
Introduction
Au début des années 1920, la Légion étrangère connaît une réorganisation complète et se voit renforcée par plusieurs unités, dont le 1er Régiment étranger de cavalerie (1er REC). À partir de 1925, ses escadrons opèrent au Maroc, alors protectorat français en Afrique du Nord, où la campagne de pacification du pays se poursuit jusqu’en 1934.
Une fois la pacification achevée, trois escadrons de cavalerie de la Légion demeurent au Maroc et forment une unité administrativement autonome : le Groupement des escadrons du 1er REC au Maroc. Le quartier général du groupement se trouve à Midelt, ville du centre du Maroc, et comprend les 3e, 4e et 5e escadrons du 1er REC. Ils assurent le maintien de l’ordre, patrouillent dans le centre et le sud du pays et participent à des travaux de construction routière.
L’existence relativement indépendante du groupement se poursuit jusqu’à la mi-1939, lorsque la situation géopolitique en Europe se détériore et qu’un nouveau conflit paraît imminent. Paris décide alors de renforcer ses forces et de créer de nouvelles unités – mesure qui s’applique également aux troupes stationnées en Afrique française du Nord.



Le 2e REC au Maroc et le GRD 97 en France 1939-1940
Au Maroc, le groupement d’escadrons du 1er REC se transforme en une nouvelle unité : le 2e Régiment étranger de cavalerie (2e REC). Il est officiellement créé le 1er juillet 1939, son P.C. restant à Midelt. Le lieutenant-colonel Charles Farine conserve son commandement, qu’il exerce déjà sur le groupement marocain du 1er REC depuis juin 1937.
Le 2e REC compte alors environ 500 cavaliers répartis en deux escadrons montés (3e et 4e), regroupés sous le commandement du chef d’escadrons Billon, et un escadron blindé (5e). Chaque escadron se compose de trois pelotons. Les unités poursuivent leurs missions habituelles.
Tandis que le 1er REC porte le surnom de « Royal-Étranger », le 2e REC reçoit celui de « Dauphin-Étranger ». Le mot « dauphin » désigne traditionnellement le fils aîné du roi de France. Le « Dauphin-Étranger » fut également le nom d’un régiment étrangèr de cavalerie de 1666 à 1761, dont le 2e REC revendique l’héritage.
L’état-major du régiment se trouve à Midelt, avec le lieutenant-colonel Farine et son adjoint, le capitaine Aubry. Il administre plusieurs services du 2e REC, parmi lesquels le groupe à cheval du chef d’escadrons Billon, réunissant les 3e et 4e escadrons. Le trésorier est le lieutenant Marque, les transmissions sont assurées par le lieutenant Zur Nedden et le service du matériel par le lieutenant Rivière.
Le 3e escadron, première unité de cavalerie de la Légion au Maroc en 1925, est implanté à Bou Malne, dans un ancien poste du 4e escadron. Il est commandé par le capitaine Jacques Colonna-Renucci, qui a succédé au capitaine Testu de Balincourt. Ses chefs de peloton sont le lieutenant Alexandre Djintcharadzé, officier géorgien ayant commandé l’escadron par intérim jusqu’au 15 juillet, le lieutenant Henri de Vismes, futur premier chef de corps du 2e REP en Algérie (1955), et le lieutenant Nodet.
Le 4e escadron, unité célèbre s’étant distinguée en Syrie en 1925 et portant déjà une fourragère, se trouve à Midelt après avoir été basé à Ouarzazate jusqu’en mai 1938. Il est commandé par le capitaine René Lennuyeux, futur chef de la Légion étrangère entre 1955 et 1958. Ses chefs de peloton sont le lieutenant Makeiew, auteur du premier projet d’insigne du 2e REC, le lieutenant Mermet et le lieutenant d’Annam.
Le 5e escadron constitue une unité motorisée disposant de deux véhicules par peloton, de types White-Laffly et Panhard, tous deux véhicules blindés. Il est stationné à Ouarzazate et commandé par le capitaine Guibert. Les chefs de peloton sont le lieutenant Breuil, le lieutenant Prouhet et le lieutenant Sokoloff.



En septembre 1939, après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre. En Afrique du Nord, des unités provisoires sont constituées pour contribuer à la défense de la métropole, parmi lesquelles plusieurs groupes de reconnaissance divisionnaires (GRD). Ces unités de cavalelrie sont chargées d’assurer la reconnaissance au profit de leurs divisions respectives.
Les cavaliers de la Légion étrangère forment l’un de ces groupements : le GRD 97, organisé en Tunisie au début de février 1940. Il comprend un escadron du 1er REC, un du 2e REC sous le commandement du capitaine Colonna-Renucci, et deux escadrons issus du dépôt des régiments étrangers (DCRE) en Algérie. L’un de ces deux escadrons est commandé par le capitaine Djintcharadze, officier d’origine géorgienne et ancien adjoint du capitaine Colonna-Renucci au 2e REC.
Le GRD 97, placé sous le commandement du lieutenant-colonel Lacombe de La Tour et rattaché à la 7e DINA (Division d’infanterie nord-africaine), prend part à la campagne de 1940. En freinant l’avance allemande, le group perd les deux tiers de ses effectifs, dont son chef de corps, tué. Une citation à l’ordre de l’armée reconnaît l’héroïsme de ses légionnaires.
À la fin de juin 1940, l’armistice est signé entre la France et l’Allemagne. Les éléments du 2e REC regagnent le Maroc et rejoignent leur régiment – mais pour peu de temps. À la suite de l’armistice, l’armée française est profondément réorganisée et réduite à la fin de l’année. Le 2e REC est également touché. Placé depuis la mi-septembre sous le commandement du chef d’escadrons Billon, le régiment est dissous le 15 novembre 1940. Ses escadrons sont versés au 1er REC, qui a quitté la Tunisie pour le Maroc un mois plus tôt. Le 3e escadron devient le nouveau 2e escadron du 1er REC et est stationné à Oujda, près de la frontière algérienne ; le 4e conserve son numéro et est implanté à Fès ; le 5e devient le 1er escadron, également à Oujda.
Le premier insigne régimentaire du 2e REC
Peu avant la création officielle du 2e REC, le lieutenant Makeiew, alors adjoint du commandant du 4e escadron du 1er REC, conçoit une esquisse de l’insigne du futur régiment. Le 1er juillet 1939, il présente le dessin encadré au lieutenant-colonel Farine au restaurant du Coq d’Or à Midelt, où les officiers du 2e REC célèbrent la naissance de leur unité. Le chef de corps remercie le lieutenant Makeiew et accroche l’insigne au mur.
Plus tard dans le mois, le lieutenant d’Annam, du même escadron, réalise un modèle en bois de l’insigne (remplaçant la mention « REG ETRANGER de CAVALERIE » par « VALEUR ET DISCIPLINE », la devise napoléonienne de la Légion). Le 9 août 1939, l’insigne est approuvé par les autorités militaires françaises au Maroc. Cependant, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale interrompt toute production destinée au personnel du régiment.
La plupart des sources affirment que cet insigne n’a jamais été fabriqué. Toutefois, un numéro de 1968 de Képi blanc, la revue officielle de la Légion étrangère, rapporte le témoignage du capitaine F. (sic), selon lequel, en juin 1940 à Sathonay (dans la métropole de Lyon), le lieutenant Makeiew aurait distribué plusieurs exemplaires argentés de cet insigne à ses officiers de l’escadron de dépôt du GRD 97. Les insignes, dit-on, avaient été réalisés par un artisan local d’Oujda et portés sur les uniformes des officiers.



Le 2e REC en Algérie en 1946
À la fin de 1945, la capitulation du Japon met fin à la Seconde Guerre mondiale. Pendant ce temps, en Indochine française occupée par les Japonais, le Viet-Minh – mouvement nationaliste dirigé par le chef du Parti communiste Hô Chi Minh – s’empare du pouvoir et proclame l’indépendance du Viêt Nam. Lorsque la France rétablit bientôt son autorité, le Viet-Minh (ainsi que d’autres groupes hostiles à la présence française) déclenche une guerre de guérilla qui se transforme peu à peu en véritable conflit : la guerre d’Indochine.
Les unités de la Légion quittent alors une à une l’Afrique du Nord pour renforcer les troupes françaises en Extrême-Orient. Le 1er REC doit partir du Maroc à la fin de 1946.
Pour le remplacer et reprendre ses missions, le 2e Régiment étranger de cavalerie est reconstitué le 1er juin 1946 en Algérie voisine, sous le commandement du lieutenant-colonel René Lennuyeux – ancien chef du 4e escadron du 2e REC (1939-1940). Le régiment comprend un escadron de commandement et deux escadrons de reconnaissance, d’abord stationnés à Saïda puis à Aïn el Hadjar, deux des centres d’instruction de la Légion à l’époque. Cette implantation laisse supposer que le régiment n’existe alors que sur le papier, ses hommes suivant encore leur formation.
Le 9 septembre 1946, le 2e REC est formellement dissous. À ce moment-là, son P.C. se trouve à Orléansville, tandis que ses escadrons sont répartis entre Blida et Ténès, toujours en Algérie.
Le 2e REC au Maroc en 1946
En octobre 1946, après quelques hésitations, le 1er REC au Maroc reçoit l’ordre de partir pour l’Indochine (en décembre) et de céder la place à son unité successeure. Le 2e REC est ainsi réactivé pour la troisième fois le 1er novembre 1946, de nouveau sous le commandement du lieutenant-colonel Lennuyeux. Le régiment comprend alors un escadron de commandement et quatre escadrons opérationnels stationnés aux camps Clark et Roze, anciennes installations du 1er REC à Oujda.
Le 2e REC hérite du matériel américain du 1er REC, parti du Maroc en décembre sans ses véhicules. Cet équipement se compose d’automitrailleuses légères M8 (AM-M8), de chars M3 Stuart et de half-tracks M3. Le 1er REC a employé ces véhicules pendant les campagnes de 1944-1945 en France, en Allemagne et en Autriche.
Pour ses missions, le 2e REC remplace son régiment frère en tant que réserve générale des forces françaises au Maroc. Il constitue ainsi une unité d’intervention rapide chargée d’assurer l’ordre et la présence française dans la région. Le régiment participe aussi aux manœuvres et exercices de la brigade d’Oujda, à laquelle il est rattaché.
Outre ses activités opérationnelles, le 2e REC assure des tâches d’instruction. Les jeunes engagés volontaires destinés à la cavalerie de la Légion y accomplissent leur formation initiale à Oujda, au sein du régiment. Il en va de même pour les jeunes officiers de cavalerie nouvellement arrivés à la Légion. Officiers et engagés sont préparés à servir comme renforts pour un séjour de deux ans au 1er REC en Indochine.
La plupart des cavaliers légionnaires ayant terminé leur séjour réglementaire de deux ans en Indochine sont réaffectés au 2e REC, où ils contribuent à la formation des nouvelles recrues.
Ces tâches s’accompagnent de divers travaux : constructions, rénovations et améliorations des camps (dont la réalisation d’une nouvelle piscine), mais aussi mise en culture de terrains désertiques par la plantation d’arbres et la création de jardins.
Le second insigne régimentaire du 2e REC
Le deuxième insigne du régiment est conçu par le lieutenant Arfeux, alors commandant de l’escadron de commandement, durant l’hiver 1946-1947. L’officier s’inspire d’un cachet officiel du régiment utilisé par l’administration. Le dessin, de forme circulaire, représente Marianne, personnification de la République française, assise sur un trône. Arfeux y ajoute d’abord un petit écu du 2e REC sur la gauche et remplace Marianne par une grenade à sept flammes de la Légion. Mais son chef de corps, le lieutenant-colonel Lennuyeux, lui demande de substituer à la grenade un dauphin – symbole traditionnel de l’héritier du trône de France.
Deux devises remplacent alors l’inscription du cachet : la première, Pericula Ludus, devise latine du « Dauphin-Étranger » d’origine et adoptée par le 2e REC, signifie « Le danger est mon plaisir ». La seconde, Honneur et Fidélité, est l’une des devises principales de la Légion étrangère. Le petit écu porte les couleurs vert et rouge de la Légion, tandis que le bleu évoque la cavalerie. Les nombres « 1666 » et « 1939 » rappellent les années de création du « Dauphin-Étranger » et du 2e REC.
Contrairement au premier projet d’insigne de 1939, celui de 1946 est rapidement accepté et mis en production. Les nouveaux insignes sont distribués aux hommes au début de 1947.
2e REC : le dernier escadron à cheval de la Légion
Au début de 1947, il est décidé de recréer un escadron monté au sein de la Légion étrangère. La mission est de nouveau confiée au lieutenant Arfeux. Il forme le nouvel escadron en février et l’attache à son escadron hors rangs, qu’il commande également. L’escadron à cheval regroupe environ soixante-quinze anciens cavaliers montés, dotés de chevaux et d’équipement de cavalerie. Ils s’entraînent en vue d’une possible affectation en Indochine, où des unités montées sont récemment apparues. Cependant, deux mois plus tard, le dernier escadron à cheval de la Légion étrangère est dissous, et ses légionnaires sont envoyés en Indochine comme simples fantassins.




Le 2e REC au Maroc de 1947 à 1954
À la fin de 1947, un centre de loisirs du régiment est créé à Saïdia, petite ville côtière située au nord d’Oujda, sur la mer Méditerranée.
À la fin de mars 1948, le 4e escadron est dissous. Quatre mois plus tard, ses hommes – cinq officiers, 18 sous-officiers et 176 légionnaires – sont envoyés en renfort en Indochine. Ainsi, seuls les 1er, 2e et 3e escadrons demeurent au régiment.
En juin 1948, Oujda connaît des événements tragiques à la suite de la création de l’État d’Israël. Des Juifs marocains cherchant à émigrer vers Israël deviennent les victimes d’émeutes antisémites, et les légionnaires du 2e REC sont chargés de rétablir l’ordre dans la ville.
Au début d’août 1948, le lieutenant-colonel Paul de Chazelles prend le commandement du régiment. Il restera le chef de corps le plus longtemps en poste de toute l’histoire du régiment, y exerçant son commandement pendant quatre ans.
Le 1er juin 1949, un nouvel escadron – le 4e – est recréé à Sidi Bel Abbès, en Algérie, sous le commandement du capitaine Raymond Calmels. À la fin de juillet, ce nouvel escadron est envoyé à Madagascar, île de l’océan Indien, pour renforcer les légionnaires du 4e REI engagés dans la répression d’une insurrection armée. Unité peu connue, équipée de jeeps blindées inhabituelles, elle rentre en Algérie le 25 janvier 1952 et est dissoute. Ses hommes rejoignent alors le 2e REC. En savoir plus : La Légion à Madagascar de 1947 à 1951.
En avril 1952, le lieutenant-colonel Berchet prend le commandement du régiment.
La même année, le monument aux morts de la cavalerie de la Légion étrangère est transféré de la Tunisie au Maroc, au camp Clark à Oujda. Le monument avait été érigé à l’origine à Sousse, garnison du 1er REC avant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui (2025), il se dresse au camp Carpiagne du 1er REC, près de Marseille.
En janvier 1953, le lieutenant-colonel Jacques Colonna-Renucci prend à son tour le commandement du 2e REC. Il avait déjà servi comme chef d’escadron au sein du régiment et du GRD 97 de 1939 à 1940, et avait également commandé des unités du 1er REC en Indochine.
À la mi-août 1953, Oujda est le théâtre d’une révolte – la première véritable manifestation d’un mouvement nationaliste local anti-français. Au cours des affrontements, un sous-officier et trois légionnaires du 2e REC sont tués.
En mars 1954, le régiment participe à des opérations militaires visant à rétablir l’ordre dans la région de Nemours–Nedroma, à la frontière entre le Maroc et l’Algérie, où des troubles sévissent depuis le mois d’octobre précédent.
Deux mois plus tard, en mai, un détachement composé de deux officiers, treize sous-officiers et cinquante légionnaires part pour la France afin de se former sur les nouveaux chars AMX 13, destinés à remplacer les modèles américains au sein du régiment.
En juin 1954, le dernier grand contingent d’hommes du 2e REC est envoyé en Indochine. À leur arrivée, une partie d’entre eux renforce le 1er BEP (Bataillon étranger de parachutistes) nouvellement reconstitué, qui venait d’être anéanti quelques semaines plus tôt lors de la bataille de Diên Biên Phu.









Le 2e REC au Maroc de 1954 à 1956
Au début d’août 1954, la Première guerre d’Indochine prend fin. Cependant, la situation en Afrique du Nord française – au Maroc, en Algérie et en Tunisie – s’est considérablement détériorée. Le 2e REC cesse alors ses activités d’instruction et devient une unité opérationnelle à part entière.
En août et en septembre, les chars légers AMX 13 arrivent pour remplacer les anciens chars américains M3. Le régiment est ainsi réorganisé. Il se compose désormais d’un escadron de commandement, d’un escadron de reconnaissance équipé d’AM-M8 (1er escadron) et de deux escadrons de chars AMX 13 (2e et 3e).
À la mi-janvier 1955, le lieutenant-colonel Jean-Louis Legendre prend le commandement du 2e REC. Il revient tout juste d’Indochine, où il commandait le 2e groupe amphibie (GA) du 1er REC. Avant la Seconde Guerre mondiale, jeune officier, il avait déjà servi au 1er REC au Maroc.
En mai, le 2e REC patrouille le long de la frontière algéro-marocaine.
En août, d’importants travaux de modernisation commencent au camp Clark d’Oujda, parallèlement à une période de patrouilles et de missions de maintien de l’ordre dans le secteur. Ces actions répondent aux attaques rebelles et aux massacres de civils français survenus dans plusieurs villes marocaines.
Au début de novembre, un élément important est rattaché au régiment : le 2e GA du 1er REC, unité que le colonel avait commandée avant de prendre la tête du 2e REC. Arrivée d’Indochine, cette formation est réorganisée en deux escadrons équipés d’automitrailleuses M8 et de scout-cars M3. Elle devient le Groupement d’escadrons portés (GEP) du 2e REC. Le GEP comprends 566 hommes au total (21 officiers, 109 sous-officiers et 436 légionnaires), commandés par le chef d’escadrons Vignon, puis par le chef d’escadrons Raffenne. Considéré comme une unité autonome, le groupement est implanté à Meknès, à quelque 380 kilomètres au sud-ouest d’Oujda.
De novembre 1955 à avril 1956, le 2e REC atteint sa plus grande puissance, avec six escadrons :
- Escadron de commandement (ECS) – N/A
- 1er Escadron (automitrailleuses M8) – N/A
- 2e Escadron (chars AMX 13) – capitaine Hautechaud
- 3e Escadron (chars AMX 13) – capitaine Reglade
- 4e Escadron (automitrailleuses M8) – capitaine Claudepierre
- 5e Escadron (scout-cars M3) – capitaine Werth
Les escadrons d’Oujda patrouillent dans la région et le long de la frontière algérienne, tandis que le GEP de Meknès opère dans le Moyen Atlas.
Mais la situation politique évolue de manière aussi rapide qu’imprévisible. Au début de mars 1956, le Maroc obtient son indépendance – événement qui surprend beaucoup de monde, y compris dans les milieux militaires. Le mois suivant, le 30 avril, le GEP est dissous. Ses effectifs sont réduits à un seul escadron, le 4e, qui rejoint le régiment à Oujda.
En juin 1956, les légionnaires du 2e REC participent aux opérations « Zoulou » et « Pygmée » dans la région de Nédroma, en Algérie, près de la frontière marocaine. Au Maroc, en revanche, le nouveau gouvernement interdit aux troupes françaises de mener des opérations.
À la fin de juin, le colonel Legendre et ses 1er et 4e escadrons sont envoyés sur la frontière algéro-marocaine, jusqu’à Bouarfa et Figuig, dans l’est du Maroc. Ces postes se trouvent en zone désertique. Les hommes y passent un été très chaud aux côtés de leurs camarades du 4e REI. Beaucoup de légionnaires considèrent alors cette mission comme une punition imposée par le nouveau gouvernement marocain.
En juillet, le 2e escadron d’Oujda reçoit cinq chars AMX 13 équipés d’une tourelle modernisée FL 11 – des « AMX 13 FL 11 ». Ce sont les seuls exemplaires de ce type jamais construits. L’escadron reçoit également des chars AMX 13 à tourelle FL 10. Peu après, il est détaché au 1er REP (unité parachutiste de la Légion, ex-1er BEP) en Algérie afin de s’entraîner en vue de l’opération « Mousquetaire », l’invasion anglo-française de l’Égypte. Le 2e escadron quitte le Maroc au début d’août.
À la fin de septembre, les escadrons du 2e REC se retrouvent réunis à Oujda. Mais la situation politique au Maroc impose bientôt le retrait des troupes françaises. Au début d’octobre, le 3e escadron quitte le Maroc pour l’Algérie, où un véritable conflit vient d’éclater. Le reste du régiment suit après avoir échangé ses chars AMX contre des automitrailleuses M8 et des camions Dodge WC. Le dernier escadron du 2e REC quitte le Maroc le 20 octobre. Une page de son histoire se tourne.










Le 2e REC en Algérie, 1956–1957
Comme mentionné précédemment, l’année 1954 marque non seulement la fin de la guerre d’Indochine, mais aussi le début des hostilités en Afrique française du Nord – en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Si le Maroc et la Tunisie accèdent à l’indépendance au début de 1956, la situation en Algérie est beaucoup plus complexe. Celle-ci n’est ni un protectorat ni une colonie : depuis 1848, elle est pleinement intégrée à la France et constitue un département à part entière. De plus, la partie nord, fertile, est habitée par des centaines de milliers de colons d’origine européenne – Français, Italiens et Espagnols – dont les familles y vivent depuis plusieurs générations. Les Français ne veulent pas abandonner cette terre.
La principale insurrection anti-française est dirigée par le Front de Libération Nationale (FLN) et sa branche armée, l’ALN. Les rebelles mènent une guerre de guérilla, attaquant les représentants français – aussi bien autochtones qu’européens – ainsi que les convois militaires, dépôts et petits postes. Ils s’en prennent également aux communautés autochtones favorables à la France et aux exploitations agricoles ou industrielles françaises, n’hésitant pas à massacrer des civils innocents. En réponse, les autorités françaises lancent une politique anti-insurrectionnelle et des opérations militaires à travers tout le territoire algérien, sans toutefois déclarer officiellement la guerre. La situation se dégrade fortement en 1956.
C’est dans ce contexte que le 2e REC arrive en Algérie. Il se déplace vers la partie centre-est du pays, à la lisière du Sahara, où se développent les gisements pétroliers de Hassi Messaoud. Les rebelles locaux menacent les travaux de construction ainsi qu’un nouvel oléoduc en direction de Biskra.
Le 2e REC est d’abord stationné à Biskra, puis à Ouargla. À la mi-janvier 1957, le lieutenant-colonel Étienne Ogier de Baulny, venu du 1er REC, succède au colonel Legendre. Il transfère le poste de commandement d’Ouargla à Ghardaïa, puis à Laghouat en avril. Cette dernière est une garnison abritant une compagnie saharienne portée de la Légion étrangère, la 2e CSPL.
En 1957, les escadrons du 2e REC en Algérie fonctionnent comme des unités partiellement indépendantes. Chacun se compose d’un poste de commandement, de deux pelotons blindés équipés d’automitrailleuses M8 et de deux pelotons portés dotés de camions Dodge 6×6.
Le 1er escadron se déplace dans le secteur de M’Raïer, entre Biskra et Ouargla, pour protéger les travaux routiers menés en soutien des nouveaux champs pétrolifères. En mai, il participe à plusieurs opérations dans la région de Laghouat aux côtés du reste du régiment. Il retourne ensuite vers le sud pour assurer la sécurité des installations pétrolières, situées à quelque 480 kilomètres du P.C. régimentaire à Laghouat. L’escadron reste en poste jusqu’au début de 1958.
Le 2e escadron participe à l’opération anglo-française en Égypte et ne quitte le théâtre qu’à la fin de 1956. De retour en Algérie en janvier, il est intégré au 1er REP et devient son escadron de chars. Seule unité de cavalerie au sein des parachutistes de la Légion étrangère, il conserve les galons argentés et les appellations de grade propres à la cavalerie. Il cesse d’exister en 1958.
Le 3e escadron, stationné à Laghouat avec le poste de commandement, se déplace ensuite plus à l’ouest, à Tadjmout. Il y maintient l’ordre et participe à des opérations militaires dans la région tout en développant les installations militaires du secteur.
Le 4e escadron est basé à Sidi Makhlouf, au nord de Laghouat. En plus du maintien de l’ordre et des opérations, ses cavaliers assurent une aide médicale à la population locale, distribuent des vivres, construisent des routes et mettent des terres en valeur en y plantant des arbres.
Parallèlement, conformément à la règle appliquée à tous les régiments d’infanterie et de cavalerie de la Légion, des harkis sont rattachés au régiment. Ces musulmans algériens pro-français servent dans une harka, groupe souvent monté, encadré par des légionnaires. Ils assurent des missions de reconnaissance et patrouillent dans leur secteur. En 1957, une harka est affectée au 4e escadron à Sidi Makhlouf.
Le 21 mai, le 2e REC est engagé dans sa première action importante en Algérie : le 3e escadron et un peloton du 1er affrontent les rebelles au Kef Mimouna, dans le Djebel Amour.
Le 2 juillet, un combat acharné se déroule dans le massif du Zaccar, au nord-est de Sidi Makhlouf. Le 4e escadron y participe aux côtés d’une autre compagnie saharienne, la 3e CSPL. Ce jour-là, 80 rebelles sont tués.
Au cours de ces opérations en montagne, les cavaliers du 2e REC remplacent rapidement leurs véhicules par des hélicoptères. Dans ce type de terrain, ces derniers se révèlent bien plus efficaces pour transporter les troupes directement au cœur des zones ennemies. Ce n’est donc pas un hasard si le Piasecki H-21 “Banane” devient l’une des images emblématiques de la guerre d’Algérie.











Le 2e REC en Algérie, 1958–1959
Au début de 1958, les escadrons du 2e REC se regroupent autour de Laghouat. En avril, le régiment se déplace vers l’est, à la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, et prend position à Négrine, dans la région de Tébessa. À cette époque commence une « guerre des frontières » le long de la ligne Morice, un dispositif défensif clôturé, électrifié, miné et constamment surveillé, s’étendant tout au long de la frontière tuniso-algérienne. L’ordre est donné de neutraliser tous les groupes rebelles tentant de franchir la frontière. Plusieurs unités de la Légion, dont le 2e REC, reçoivent la mission d’y participer – une opération baptisée Herse Mobile.
Les cavaliers légionnaires sont chargés de patrouiller sur un tronçon d’environ trente kilomètres de la clôture électrifiée, aux côtés de compagnies motorisées du 4e REI, et de rester prêts à intervenir jour et nuit. Ils assurent également la garde d’une base radar secrète dans le secteur.
Le 26 juin, lors d’une patrouille frontalière, les hommes du 2e REC repèrent un important groupe rebelle. Dans la violente bataille qui s’ensuit, 61 rebelles sont tués et 54 faits prisonniers.
En décembre, le 2e REC quitte le secteur de Négrine pour être transféré à Djelfa, une ville située à environ 110 kilomètres au nord-est de Laghouat. À la fin du mois, 27 rebelles sont tués et 24 capturés au cours de deux affrontements dans le secteur (Djebel Groun, Djebel Sénalba).
En 1959, le régiment opère toujours dans le secteur de Djelfa, entre Aflou, Sidi Makhlouf et Bou Saâda. Cette année-là, 383 rebelles sont tués, blessés ou capturés par le 2e REC. Les combats les plus importants ont lieu au Djebel Sahari le 28 janvier (34 rebelles tués ou faits prisonniers), aux Djebels El Faidja et Serdoun le 19 février (90 rebelles tués, 17 capturés) et au Djebel Zemra, à l’ouest de Bou Saâda, le 28 mars (67 rebelles tués et 47 faits prisonniers).
Le 12 mai, le 2e REC subit sa plus lourde perte : le capitaine Pierre Guyot, commandant alors le 1er escadron, devient le seul officier du régiment tombé au service.
En juillet, ce même 1er escadron prend part à l’opération « Étincelle » dans le massif du Hodna, dans la région de M’Sila, au nord-est de Bou Saâda. Les 1er REP, 3e REI et 5e REI de la Légion y participent également.
En octobre, les escadrons reprennent leurs opérations régulières dans les régions de Djelfa et de Bou Saâda : 37 rebelles sont tués durant ce mois.
Au début de novembre, après trois années d’absence, un nouveau 2e escadron est reconstitué au sein du régiment. Il provient de la réorganisation et de la transformation de l’ancien Escadron amphibie de la Légion étrangère (EALE) d’Arzew, dans le nord-ouest de l’Algérie. Cette unité peu connue, équipée de véhicules amphibies « Alligator » (Landing Vehicle Tracked, LVT) et rattachée au 1er Etranger (1er RE), est rééquipée d’automitrailleuses M8 et de camions Dodge. Le nouvel escadron, placé sous le commandement du capitaine Piaton, rejoint le régiment au début de janvier 1960.












Le 2e REC en Algérie, 1960–1962
En 1960, le 2e REC compte quatre escadrons : trois escadrons mixtes, regroupant pelotons portés et automitrailleuses M8, et un escadron entièrement porté. Chaque escadron mixte aligne deux pelotons portés d’environ 40 légionnaires et deux pelotons M8, armés de canons de 37 mm et de mitrailleuses de 12,7. L’effectif du régiment est compris entre 500 et 600 hommes. Il est souvent appelé plutôt « bataillon d’infanterie ».
À la mi-janvier 1960, le lieutenant-colonel Charles de Coatgoureden prend le commandement du 2e REC. Jusqu’à la fin septembre, son régiment opère dans la région de Djelfa et participe à des dizaines d’opérations militaires, dont certaines donnent des résultats importants. Parmi elles figure une bataille particulièrement violente au Gadet Meglires, montagne située au nord de Djelfa, le 21 janvier. Ce jour-là, 63 rebelles sont tués, tandis que le régiment perd cinq hommes. Le 22 mars, un autre combat acharné a lieu dans le Djebel Mahreg, où 21 rebelles sont tués ou blessés. Le 6 juin, dans le Djebel Malleg, les rebelles affrontent les 1er et 3e escadrons et perdent une trentaine d’hommes, tués ou blessés.
À la fin de septembre, le 2e REC se déplace à Aïn Errich, à l’est de Djelfa. Il concentre ses efforts sur le massif du Djebel Bou Kahil, véritable sanctuaire pour les bandes armées locales. Là, lors d’un combat intense contre deux groupes rebelles le 3 octobre, six hommes du régiment sont tués, dont l’adjudant Graudejus et le maréchal des logis-chef Johnk (correspondant au grade de sergent-chef dans l’infanterie). L’ennemi perd 21 hommes au cours de cette bataille.
Le 22 novembre, trois légionnaires tombent, tandis que 31 rebelles sont abattus dans le Djebel Saïfoun, près de Bou Saâda.
En décembre 1960, le 2e REC est envoyé à Alger, la capitale, pour y maintenir l’ordre.
Les escadrons continuent d’opérer souvent séparément, dans des secteurs différents, au grand mécontentement du commandement. Cette situation ne change pas, même en 1961.
Le 15 février, un groupe rebelle est anéanti près de Bou Saâda : 25 hommes y trouvent la mort. Cinq jours plus tard, le 20 février, à Bou Mélil, 21 autres rebelles sont tués.
En avril, un coup d’État éclate à Alger. Il est organisé par quatre généraux français en retraite. Le putsch vise le président Charles de Gaulle, accusé d’avoir secrètement accepté le principe de l’indépendance algérienne. Les généraux considèrent de Gaulle comme un traître à la France, aux colons français d’Algérie et aux soldats tombés durant la guerre. Le chef du 2e REC soutient le mouvement, comme beaucoup d’autres officiers supérieurs de la Légion. Mais le putsch échoue, et le lieutenant-colonel de Coatgoureden est relevé de son commandement.
Le 19 mai, dans le Djebel Bou Kahil, le régiment livre sa dernière grande bataille : 20 rebelles sont tués, mais quatre légionnaires tombent également.
À partir de ce jour, les forces françaises cessent unilatéralement les opérations offensives.
En juillet, les escadrons du 2e REC sont envoyés vers le nord, à Berrouaghia, dans le secteur de Médéa, au sud d’Alger. Ils y demeurent plusieurs semaines.
Au début d’août, le lieutenant-colonel Henri Baldini prend le commandement du régiment.
La dernière opération d’envergure a lieu les 9 et 10 août : cinq rebelles sont abattus.
En septembre, le 2e REC retourne à Djelfa pour y maintenir l’ordre. Une opération importante est menée plus tard dans le mois, près d’Amourah, au sud-est de la ville, mais elle ne donne aucun résultat.
À la mi-janvier 1962, le régiment quitte Djelfa, où sa base arrière était installée depuis trois ans. Il est transféré dans le secteur de Biskra, où il avait déjà été brièvement stationné cinq ans auparavant, en octobre 1956. Cette fois, le 2e REC prend position à Zéribet El Oued et dans les villages voisins. Les services administratifs du régiment sont transférés à Biskra.
Mais la situation militaire a changé. Les opérations deviennent de simples patrouilles de routine, et les insurgés se font rares. Finalement, le 19 mars 1962, les « Accords d’Évian » mettent fin à la guerre d’Algérie.
Durant ce conflit, le 2e REC perd 59 officiers, sous-officiers et légionnaires, tandis que le régiment tue ou capture 1 022 rebelles.
En avril, le 2e REC se déplace de nouveau, cette fois vers El Kantara, au nord de Biskra.
Au début de juillet, la France reconnaît l’indépendance de l’Algérie. La perte de ce territoire entraîne une profonde réorganisation et une forte réduction des forces armées françaises, y compris de la Légion étrangère. Les unités de harkis sont dissoutes.
Malheureusement, parmi les unités de la Légion, le 2e REC devient la première et la plus grande victime de cette réorganisation. Le 12 juin, une décision ministérielle prescrit que le régiment soit réduit à deux escadrons, ceux-ci sont fusionnés avec le 1er REC pour former ses nouveaux 5e et 6e escadrons. Le reste du personnel est réaffecté à la 13e DBLE, au 4e REI et au 2e REI.
Le 31 juillet 1962, pour la troisième et dernière fois, le 2e REC est officiellement dissous.
Les hommes des nouveaux 5e et 6e escadrons du 1er REC continuent de porter l’insigne de leur ancien régiment sur l’épaulette gauche, conformément à une tradition de la Légion étrangère abandonnée seulement dans les années 1970. Mais même ces deux escadrons issus du « Dauphin-Étranger » ne survivent pas longtemps : ils sont dissous un an plus tard, en juillet 1963.
En 1984, l’étendard du 2e REC (les régiments de cavalerie n’ayant pas de drapeau) est confié à la garde du Détachement de Légion étrangère de Mayotte (DLEM), dans l’océan Indien. Le DLEM défile sous cet étendard pendant quarante ans, jusqu’à sa propre dissolution à la fin de 2024, mettant ainsi définitivement fin à l’héritage du 2e REC. L’étendard rejoint alors la salle d’honneur de la Légion, à Aubagne, sa maison mère.
















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Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Légion Etrangère revues
Vert et Rouge revues
Bulletins de la Légion étrangère
J. Brunon, G.-R. Manue, P. Carles: Le Livre d’Or de la Légion (Charles-Lavauzelle, 1976)
Henri Le Mire: L’épopée moderne de la Légion 1940-1976 (SPL, 1978)
Collectif: Historique du 1er Régiment étranger de cavalerie 1921-1982 (Képi blanc, 1983)
Alain Gandy: Royal Etranger: Légionnaires cavaliers au combat (Presses de la Cité, 1985)
Pierre Dufour: La Légion au combat 1939-1945 (Jean Pierre Taillandier, 1990)
Legion cavalerie
Cavaliers Blindés
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L’article original : 2nd Foreign Cavalry Regiment
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En savoir plus sur l’histoire de la Légion :
Historique du 1er Régiment Etranger de Cavalerie
Groupement Porté de Légion Etrangère du Maroc
Groupement Porté de Légion Etrangère d’Algérie
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La page a été mise à jour le : 20 octobre 2025
