
Contexte historique
Après la défaite de l’Autriche dans la guerre austro-prussienne de 1866, la Confédération de l’Allemagne du Nord se forme sous l’hégémonie prussienne, avec Otto von Bismarck comme chancelier confédéral. Dotée d’une armée moderne et d’une administration efficace, la Prusse devient une redoutable puissance européenne.
De l’autre côté, le Second Empire français de l’empereur Napoléon III se retrouve isolé en Europe et affaibli de l’intérieur. L’armée française est réduite après l’échec de l’expédition militaire au Mexique (1862–1867), et l’état de santé de l’empereur se dégrade rapidement.
En juillet 1870, une querelle diplomatique – la « dépêche d’Ems », concernant le trône d’Espagne – provoque une déclaration de guerre hâtive du gouvernement français à la Prusse, le 19 juillet. La France prend ainsi la responsabilité des hostilités, face à un ennemi qui dispose d’une supériorité marquée en matière de mobilisation et d’organisation. La Prusse sera bientôt en mesure de déployer des forces largement supérieures à celles dont la France dispose dans l’immédiat.
La guerre tourne mal dès le début. Les Français sont sévèrement battus dans les premières batailles en Alsace, au début du mois d’août. Après ces défaites, Napoléon III confie le commandement de l’Armée du Rhin au maréchal Bazaine, laquelle est bientôt assiégée à Metz. Une deuxième armée est constituée sous le maréchal Mac Mahon, mais le coup décisif survient le 2 septembre à Sedan : l’armée de Mac Mahon capitule et Napoléon III est fait prisonnier.
À la suite de cette catastrophe, la chute de l’Empire et l’instauration de la République sont proclamées à Paris le 4 septembre. Le nouveau gouvernement républicain de la Défense nationale déclare sa volonté de continuer la lutte. Son ministre de la Guerre et de l’Intérieur, Léon Gambetta, quitte Paris en ballon et s’installe à Tours, d’où il dirige la création et la réorganisation de nouvelles armées en province : l’Armée de la Loire, l’Armée du Nord et l’Armée de l’Est.
C’est dans cette situation critique que la Légion étrangère entre en guerre.


La Légion étrangère dans la guerre de 1870
Au moment de la déclaration de guerre à la Prusse, la Légion étrangère sert en Algérie, en Afrique du Nord, sous le titre de Régiment étranger (l’ancien 2e Régiment étranger). Comme d’autres unités françaises, le régiment est réduit suite à la campagne du Mexique, au cours de laquelle les légionnaires se sont illustrés lors de la bataille de Camerone en 1863. À la mi-juillet 1870, la Légion ne comprend que 117 officiers et 2 457 hommes. Répartis en quatre bataillons, ils maintiennent l’ordre dans l’ouest de l’Algérie, avec la portion centrale à Mascara.
Or, on cherche au plus vite des hommes pour le conflit à venir. Le 17 juillet, une loi impériale autorise les engagements volontaires pour la durée de la guerre (E.V.D.G.). Cependant, contrairement à ce que d’autres ouvrages historiques ont pu suggérer, cette loi ne vise pas en premier lieu les volontaires étrangers, comme ce sera le cas en 1914 et en 1939. Ainsi, en août 1870, plus de 25 000 engagés volontaires pour la durée de la guerre sont recrutés dans l’infanterie française – mais parmi eux, on ne compte que 557 étrangers, soit 2 %.
5e bataillon du Régiment étranger
Un décret impérial du 22 août autorise la création du 5e bataillon du Régiment étranger en France, afin d’intégrer les volontaires étrangers souhaitant servir sous le drapeau français. Il s’agit d’une mesure exceptionnelle prise en temps de guerre. En effet, en vertu de la loi du 9 mars 1831, les légionnaires ne sont autorisés à servir que hors du territoire continental de la France – raison pour laquelle la Légion étrangère est stationnée en Algérie. Toutefois, pendant la guerre de 1870–1871, cette interdiction est temporairement levée.
Le 5e bataillon est organisé à Tours, ville déjà désignée en juillet comme le futur dépôt de tous les déserteurs étrangers. Une circulaire du 5 septembre du nouveau gouvernement républicain prescrit de refuser l’engagement de tous les Prussiens et citoyens des États allemands ; ceux déjà engagés doivent être dirigés sur l’Algérie.
Commandé par le chef de bataillon Victor Arago, le nouveau bataillon comprend quelque 1 250 hommes répartis en huit compagnies – principalement des Autrichiens, des Belges, des Suisses, des Polonais, des Italiens et des Espagnols. Parmi les officiers figure le sous-lieutenant Kara George, en réalité le prince serbe Karageorgévitch, futur roi Pierre Ier de Serbie. La moitié des hommes du bataillon est armée du Chassepot, premier fusil à chargement par la culasse, tandis que le reste est équipé de fusils à percussion.
Le 5e bataillon est rattaché au 15e Corps d’armée, qui fait partie de l’Armée de la Loire. Le 30 septembre, il quitte Tours pour Orléans, à environ 120 kilomètres au sud de Paris, où il arrive le 10 octobre.
Presque aussitôt, le bataillon est engagé dans la défense de la ville contre les Prussiens et les Bavarois du général von der Tann. Le combat de rue s’engage vers deux heures du matin le 11 octobre et dure toute la journée. Défendant le faubourg Bannier, un quartier de la ville, les légionnaires se battent de maison en maison, de jardin en jardin. Un sergent se distingue comme excellent tireur et, posté derrière une lucarne, abat quelque 80 soldats ennemis.
À dix-sept heures, le commandant Arago est tué, et la retraite est sonnée presque aussitôt. Désormais sous les ordres du capitaine Morancy, les légionnaires répondent par le cri « En avant ! » et continuent à tenir la place. Ils n’obéissent qu’au troisième appel et se replient enfin.
Le 5e bataillon laisse dans cette bataille les deux tiers de son effectif : 600 morts ou blessés, 200 à 300 prisonniers. Sur 25 officiers, six sont tués, sept blessés, six faits prisonniers. Le courage des hommes force l’admiration chez l’ennemi.
Officiers du 5e bataillon tués le 11 octobre 1870 :
- Commandant ARAGO Victor – chef de bataillon
- Capitaine CHARNAUX François
- Sous-lieutenant KACZKOWSKI Stanislas
- Sous-lieutenant FAY H.-J.
- Sous-lieutenant YUNG DE CRISTOFEU
- Sous-lieutenant KURNEWITCH





Régiment étranger de marche
Le Régiment étranger de marche est une formation provisoire pour servir en France, constituée à partir de bataillons du Régiment étranger d’Algérie et des restes du 5e bataillon déjà engagé sur le sol français.
Le 22 septembre 1870, le colonel Deplanque – alors à la tête du Régiment étranger en Algérie – reçoit l’ordre d’envoyer en France deux bataillons de volontaires, dont les légionnaires allemands de tous grades seront écartés et maintenus en Afrique. Les 1er et 2e bataillons sont désignés. Portés à huit compagnies chacun, ils débarquent en France le 11 octobre. L’effectif total est de 60 officiers et 1 457 hommes, sous les ordres de leur colonel. Le 19 octobre, dans la région d’Orléans, les deux bataillons sont rejoints par le 5e bataillon dans un état squelettique, alors sous les ordres du commandant Béchet. L’ensemble forme le Régiment étranger de marche.
Le régiment ne compte guère plus de 2 000 hommes et reste au sein du 15e Corps d’armée. Ce corps est composé de troupes rappelées d’Algérie, de soldats des dépôts et de réserve. Sa mission est de s’opposer à la progression allemande dans la région de la Loire et, si possible, de contribuer aux opérations visant à secourir Paris assiégée.
Entre-temps, les événements sur d’autres fronts aggravent considérablement la situation. Le 27 octobre, l’ex-Armée du Rhin du maréchal Bazaine (150 000 hommes), assiégée à Metz depuis fin août, capitule. C’est un coup terrible pour la France, mais les armées républicaines nouvellement levées en province poursuivent la lutte.
Le 9 novembre, le Régiment étranger de marche participe à la bataille de Coulmiers, à l’ouest d’Orléans, en chassant les Bavarois. Les légionnaires reprennent ensuite Orléans, perdue en octobre. Cette bataille est la plus importante victoire remportée par l’armée française durant la guerre de 1870–1871. Mais la neige et la pluie tombent déjà en abondance, et les mouvements deviennent extrêmement difficiles.
Quelques jours plus tard, le colonel Deplanque est nommé général. Le colonel de Curten, venu d’Algérie, le remplace à la tête du régiment, mais il est lui-même promu général deux semaines plus tard. C’est finalement le lieutenant-colonel Canat, nouvellement promu, qui prend le commandement du régiment et le conserve jusqu’à la fin de la campagne.
Le 3 décembre, les légionnaires se distinguent à la Croix-Briquet, au nord d’Orléans, par leur résistance opiniâtre face aux Bavarois du général von der Tann. Le lendemain, c’est le combat entre Cercottes et Chevilly. Baïonnette au canon, les légionnaires chargent et forcent l’ennemi à se retirer. Toutefois, les Allemands reprennent l’avantage grâce aux effectifs dont ils disposent. L’ordre de la retraite est donné au 15e Corps. Le 4 décembre, les forces du prince Frédéric-Charles de Prusse s’emparent à nouveau d’Orléans.
Le repli se poursuit sous une neige abondante, en direction de Bourges, dépôt du Régiment étranger de marche et l’ancien dépôt du 5e bataillon. Les hommes sont exténués de froid, de faim et de marches incessantes. Le moral tombe rapidement. Considérablement réduit par les combats, le régiment ne forme plus qu’un seul bataillon d’environ 900 hommes.
À Bourges, cependant, l’unité est réorganisée et renforcée dans le cadre d’un effort d’urgence pour reconstituer l’armée brisée. Une compagnie irlandaise la rejoint – seule unité issue du projet de 2e Régiment étranger (« irlandais »), qui ne voit jamais véritablement le jour. Entre le 18 et le 23 décembre, quelque 2 000 jeunes recrues renforcent le régiment et portent son effectif à environ 3 000 hommes. Ces recrues proviennent des dépôts de huit régiments de ligne (7e, 12e, 21e, 48e, 68e, 69e, 70e et 71e). En grande partie des Bretons, elles n’ont reçu que peu ou pas d’instruction de base. Le régiment compte désormais trois bataillons à huit compagnies et une compagnie d’éclaireurs.
Le 7 janvier 1871, le Régiment étranger de marche quitte Bourges et rejoint l’Armée de l’Est du général Bourbaki, le commandement français réorientant ses forces restantes vers un nouveau théâtre d’opérations près de la frontière suisse. Le froid est si intense que de nombreux hommes ont les pieds gelés pendant le mouvement. Arrivés à Montbéliard le 15 janvier, les légionnaires s’installent à l’ouest de la ville. Le 20, après quelques accrochages avec les Prussiens du général von Werder, le régiment se replie vers l’ouest, en direction de Besançon. Les 25 et 26 janvier, ses bataillons sont vivement engagés.
Le 28 janvier 1871, l’armistice franco-allemand est signé. Toutefois, l’Armée de l’Est n’est pas comprise dans ses conditions. Après que le général Bourbaki a cédé le commandement à son adjoint, le général Clinchant, celui-ci négocie l’internement de l’armée en Suisse afin d’éviter la captivité. À partir du 1er février, près de 90 000 hommes commencent à passer la frontière.
Le Régiment étranger de marche, quant à lui, reste à proximité de Besançon, face aux Prussiens. Ce n’est que le 15 février que l’armistice général intervient et permet enfin aux hommes de prendre du repos. La guerre est terminée.
Mais la fin des hostilités avec l’Allemagne n’apporte pas la paix en France. Le pays reste plongé dans une profonde crise politique et sociale, et au cours des semaines tourmentées qui suivent, les Français commencent à se battre entre eux. Par ordre du nouveau gouvernement, les trois bataillons du Régiment étranger de marche participent activement à la suppression du soulèvement dans la capitale. Ironie de l’histoire : cela se produit lors de la toute première intervention de la Légion sur le sol français.
Le 15 juin 1871, les trois bataillons quittent enfin la France pour l’Algérie. Une semaine plus tard, les légionnaires rejoignent la portion centrale du Régiment étranger à Mascara.


Unités méconnues de la Légion étrangère durant la guerre de 1870
Le récit qui précède suit la narration bien connue du rôle de la Légion dans le conflit. Les ouvrages officiels publiés par la Légion étrangère, de même que la plupart des études historiques consacrées au déploiement des légionnaires en France pendant la guerre franco-prussienne, ne traitent que des bataillons mentionnés ci-dessus. Cependant, des recherches dans les archives révèlent un tableau plus complexe, mettant en lumière d’autres unités formées – ou du moins projetées – entre 1870 et 1871, tombées depuis dans un quasi-oubli.
Compagnie de la Légion étrangère de la Division de Bretagne
Cette compagnie demeure l’une des formations les moins documentées de l’histoire de la Légion. Seuls quelques détails épars à son sujet subsistent, que l’on peut résumer comme suit.
Fin septembre 1870, une compagnie du 5e bataillon du Régiment étranger quitte Tours pour la Bretagne. Composée de deux officiers et d’environ 190 hommes insuffisamment instruits, l’unité s’installe à Brest, deuxième port militaire français depuis 1865. La compagnie y reste du 1er octobre au 6 novembre, date à laquelle elle part pour le camp de Conlie, non loin du Mans. Ce camp sert de point de rassemblement et d’instruction pour des milliers de volontaires bretons pendant la guerre et acquiert une triste réputation en raison de ses conditions déplorables.
Là, les cadres de la compagnie sont complétés. L’unité est ensuite rattachée à la Division de la Bretagne (officiellement la 4e division du 21e corps), seule partie active d’une armée de réserve, l’Armée de Bretagne du général de Kératry. En décembre, la Division de Bretagne renforce la deuxième Armée de la Loire, formée par la scission de l’armée originale.
Dans les ordres de bataille, la compagnie est mentionnée comme la « Compagnie de la Légion étrangère ».
L’unité, dont la nationalité des hommes n’est indiquée dans aucune source connue, est détachée auprès de formations irrégulières (corps francs), vouées à ce qui relève souvent de la guerre de partisans.
En janvier 1871, la Compagnie de la Légion étrangère prend part à la charge à la baïonnette lors de la bataille du Mans contre les troupes du prince Frédéric-Charles de Prusse, et protège l’artillerie et les convois de la division pendant la retraite qui suit. Au cours de ces combats, la compagnie subit des pertes considérables. Elle est ensuite envoyée, avec l’ensemble de la division, défendre la Bretagne. C’est là, à Rennes, que cette unité mal connue est licenciée.
Malheureusement, le rôle précis de cette unité reste obscur, de même que les raisons de son détachement du 5e bataillon et de son envoi en Bretagne. On ne peut dès lors que formuler des hypothèses – par exemple, qu’il aurait pu s’agir d’une formation disciplinaire – et s’interroger sur l’identité des hommes qui y ont servi.
6e bataillon du Régiment étranger
Dans les dernières semaines de la guerre, alors que la compagnie de la Division de Bretagne combat au Mans, le gouvernement décide de lever une nouvelle unité composée de volontaires étrangers – non plus comme un détachement, mais comme un bataillon nouvellement créé. Elle demeure aussi obscure que son homologue plus modeste en Bretagne. Ce bataillon n’est mentionné dans aucune source officielle de la Légion, ni dans la plupart des ouvrages historiques. Ce qui suit offre, pour la première fois, un regard plus approfondi sur cette unité largement oubliée.
Fin décembre 1870, le gouvernement de la Défense nationale décide de former une nouvelle unité au sein du Régiment étranger, cette fois dans le nord de la France. Un décret est ainsi signé le 12 janvier 1871, ordonnant la création du 6e bataillon. Celui-ci doit comprendre six compagnies et s’administrer séparément du reste du régiment. Le dépôt s’implante depuis quelques jours à Saint-Omer, une petite ville entre Lille et Calais. De plus, dès le 4 janvier, le chef de bataillon Charles Gache, venant du 49e Régiment de ligne, est nommé commandant. Sous le titre de « 6e bataillon étranger » ou « Bataillon étranger de Saint-Omer », cette unité doit être rattachée à l’Armée du Nord du général Faidherbe, récemment constituée.
Le recrutement se compose en majorité de Français et de Belges, avec quelques Néerlandais et des hommes d’autres nationalités. Parmi les sept premiers officiers du bataillon figurent deux sous-lieutenants belges, Bayet et Herber, ainsi que le sous-lieutenant Turno-Przybylski, d’origine polonaise. Il est intéressant de noter que ces trois officiers proviennent d’unités françaises ordinaires, et non du Régiment étranger. Cela suggère qu’un certain nombre d’étrangers ont servi dans des unités métropolitaines françaises pendant la guerre de 1870, sans être dirigés vers la Légion étrangère.
Malgré le temps glacial et le déroulement désespéré de la guerre du côté français, le recrutement augmente assez rapidement. Début février 1871, l’effectif total du bataillon est de 12 officiers et 215 hommes. Quatre semaines plus tard, il comprend déjà 16 officiers et 324 hommes, répartis en un état-major, une section hors rang, quatre compagnies actives et une compagnie de dépôt (la 6e, du capitaine Fouchet). Cependant, l’armistice marque la fin des combats en France et l’impossibilité pour cette unité d’entrer en campagne. En avril, le bataillon quitte Saint-Omer pour l’Afrique du Nord, par le port de Dunkerque.
Le 6e bataillon disparaît de la documentation officielle après son départ de Saint-Omer. Son histoire ultérieure peut néanmoins être partiellement reconstituée à partir de la correspondance du commandant Gache en 1880 et des rapports opérationnels faisant état d’un détachement du Régiment étranger sous ses ordres dans l’ouest de l’Algérie.
Dans sa correspondance de 1880, le commandant Gache indique que « … lorsque l’armistice, mon Bataillon venait d’être annexé au Régiment Etranger. Je le conduisis d’urgence en Algérie, où venait d’éclater la grande insurrection de 1871. Mon Bataillon opéra dans le Sahel, dans le pays compris entre Milianah et Cherchell, et enfin en décembre, dans le sud de la province d’Oran ».
Les rapports opérationnels le confirment. Ils indiquent que, depuis fin mai 1871, « un détachement du Régiment Etranger, composé de 12 officiers et 585 hommes sous les ordres du chef de bataillon Gache » fait partie des colonnes des colonels Désandré (mai-juin), Goursaud (juin-juillet) et Nicot (juillet-septembre) dans la région entre Miliana et Cherchell, située à une centaine de kilomètres au sud-ouest d’Alger, la capitale. Autrement dit, un bataillon méconnu, venu du nord de la France, mène trois mois de combats acharnés contre les rebelles berbères.
En décembre 1871, par ordre du ministre de la Guerre, les Français et les engagés volontaires pour la durée de la guerre des 5e et 6e bataillons sont licenciés ; le Régiment étranger perd ainsi quelque 1 200 hommes. Quant aux étrangers servant dans ces unités, ils sont versés aux bataillons restants.




Conclusion
La guerre de 1870 ébranle profondément la société française et l’estime de soi des Français, attisant des fractures qui culminent avec la Commune de Paris et sa violente répression quelques mois plus tard. Outre la défaite, la France perd la majeure partie de l’Alsace et une partie de la Lorraine, annexées en 1871 par l’Empire allemand nouvellement proclamé.
Pour la Légion étrangère, cette guerre marque un tournant : pour la première fois, les légionnaires combattent sur le sol français. Seules les circonstances désespérées qui suivent la chute de l’Empire rendent ce déploiement possible. Les hommes de ces unités de la Légion font preuve d’une endurance remarquable dans des conditions éprouvantes : un froid rigoureux et une guerre déjà perdue.
La Légion n’est cependant pas la seule voie ouverte aux étrangers désireux de combattre pour la France. Pendant la guerre, un certain nombre d’unités militaires composées de volontaires étrangers sont formées en dehors de l’administration de la Légion – notamment l’Armée des Vosges de Giuseppe Garibaldi, ainsi que plusieurs corps francs plus modestes à Paris et ailleurs. Des volontaires britanniques et américains fournissent également une assistance médicale aux soldats français blessés. Ces unités feront l’objet d’un article distinct : Unités de volontaires étrangers hors de la Légion pendant la guerre de 1870.
Quant à la guerre elle-même, c’est la première fois qu’y apparaissent les engagés volontaires pour la durée de la guerre (E.V.D.G.). Cependant, il s’agit principalement de Français, et non d’étrangers – à la différence des vagues de volontaires étrangers E.V.D.G. qui caractériseront les deux guerres mondiales. Il est également notable que de nombreux volontaires étrangers du côté français s’engagent dans des unités militaires sans aucun lien avec la Légion étrangère.
Enfin, la guerre franco-prussienne entraîne des restrictions durables à l’encontre des candidats allemands à la Légion, à quelques exceptions près – notamment pour les hommes originaires de l’Alsace-Lorraine qui, à la suite de l’annexion, possèdent la nationalité allemande. Cette décision affecte profondément la composition de nationalités et le caractère même de la Légion, jusqu’en 1914.
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Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Gén Grisot, Ltn Coulombon : Légion étrangère 1831 à 1887 (Berger-Levrault, 1888)
de Collectif : La Guerre de 1870-71 – La Défense Nationale En Province (R. Chapelot et Cie, 1911)
de Collectif : La Guerre de 1870-71 – Campagne de l’Armee du Nord – IV – Saint-Quentin (R. Chapelot et Cie, 1904)
Aristide Martinien : La Guerre de 1870-1871 – La Mobilistation de l’Armee – Mouvements des dépots (L. Fournier, 1912)
Ferdinand Lecomte : Guerre franco-allemande en 1870-1871 – Tome III (Genève et Bale, 1872)
Alexandre Dupont : Les volontaires espagnols dans la guerre franco-allemande de 1870-1871 (Mélanges de la Casa de Velázquez Nº 45, 2015)
Amédée Le Faure : Histoire de la guerre franco-allemande 1870-71 – Tome I (Garnier frères, 1875)
Gustave Schelle : Œuvres de Turgot – Tome III (Librairie Félix Alcan, 1919)
La Liberté journal (Septembre 1870)
La Petite Presse journal (Novembre 1870)
Le Rappel journal (Novembre 1870)
L’armée de la Loire 1870-1871
Google.com
Wikipedia.org
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Les motifs originaux inspirés par la Légion.
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L’article original : Franco-Prussian War 1870-1871
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En savoir plus sur l’histoire de la Légion :
Deuxième Légion Etrangère – Légion Suisse
Santa Isabel et Parras (1866)
Légion étrangère en Orient : 1915-1919
…ou voyez…
Tous nos articles en français sur la Légion étrangère
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La page a été mise à jour le : 13 mars 2026
