
Les origines du groupement
La présence d’un tel groupement au Maroc s’explique par l’histoire. Protectorat français depuis 1912, le Maroc fait partie de l’Afrique française du Nord (AFN ; Algérie, Maroc, Tunisie). La Légion y avait été engagée dès le tout début des opérations militaires, en 1907, et avait joué un rôle de premier plan dans la pacification du pays, achevée en 1934. La Seconde Guerre mondiale avait toutefois entraîné le départ de la grande majorité des légionnaires : en 1944, des trois régiments d’infanterie de la Légion encore présents au Maroc en 1940, il ne restait plus que quatre compagnies aux effectifs réduits.
Regroupées le 1er juin 1944 au sein du Groupement des compagnies montées et portées du 3e REI (GCMP/3e REI), ces unités — la 8e Compagnie montée et les 13e, 14e et 15e Compagnies portées — avaient maintenu sans interruption la présence et le prestige de la Légion dans le pays, tout en assurant la continuité légale du 3e REI, alors dissous. Leurs rangs comptaient de nombreux « anciens », dépositaires de l’esprit et des traditions de la « Vieille Légion » d’avant-guerre.
Le 1er octobre 1946, le 3e REI ayant été reconstitué et étant parti pour l’Indochine, le groupement perd son rôle de gardien des traditions de ce régiment, ainsi que sa compagnie montée. Il devient alors une unité pleinement autonome : le Groupement des compagnies portées de Légion étrangère du Maroc (GCPLEM), dont les trois compagnies sont désormais regroupées dans le sud-ouest du Maroc.
Création et organisation
Le Groupement porté de Légion étrangère du Maroc est créé le 1er juillet 1947, par simple changement de nom du GCPLEM, dont l’existence n’aura duré que neuf mois. À la demande de leur chef de corps, les 13e, 14e et 15e Compagnies portées sont à cette occasion renumérotées 1re, 2e et 3e Compagnies portées (CP).
Dans l’infanterie française, un groupement porté est une unité à haute mobilité dont la troupe est transportée sur des véhicules. Il s’agit en fait d’un bataillon d’infanterie motorisé, formé de compagnies portées, elles-mêmes héritières des anciennes compagnies montées.
Le GPLEM se compose d’un petit état-major, d’une Compagnie de commandement, placée sous les ordres du capitaine Pierson, et de trois compagnies portées. Son PC est installé à Agadir, ville du sud-ouest marocain située sur la côte atlantique, où l’état-major et les services occupent le camp Sigmann (l’ancien camp IV) et le camp Alibert.
Le groupement est commandé par le lieutenant-colonel François Binoche, déjà à la tête du GCPLEM. Cet officier connaît bien la Légion : de 1935 à 1940, il avait servi aux 1er REI, 2e REI et 11e REI, puis, après s’être évadé de captivité, avait rejoint la Résistance en France, où il avait perdu le bras droit au combat. Il est secondé par le chef de bataillon Nicolas Tokhadze, chef d’état-major et commandant en second.
La 1re Compagnie portée (ex-13e CP), commandée par le capitaine de l’Escapolier, tient garnison au poste Le Moal, à Foum el Hassan, à quelque 180 km d’Agadir. C’est la compagnie la plus méridionale du groupement. Elle y est installée depuis le milieu des années 1930 : c’est elle qui, alors Compagnie montée automobile du 4e REI (CMA/4), avait construit le poste en 1934. Celui-ci connaît en été des températures dépassant souvent 50 °C. L’histoire de la compagnie remonte même à 1894 et à la compagnie montée d’Aïn Sefra.
La 2e Compagnie portée (ex-14e CP) est implantée à la caserne Capitaine Morel, à Taroudant, à environ 80 km à l’est d’Agadir. La ville est une véritable citadelle, ceinte de six kilomètres de remparts du XVIe siècle, comptant 130 tours et 19 bastions.
La 3e Compagnie portée (ex-15e CP) est installée à Tiznit, ville elle aussi entourée de remparts imposants, à environ 90 km au sud d’Agadir.
Sur le plan territorial, le groupement relève de la Subdivision d’Agadir-Confins (SAC), alors autonome. Sa zone de responsabilité s’étend non seulement sur le Sud marocain, mais aussi sur la région algérienne de Tindouf et sur le nord de la Mauritanie, en Afrique occidentale française (AOF). Cette organisation remonte à 1934 et à la fin de la pacification de ces confins, menée par des troupes venues du Sud marocain, dont des légionnaires. Unité très mobile, au grand rayon d’action, le GPLEM entretient une liaison régulière avec ces régions sahariennes, qui font partie intégrante de sa zone d’intervention.





Les missions et les hommes
Outre le maintien de la présence française, les compagnies du groupement assurent de nombreuses missions. Il leur revient avant tout de maintenir l’ordre dans la région, d’entretenir et d’aménager les routes et les pistes, d’assurer les liaisons avec les autres postes de leur secteur, de porter secours aux automobilistes militaires ou civils en difficulté dans les zones désertiques et de servir d’unités d’intervention à la Subdivision.
Elles dispensent également l’instruction de base aux jeunes légionnaires arrivant d’Algérie avant leur départ pour l’Extrême-Orient, où la Légion est engagée dans la guerre d’Indochine (1946–1954). Enfin, elles servent d’unités de transit et offrent un temps de repos aux officiers, sous-officiers et légionnaires qui reviennent en Afrique du Nord après leur séjour de deux ans en Indochine : ceux-ci servent quelques mois au GPLEM avant de repartir pour l’Extrême-Orient.
À ces tâches s’ajoutent les travaux d’aménagement des postes, l’instruction, les marches et les manœuvres. Pour rompre la monotonie de la vie de garnison, les légionnaires effectuent aussi de belles reconnaissances sahariennes et des raids parfois éprouvants en Mauritanie, et jusque dans le nord du Soudan (le Mali actuel) — à l’image de la liaison de Tindouf à Taoudenni, longue de quelque 4 000 km, menée en février 1947, peu avant la création du GPLEM.
En 1947, l’effectif théorique de chaque compagnie portée est d’environ 230 hommes, soit davantage qu’une compagnie d’infanterie ordinaire, en raison du grand nombre de véhicules et de conducteurs. Les besoins de la guerre d’Indochine font cependant que l’effectif réel descendra assez rapidement à quelque 100–130 hommes et restera très fluctuant. Dans la seconde moitié de 1947, le groupement tout entier ne compte d’ailleurs guère plus de 400 hommes.
Ce modeste effectif n’en réunit pas moins de nombreux « anciens », légionnaires chevronnés aux longues années de service : plus d’une centaine d’entre eux sont titulaires de la Médaille militaire, la plus haute décoration militaire accessible aux sous-officiers et aux hommes du rang. L’adjudant-chef Kaladjew en est un parfait exemple : présent dans la Légion depuis 1920, il est alors le doyen de tous les adjudants-chefs de la Légion.
Le matériel
En 1947, chaque compagnie, articulée en trois pelotons, dispose de trente à quarante véhicules. Au cours du premier semestre, les vieux camions anglais Bedford à conduite à droite, ayant fait les campagnes de Libye et de Tunisie, cèdent la place aux tracteurs tout-terrain Latil M7 T1, initialement produits pour l’armée allemande, qui assurent désormais le transport de la troupe. Le parc comprend également des camions-citernes et des camions-ateliers.
En 1948 apparaissent des camions américains GMC, affectés à la logistique (transport du ravitaillement, de l’eau et du carburant), qui prennent vraisemblablement la relève des anciens Panhard. En 1950, le groupement est entièrement équipé de Dodge 6×6, qui remplacent les Latil et deviennent son véhicule principal. Les Dodge 4×4 servent surtout aux cadres.
En 1954, le groupement voit son matériel sensiblement complété. Il est doté d’automitrailleuses AM-M8, qui permettent de constituer un peloton blindé au sein de chaque compagnie. Les compagnies portées retrouvent ainsi une composante qui avait figuré dans leur organisation d’origine, en 1940, mais qui n’existait déjà plus : le peloton de mitrailleuses ou d’automitrailleuses.

Le GPLEM de 1947 à 1953
L’insigne du groupement, mis en fabrication dès mars 1947, avait été conçu à l’origine pour le GCPLEM. Il devient naturellement celui du GPLEM.
Le 14 juillet 1947, le groupement reçoit son fanion, remis au nom de sa marraine, Mme Jacquemin-Binoche, mère du chef de corps. Le même jour, il défile à Agadir sur ses nouveaux Latil.
Au cours de l’année, la 1re CP effectue des travaux de piste dans le massif de l’Oukaïmeden, dans le Haut Atlas, au sud de Marrakech, où le 4e REI dispose d’un centre de ski. Ces travaux coûtent la vie à deux membres de la compagnie : le sergent-chef Quimperlé, ancien légionnaire, tué par une explosion, puis, quelques jours plus tard, un jeune légionnaire, Horkay.
En 1948 et 1949, la 2e CP de Taroudant est commandée par le capitaine Labaume.
En août 1949, le lieutenant-colonel Binoche quitte le GPLEM ; il prendra ensuite le commandement du 5e REI en Indochine. Le chef de bataillon Tokhadze assure alors le commandement par intérim jusqu’à l’arrivée, en novembre, du lieutenant-colonel Edmond Laimay, ancien sergent a la Légion dans les années 1920 et futur chef de corps du 3e REI en Indochine (1951–1953). À la fin de la même année, le commandant Périn, qui avait commandé de 1947 à 1949 le bataillon du 4e REI à Madagascar, devient commandant en second du groupement.
Le 1er novembre 1950, pour répondre aux besoins en effectifs de l’Indochine, la 1re CP est transformée en compagnie cadre, stationnée à Agadir.
Fin février 1951, le lieutenant-colonel Jean Raberin, futur chef de corps du 5e REI (1951–1954) puis du 1er RE, succède au lieutenant-colonel Laimay.
Le 31 mai 1951, à Tiznit, la 3e CP du capitaine Lacote est dissoute. Dès le lendemain, celui-ci prend le commandement de la 1re CP, recréée — une compagnie qu’il connaît bien, puisqu’il l’avait déjà commandée en 1945 et 1946, lorsqu’elle était encore la 13e CP. Futur chef de corps de la 13e DBLE à Djibouti (1962–1965), il est l’officier le plus connu du groupement, où il sert par intermittence depuis 1944, à l’époque du GCMP/3.
En juin 1951, le GPLEM, commandé par le lieutenant-colonel Raberin, ne compte donc plus que deux compagnies portées : la 1re CP du capitaine Lacote et la 2e CP du capitaine Vadot. L’état-major est alors dirigé par le commandant Périn.
En août 1951, le lieutenant-colonel Raberin quitte le groupement. Le commandant Périn en assure le commandement de septembre 1951 à avril 1952, date à laquelle le lieutenant-colonel Tokhadze, son ancien commandant en second, en prend la tête. Il le conservera jusqu’en décembre 1953.












Le GPLEM de 1954 à 1956
En janvier 1954, le chef de bataillon Albert Brothier prend le commandement du groupement ; il est promu lieutenant-colonel le 1er octobre de la même année et reste à sa tête jusqu’en décembre 1955. Il commandera ensuite le 1er Régiment étranger de parachutistes (1er REP), de 1956 à 1957, puis le 1er RE, de 1959 à 1961.
L’année 1954 marque la fin de la guerre d’Indochine, mais aussi le début des troubles en Afrique du Nord, dont le Maroc n’est pas épargné. Le GPLEM participe désormais aux tournées de police. Il lui faut se montrer en plusieurs endroits à la fois, donc se fractionner et opérer par section, par peloton ou par détachement. Certaines régions, inaccessibles aux véhicules, doivent pourtant être atteintes : les raids s’effectuent donc le plus souvent à pied. Les légionnaires du groupement affirment ainsi sa présence et démontrent sa capacité à parvenir relativement vite jusqu’aux lieux les plus reculés des régions d’Agadir, de l’Atlas et de l’Anti-Atlas. Comme l’écrit une brochure de la Légion de l’époque :
« Le Légionnaire de 1955 redécouvrait, curieux, un Maroc qu’on ne voit pas depuis la route et que ses anciens avaient dû bien connaître. Il reprit le contact. »
Ces nouvelles missions exigent une adaptation. C’est pourquoi des éléments spécialisés sont créés au sein du groupement en 1955 : une section de montagne, un cyno-commando, deux pelotons de reconnaissance et deux commandos. Faute de sources, on ne dispose malheureusement pas de plus de détails sur ces formations.
Fin 1955, les compagnies du GPLEM, alors commandées par le capitaine Bertany (1re CP) et le capitaine Chamagne (2e CP; lieutenant au GPLEM en 1949–1950), sont engagées plus au nord, à Rabat, pour y maintenir l’ordre.
En janvier 1956, le chef de bataillon Pierre Darmuzai, ancien commandant du 3e BEP, du 1er BEP (Bataillons étrangers de parachutistes) et du 3e REP (1955), et futur chef de corps du 2e REP (1960–1961), prend le commandement du groupement. Il en sera le dernier chef de corps.
Au début de l’année, un commando du groupement part pour Tindouf, en Algérie, où il retrouve des camarades de la 4e Compagnie saharienne portée de la Légion (4e CSPL), également déployés dans le secteur. Les opérations y sont menées contre des insurgés locaux venus du Maroc espagnol.
Au cours de l’année 1956, la situation politique évolue profondément. La France s’achemine vers la fin du protectorat et, en mars 1956, le Maroc accède à l’indépendance. Toutes les missions et opérations du GPLEM sont alors suspendues. Les unités se regroupent à Agadir, où les légionnaires attendent leur rapatriement. Dans l’intervalle, ils sont chargés du maintien de l’ordre et de la sécurité des ressortissants français dans le secteur. Ils assurent aussi des liaisons essentielles et escortent de hautes autorités.
Le 15 novembre 1956, le GPLEM est administrativement dissous. Le lendemain, au camp Sigmann d’Agadir, il devient le Groupement des compagnies portées n° 2 (GCP 2) du 4e REI, nouvellement transformé en régiment porté. Les 1re et 2e CP de l’ex-GPLEM deviennent alors les 4e et 5e CP du 4e REI.
Épilogue
En mars 1957, tandis que le régiment part pour l’Algérie, les deux compagnies de l’ex-GPLEM s’élancent vers la Mauritanie. Elles y participeront, jusqu’en 1958, aux opérations contre les rebelles venus du Maroc espagnol.
Pour compléter le tableau, signalons qu’une unité sœur avait été formée en Algérie en 1956 : le Groupement porté de Légion étrangère en Algérie (GPLEA).
















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Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Vert et Rouge revues
Bulletins annuels de la Légion étrangère (années 1950)
P. Cart-Tanneur, Tibor Szecsko : Le 4ème Etranger (Editions B.I.P., 1987)
Michel Brun : A Foum El Hassan avec la 13e CPLE 1946-1947 (Képi blanc, 1996-1997)
J. Brunon, G.-R. Manue, P. Carles : Le Livre d’Or de la Légion (Charles-Lavauzelle, 1976)
Tibor Szecsko : Le grand livre des insignes de la Légion étrangère (S.I.H.L.E., 1991)
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Les autres images du GPLEM:
Camp de la Légion Étrangère-Camp IV-Camp Sigmann
Les souvenirs de la Légion étrangère à Agadir
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L’article original : http://foreignlegion.info/units/gplem-foreign-legion-moroccan-motorized-group/
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En savoir plus sur l’histoire de la Légion :
Groupe de Reconnaissance Divisionnaire 97
21e Compagnie Portée de Légion Etrangère
Groupement Opérationnel de la Légion Etrangère (1971–1977)
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La page a été mise à jour le : 11 octobre 2026
