite entre l’entraînement et la réfection des routes dans la région, restant sur place près de deux mois.
Le 24 mai, le 1er RMA quitte Gorgop et marche via Kupa (Koupa) vers les secteurs d’Osin (Archaggelos) et Borislav (Periklia). Les troupes alliées – trois divisions grecques et la 122e Division (y compris le 1er RMA) – préparent une nouvelle offensive à l’est de Borislav, visant le massif de Skra Di Legen.
Skra di Legen (mai – juillet 1918)
Tandis que le régiment et la Compagnie de Légion restent en arrière du front, le peloton de canons de 37 mm du 1er RMA soutient la Division de l’Archipel grecque dans son assaut frontal sur Skra Di Legen.
La région avait essuyé une offensive franco-grecque en mai 1917, repoussée par des Bulgares solidement retranchés. Mais le moment est venu de tenter une nouvelle attaque.
Celle-ci se déclenche à l’aube du 30 mai, après un bombardement d’artillerie intense débuté le 29 mai. Les forces alliées assaillent les positions bulgares, les troupes franco-grecques chargeant avec audace et brisant rapidement le moral ennemi. Elles submergent les formidables fortifications en béton des Bulgares – un labyrinthe de mitrailleuses et de postes d’observation – sur une profondeur dépassant 1 500 mètres.
Les bataillons du 1er RMA et la Compagnie de Légion suivent les Grecs, sécurisent les positions conquises, éliminent les dernières poches de résistance et se préparent à une éventuelle contre-attaque. Mais aucune ne survient.
La deuxième bataille de Skra di Legen marque un triomphe propagandiste crucial pour les Alliés. Elle met en lumière le premier grand succès de la Grèce dans la Première Guerre mondiale et brise les lignes bulgares après un an d’efforts infructueux.
La Division de l’Archipel a excellé, et son commandant, le colonel Manganaras, cite le 1er RMA à l’ordre de la division pour son soutien décisif, notamment celui du peloton de canon, dans cette victoire.
Le régiment reste dans le secteur de Skra di Legen, renforçant les positions capturées jusqu’au 15 juillet, date à laquelle les légionnaires et les zouaves sont relevés par trois bataillons de la 16e Division coloniale française et regagnent Gorgop.




Florina et Monastir (août – septembre 1918)
En juin, le général Franchet d’Espèrey reçoit le commandement en chef des Armées alliées d’Orient à Salonique.
Entre-temps, à la mi-juillet, les Alliés – renforcés par des troupes américaines – saisissent l’initiative sur le front de l’Ouest, contre-attaquent les forces allemandes et renversent le cours de la guerre.
Ainsi, une offensive générale contre les Bulgares se prépare sur le front macédonien à l’été 1918. Le général Franchet d’Espèrey adopte le plan de son prédécesseur, ordonne la construction de nouvelles routes et voies ferrées pour acheminer artillerie et munitions au front. Il lance également des relevés cartographiques pour des cartes détaillées et met en place des réseaux de communication modernes, incluant téléphone et télégraphie sans fil.
Au cours de ces efforts, le 1er RMA et la Compagnie de Légion quittent Gorgop pour Florina, une ville familière depuis septembre 1916. Les légionnaires passent quatre jours à Armenohor (Armenochori), à l’est de Florina, avant de gagner Pisoderi, dans les montagnes de Verno, à 17 kilomètres à l’ouest, le 30 juillet. Là, ils sont devenus des bâtisseurs, fidèles à leur tradition de cumuler le rôle de braves soldats et d’ouvriers expérimentés, assistant les sapeurs militaires français à construire des routes sur des terrains accidentés et montagneux.
Parallèlement, le régiment progresse vers Monastir, à l’exception du 1er bataillon – temporairement unité d’instruction pour le 2e groupe divisionnaire – et de la musique, qui restent à Florina. Le 1er RMA établit son P.C. à Kanino, au sud de Monastir.
Le 18 août, le lieutenant Léon et le sous-lieutenant Bedel achèvent leur séjour et sont rapatriés.
Une semaine plus tard, le 1er RMA, moins la Compagnie de Légion, se rend au nord de Monastir, dans le sous-secteur Esterel, entre Rastani et Krklino. D’abord rattaché à la 76e Division, il rejoint la 156e Division du général Borius le 6 septembre.
Entre-temps, les légionnaires terminent leurs travaux à Pisoderi et, le 4 septembre, se rendent à Velusina, à mi-chemin entre Florina et Monastir. Ils y passent huit jours en construisant des routes, puis retrouvent le 1er RMA à Rastani, à quelques centaines de mètres à l’ouest de Gorno Orizari. Les anciens peuvent redécouvrir les fortifications qu’ils ont construites ici fin 1916, mais leur tâche consiste désormais à aménager des routes pour faciliter le passage de l’artillerie alliée vers le front.




Offensive générale (septembre 1918)
En août, la bataille d’Amiens débute en France, surnommée « le jour noir de l’armée allemande ». Elle marque le début de l’offensive alliée des Cent Jours, qui met fin à la Première Guerre mondiale.
Cinq semaines plus tard, à la mi-septembre 1918, les Alliés frappent dans les Balkans. À l’est du front de Macédoine, les troupes britanniques et grecques lancent un assaut autour du lac Doiran en direction de la Serbie et de la Bulgarie. Au centre, les forces françaises et serbes progressent via Dobro Pole, s’emparant rapidement de leurs objectifs.
À l’ouest, des opérations de diversion se déroulent dans le secteur de Monastir pour appuyer une brigade de cavalerie française qui pousse vers le nord afin de s’emparer d’Uskub (Skopje). Cette ville clé de la Macédoine du Vardar, alors en Serbie (aujourd’hui capitale de la Macédoine du Nord), abrite l’état-major régional des Puissances centrales.
Cependant, les forces ennemies dans la région – la 11e Armée allemande du général von Steuben, composée principalement de Bulgares sous commandement allemand – évitent le combat direct et se replient vers le nord le 21 septembre.
Les Français, flanqués à l’ouest par la Brigade italienne « Cagliari », les pourchassent. Les légionnaires, sans doute frustrés, restent en arrière pour achever les travaux de route.
Le 1er RMA mène la colonne française, engage de petits affrontements à Cernobok (Crnobuki) le 24 septembre, puis poursuit la 11e Armée à travers les montagnes au nord de Monastir jusqu’à Velmevci, où il arrive le 29 septembre.
Ce jour-là, la cavalerie française s’empare d’Uskub, un triomphe stratégique. Le lendemain, le 30 septembre 1918, la Bulgarie signe un armistice.
Pendant ce temps, le 27 septembre, la Compagnie de Légion quitte Rastani. Elle traverse les mêmes montagnes pour rejoindre le 1er RMA, et se dirige vers Kicevo. Cette ville, située à 65 kilomètres au nord-ouest de Monastir, abrite un important dépôt de ravitaillement ennemi que les Français ont découvert. Les légionnaires y arrivent le 4 octobre via Lopatica et Pribilci, et installent un camp au sud de la ville, à Bigor Dolenci. Le 1er RMA bivouaque à proximité, à Srbjani.


Fin de la guerre et retour à Salonique
À Bigor Dolenci, les légionnaires prennent en charge le dépôt ennemi, trient le matériel et organisent des convois vers les dépôts régionaux français. Cette tâche dure jusqu’au 19 octobre. Puis la compagnie organise l’instruction de ses hommes jusqu’au 6 novembre.
Pendant ce temps, le 30 octobre, l’Empire ottoman signe un armistice avec les Alliés, suivi par l’Autriche-Hongrie le 4 novembre.
Le 7 novembre, le 1er RMA et la Compagnie de Légion quittent Kicevo pour Monastir, s’arrêtant cinq jours à Lisolaj. Là, les hommes apprennent que l’Allemagne a signé l’armistice du 11 novembre avec les Alliés, marquant la fin de la Première Guerre mondiale.
Le 16 novembre, le 1er RMA et la Compagnie de Légion partent de Monastir par le train pour Naoussa, une ville grecque entre Florina et Salonique. Au sud-est de Naoussa, près de Rupan (Stenimachos), les unités prennent du repos pendant trois semaines, jusqu’au 7 décembre. Le 3e bataillon du 1er RMA est dissous durant cette période, à l’exception de la 3e compagnie de mitrailleuses.
Le 11 décembre, les légionnaires et les zouaves arrivent à Salonique, au camp Franchet d’Espèrey, anciennement camp de Zeitenlik. Cependant, deux jours plus tard, leur mission finale débute.
Odessa en Russie (décembre 1918 – avril 1919)
En 1914, l’Empire russe sous le tsar Nicolas II entre en guerre contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie pour soutenir son allié, la Serbie. Les Russes affrontent les Allemands en Prusse orientale et les Turcs dans le Caucase. En 1916, quatre brigades du Corps expéditionnaire russe se déploient en France et à Salonique. Mais la guerre, impopulaire en Russie, déclenche une révolution en mars 1917, forçant l’abdication du tsar. La Russie devient une république, puis fait face à la révolution bolchevique en novembre. En mars 1918, les bolcheviks signent le traité de paix de Brest-Litovsk avec l’Allemagne.
Une guerre civile éclate, opposant l’Armée rouge bolchevique aux Armées blanches anti-bolcheviques. En réponse, une intervention alliée en Russie est organisée à la fin de 1918 pour soutenir les Blancs. Elle est menée à partir de différentes directions. Les Français décident d’intervenir principalement par la mer Noire, avec les forces stationnées à Salonique.
La 156e Division, comprenant le 1er RMA – 54 officiers et 1 650 hommes – et le 176e Régiment, rejoint cet effort et embarque pour la Russie méridionale le 13 décembre 1918. Le 15 décembre, en passant par Gallipoli, le lieutenant-colonel Geay réunit ses hommes pour rendre hommage aux légionnaires et zouaves du régiment tombés là-bas en 1915. Les anciens retrouvent la baie de Morto, Krithia et le ravin de Kérévés Déré.
La Division débarque à Odessa (aujourd’hui en Ukraine) le 18 décembre. Ce port majeur de la mer Noire, avec une forte influence française, est alors la capitale régionale. Les bolcheviks ne s’en sont pas encore emparés, mais l’anarchie et le chaos y règnent. Depuis le 14 décembre, le Directoire ukrainien anti-bolchevique a renversé l’Hetmanat soutenu par les Allemands, instauré en avril 1918. Des troupes allemandes et autrichiennes stationnent encore dans la ville, évitant de s’engager dans la guerre civile. S’y mêlent aussi des rescapés de l’Armée blanche, des nationalistes ukrainiens, des anarchistes, des bolcheviks et d’autres factions, aggravant le désordre.
Les unités françaises maintiennent l’ordre. Le 1er RMA s’installe à l’École d’artillerie, gardant deux gares et les environs. La Compagnie de Légion, avec une section de mitrailleuses de la 3e CM, tient des points de contrôle autour de la cathédrale de la Transfiguration jusqu’au 24 décembre.
Après Noël passé à l’École d’artillerie, la Compagnie de Légion prend la garde de la station radio à partir du 30 décembre – leur dernière tâche de la Première Guerre mondiale en Europe du Sud-Est.
Le 21 janvier 1919, le 1er RMA – moins la Compagnie de Légion et la 3e CM – quitte la ville pour des opérations au nord, dans la campagne. La 3e CM rejoint le régiment le 16 février, laissant la Compagnie de Légion comme seule unité du 1er RMA à Odessa.



Retour des Balkans et dissolution (avril 1919)
En avril 1919, les avancées de l’Armée rouge, les mutineries de l’Armée blanche et l’hostilité locale contraignent le général Franchet d’Espèrey à suspendre l’intervention dans la Russie méridionale et à retirer les troupes alliées – françaises et grecques.
Ainsi, le 2 avril, la Compagnie de Légion abandonne la station radio pour regagner l’École d’artillerie. Au cours des derniers mois, ses effectifs ont été considérablement réduits à deux officiers, cinq sous-officiers et 38 légionnaires. Désarmés et destinés au rapatriement, ils quittent Odessa ce soir-là, s’arrêtent 32 heures à Constantinople et débarquent à Salonique le 7 avril.
Le 14 avril 1919, la Légion étrangère quitte définitivement les Balkans et l’Europe du Sud-Est, après presque quatre ans jour pour jour.
Sous le commandement d’un officier italien, le lieutenant Zanchetta, et du sous-lieutenant Papoutzopoulos (un Grec), la Compagnie de Légion débarque en Tunisie, dans l’Afrique du Nord française, le 19 avril. Après un court repos, ce petit détachement de 45 hommes gagne l’Algérie et arrive au Quartier Viénot à Sidi Bel Abbès – alors la maison-mère de la Légion étrangère – le 26 avril.
La Compagnie de Légion du 1er RMA est officiellement dissoute le 28 avril 1919, et son fanion, décoré de la Fourragère, est déposé dans la Salle d’Honneur du 1er Etranger. L’odyssée de l’unité s’achève.
Conclusion
Les campagnes menées par les Alliés dans le sud-est de l’Europe au cours de la Première Guerre mondiale restent largement méconnues et souvent négligées par les historiens, éclipsées par l’importance du front de l’Ouest. Pourtant, les hommes qui ont combattu dans les Balkans ont souffert autant que leurs camarades en France, endurant une guerre de tranchées statique et des tirs d’artillerie incessants, sous le soleil brûlant de Gallipoli ou dans les montagnes enneigées de Macédoine. Cependant, ils n’ont pas bénéficié d’un repos régulier dans les villes modernes françaises, avec des populations amicales, des femmes charmantes et du bon vin. Au lieu de cela, les soldats dans le sud-est de l’Europe ont été déployés dans une région pauvre, moins développée et instable, au bord de la guerre civile – un endroit où une partie de la population n’avait aucune sympathie pour les troupes alliées.
Treize officiers de la Légion et plus de 330 légionnaires tombent à Gallipoli, en Serbie, en Grèce et en Macédoine, tandis que beaucoup d’autres succombent à leurs blessures, à la dysenterie ou au paludisme – ce dernier a frappé 30 000 soldats français en Grèce en 1916. Parmi les morts figurent de nouveaux engagés volontaires pour la durée de la guerre, ainsi que des anciens légionnaires aguerris des combats contre les Berbères en Afrique du Nord.
Le 1er RMA reste dans le sud de la Russie jusqu’à sa dissolution en juin 1919. Le lieutenant-colonel Geay, qui avait commandé le Bataillon de Légion dès mars 1915, quitte le régiment en avril 1919, prenant ensuite le commandement de tirailleurs algériens lors de la méconnue guerre franco-turque (1919-1921) et des opérations au Levant de 1920 à 1922.
Pour l’anecdote, plusieurs unités peu connues, composées de volontaires locaux, ont vu le jour dans les Balkans pendant la Première Guerre mondiale et ont été rattachées administrativement à la Légion étrangère en Algérie, notamment des bataillons grecs, crétois, bosniaques et albanais.
Deux autres unités méritent une mention. D’abord, la Légion d’Orient, dont le titre identique a provoqué une légère correction du nom du Bataillon de Légion d’Orient ( En fait, cela cause encore des malentendus aujourd’hui.) Créée en 1916 avec des Arméniens et des Syriens pour combattre les Ottomans en Anatolie et en Syrie, elle s’est scindée en 1919 en Légions arménienne et syrienne. Comme les formations de volontaires évoquées plus haut, ces unités étaient rattachées administrativement à la Légion et comptaient quelques officiers de la Légion.
Ensuite, le Bataillon de la Légion étrangère de Russie du Nord, créé fin 1918 avec des volontaires russes antibolcheviques, dans le cadre des forces d’intervention alliées en Russie du Nord. Le bataillon a servi près d’Archangelsk jusqu’en 1919, et a également été rattaché à la Légion étrangère en Algérie. (Un article sur cette unité sera publié dans les semaines à venir).
Les légionnaires retournent dans les Balkans dans les années 1990, servant en Bosnie et au Kosovo jusque dans les années 2000, d’abord comme forces de maintien de la paix sous mandat de l’ONU, puis au sein de l’OTAN. En 2024, les légionnaires reviennent en Bosnie, cette fois dans le cadre d’une mission de l’Union européenne.






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Principales sources d’informations:
Képi blanc revues
Légion Etrangère revues
L’Illustration revues
JMO : Bataillon de Légion (1915 – 1917)
JMO : Compagnie de Légion (1917 – 1919)
JMO : 1er RMA (1915 – 1919)
JMO : 156e Division d’infanterie (1915 – 1918)
Les tirailleurs (un grand merci à Eric pour son aide)
Mémorial Gen Web (Fr)
Google Maps
Wikipedia.org
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L’article original: Foreign Legion in the Balkans: 1915-1919
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La page a été mise à jour le : 15 mars 2025
