
Introduction
En septembre 1939, l’attaque de l’Allemagne contre la Pologne entraîna l’entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni. Commença alors la « drôle de guerre », période de mobilisation et d’attente, durant laquelle l’armée française mit sur pied de nombreuses formations nouvelles en prévision de la reprise des hostilités.
Cet effort concerna également l’Afrique du Nord, où se trouvaient plusieurs unités de la Légion étrangère. Le 1er Régiment étranger de cavalerie (1er REC), alors stationné en Tunisie, fut sollicité pour fournir les premiers éléments d’un groupe de reconnaissance divisionnaire.
Ces groupes, appelés aussi groupements de reconnaissance divisionnaires ou groupes de reconnaissance de division d’infanterie (GRD, puis GRDI), étaient constitués d’escadrons détachés des régiments de cavalerie de temps de paix auprès des divisions d’infanterie au moment de la mobilisation. Leur rôle consistait à éclairer le dispositif, à rechercher le renseignement, à assurer la sûreté et à renforcer les unités d’infanterie.
La création des GRD illustrait ainsi la volonté de doter chaque division de moyens organiques de reconnaissance adaptés à une guerre moderne.
Origines et formation du GRD 97
Le 1er décembre 1939, à Sousse, en Tunisie, le 1er REC met sur pied un groupe de reconnaissance divisionnaire de type « outre-mer », d’abord désigné sous l’appellation GRD 87, puis renommé GRD 180. Il est constitué d’un escadron à cheval (le 2e, commandé par le capitaine de Guiraud) et rattaché à la 180e Division d’infanterie d’Afrique. Dès janvier 1940, le GRD 180 occupe des positions à Pont-du-Fahs, au nord de la Tunisie.
Le 3 février 1940, une décision ministérielle transforme le groupe en GRD de type normal, confirmant son rattachement à l’armée métropolitaine. Elle marque aussi la rupture administrative avec le 1er REC, tout en conservant l’esprit de la Légion. Le « GRD de Légion » est alors reconstitué à partir du 2e escadron du 1er REC, des cadres du 2e REC et de son 3e escadron, ainsi que de 360 hommes issus de l’escadron d’instruction du Dépôt commun des régiments étrangers (DCRE) de Sidi-Bel-Abbès, dont la maison-mère de la Légion se trouve en Algérie.
Ce groupe devient le premier véritable régiment de reconnaissance de la Légion étrangère. C’est aussi la seule unité de la Légion composée uniquement de légionnaires d’active, destinée à participer à la bataille de France en 1940.


Organisation en France, mars-avril 1940
Après un court séjour à Bizerte, toujours en Tunisie, le groupe débarque à Marseille le 21 mars et est dirigé sur Carcassonne, où il stationne dans les villages environnants (Conques, Villalier, La Mée, Malves). Le 31 mars, l’unité reçoit officiellement son numéro définitif et devient le 97e Groupe de reconnaissance divisionnaire, GRD 97 (aussi appelé « 97e GRD » ou « 97e GRDI »).
Le chef d’escadron Paul Lacombe de La Tour prend le commandement. Ancien cavalier de la Grande Guerre, décoré de onze citations, il avait servi constamment en Afrique depuis 1918. Promu lieutenant-colonel le 9 avril 1940, c’est un homme de cinquante ans, « cavalier de la vieille école », respecté pour son expérience et son autorité. Bien qu’il ne soit pas un « vieux légionnaire », il avait effectué un court séjour au Maroc avec le 1er REC six ans auparavant.
Ordre de bataille du GRD 97 en avril 1940 :
- Commandement – lt.-colonel Lacombe de La Tour
- État-major – capitaine Moisson, capitaine Vatchnadze
- Escadron hors rang – capitaine Djincharadze
- Escadron à cheval – capitaine de Guiraud
- Escadron de fusiliers motocyclistes – capitaine Colonna-Renucci
- Escadron de mitrailleuses et canons antichars – capitaine Stevenin
Un peloton de commandement appuient l’état-major du group. Ils regroupent plus d’une cinquantaine d’hommes et disposent de véhicules légers de liaison, de camions et camionnettes des transmissions, de motos avec side-cars et de chevaux. Un groupe antichar autonome, équipé de deux canons de 25 mm attelés, est rattaché à l’état-major.
L’escadron hors rang réunit l’ensemble des services administratifs et techniques. Il comprend le peloton de commandement, les pionniers, ainsi que les services vétérinaire, du ravitaillement, de santé et automobile. L’escadron dispose d’une trentaine de véhicules divers et de quelques chevaux utilisés pour les transports légers.
L’escadron à cheval, entièrement monté, se compose de quatre pelotons, chacun comptant une trentaine de cavaliers. Ces pelotons sont divisés en deux groupes de combat dotés chacun d’un FM 24-29 et d’escouades d’éclaireurs montés. Le peloton de commandement de l’escadron dirige les groupes de combat, de mitrailleuses et de mortiers de 60 mm, ainsi que le train régimentaire du ravitaillement.
L’escadron de fusiliers motocyclistes se compose de quatre officiers, 18 sous-officiers et 132 légionnaires. Il est organisé en quatre pelotons de fusiliers moto (chacun formé de deux escouades) appuyés par des groupes de transmissions, de ravitaillement, de dépannage et de mortiers de 60 mm. L’escadron met en œuvre une quarantaine de motos et side-cars, plusieurs camions et camionnettes, et quatre FM 24-29 par peloton.
L’escadron de mitrailleuses et canons antichars (EMCAC) compte environ 120 hommes. Il comprend deux pelotons armés de mitrailleuses Hotchkiss modèle 1914 (quatre par peloton) et un groupe antichar équipé de deux canons de 25 mm tractés. Le peloton de commandement assure les transmissions, le ravitaillement et l’entretien. L’escadron dispose d’une vingtaine de véhicules, dont des camions, camionnettes, motos et tracteurs de pièces.
Cette organisation mixte – cheval, moto et armes lourdes légères – reflète le caractère hybride des groupes de reconnaissance de 1940, encore partagés entre tradition cavalière et modernité motorisée.
Au total, le GRD 97 aligne 23 officiers et environ 650 sous-officiers et légionnaires. À titre de comparaison, en mars 1940, le 1er REC comptait 29 officiers et 776 sous-officiers et légionnaires.
Le GRD 97 est destiné à former le groupe de reconnaissance de la 7e Division d’infanterie nord-africaine (7e DINA) du général Barré, qui rassemble des régiments de tirailleurs tunisiens, marocains et algériens ainsi que de l’artillerie d’Afrique. Cette division est rattachée à la 7e Armée du général Giraud, remplacé en mai par le général Frère.
Cantonné dans les environs de Carcassonne, le groupe perçoit son matériel automobile et effectue diverses distributions, reversements et échanges au dépôt de cavalerie n° 14. L’ambiance y était morne : des hommes habitués aux actions rapides trouvent la routine fastidieuse.
Seul l’escadron de fusiliers motocyclistes échappe un temps à cette monotonie, en partant pour Montlhéry, près de Paris, percevoir son équipement spécifique – les side-cars américains Indian 340-B. Il rejoint Carcassonne le 14 avril.
Le 23 avril, le GRD 97 quitte la région de Carcassonne et s’embarque pour le camp du Valdahon, dans le Doubs, où il rejoint la 7e DINA. Ici, l’unité poursuit son instruction dans l’attente d’un engagement imminent.






Premiers combats sur la Somme (19–25 mai 1940)
Le 10 mai, l’offensive allemande se déclenche en Belgique et, le même jour, le camp du Valdahon subit un bombardement aérien. La guerre est désormais une réalité. Une semaine plus tard, l’ennemi a percé en Ardenne et atteint l’Oise. La 7e DINA, qui devait initialement rester en instruction jusqu’à fin mai, reçoit l’ordre de se porter d’urgence sur la Somme pour colmater une brèche entre les armées françaises et belges.
Dans la nuit du 18 au 19 mai 1940, le GRD 97 – premier élément de la division à se déplacer – débarque à Montdidier et reçoit immédiatement la mission de reconnaître les forces ennemies signalées dans le secteur de Péronne et de retarder leur avance. L’escadron motocycliste est chargé de vérifier les passages sur la Somme et le terrain d’aviation de Rosières-en-Santerre que les Britanniques viennent d’évacuer.
Le 19 mai, les premiers accrochages ont lieu : la reconnaissance du 4e peloton du sous-lieutenant Sokoloff est prise à partie aux lisières sud de Péronne, tandis que le peloton Denardou est arrêté à Épénancourt. Les pertes de la journée s’élèvent à trois tués et quinze disparus ; Sokoloff est blessé et évacué.
Pendant ce temps, les escadrons motorisés bivouaquent à Licourt, tandis que l’escadron à cheval s’installe à Guerbigny sur l’Avre.
Le 20 mai, les escadrons motorisés tentent d’atteindre Barleux et Villers-Carbonnel, mais tombent sur une forte opposition d’engins blindés, d’infanterie motorisée et d’aviation allemande. Ils réussissent néanmoins, avec l’appui du GRD 34, à freiner la progression ennemie. Coïncidence curieuse, le GRD 34 est aux ordres du colonel Landriau, qui avait commandé le 4e escadron du 1er REC lors du fameux combat de Messifré en Syrie, le 17 septembre 1925.
La journée se solde par de violents combats, Villers-Carbonnel est incendié et les unités françaises se replient de nuit sur Licourt.
Le 21 mai, une reconnaissance menée par les escadrons de motocyclistes et de mitrailleuses parvient en trombe à Belloy-en-Santerre, haut lieu des combats du régiment de marche de la Légion (RMLE) en 1916. Mais rapidement l’ennemi réagit avec infanterie portée, blindés, artillerie et aviation. Les légionnaires, presque encerclés, tiennent toute la journée jusqu’à l’organisation d’un décrochage. L’après-midi, le lieutenant-colonel Lacombe de La Tour reçoit quelques renforts – canons antichars de 25 mm, pièces de 75 motorisées et motocyclistes coloniaux – mais la pression allemande ne faiblit pas.
Le 22 mai, une mission de liaison confiée au capitaine Vatchnadze et au lieutenant Frappa tombe dans une embuscade d’autos blindées près de Belloy ; plusieurs motocyclistes sont blessés ou capturés. Le même jour, l’escadron à cheval et l’escadron hors rang subissent des pertes lors d’un affrontement près de Lihons, où deux sous-officiers, Nicolas et Haggins, sont tués. Le capitaine Moisson, revenant d’une liaison, est fait prisonnier. Malgré ces coups durs, les unités se replient sur Chaulnes et Pressoir, organisant de nouveaux points d’appui.
Le 24 mai, le lieutenant Spitzer (futur chef de corps du 1er REC) parvient à mettre hors de combat une auto-blindée allemande avec un canon de 25 mm à Pressoir, livrant aux Français des documents utiles. Le même jour, une reconnaissance menée par le peloton Prouhet et deux canons antichars est durement accrochée à Licourt.
Le 25 mai, le GRD 97 est relevé par des éléments de la 19e Division, qui compte dans ses rangs les volontaires étrangers du 22e RMVE. Le PC et les escadrons motorisés se replient sur Bouchoir, tandis que l’escadron à cheval – désormais sous le commandement du capitaine Vatchnadze, qui a remplacé de Guiraud, blessé – se porte à Rouvroy-en-Santerre. Cinq jours plus tard, le 30, le GRD 97 fait mouvement vers le nord-ouest jusqu’au Quesnel, où il tient ses positions jusqu’au 7 juin.
Pendant près d’une semaine, le groupe a tenu seul le terrain face à un adversaire supérieur en nombre et en moyens, déjouant ses plans et retardant sa progression. Cette résistance a permis à l’infanterie française, retardée par des destructions ferroviaires et des bombardements, de s’installer plus solidement au sud de la Somme.
Mais pour le GRD 97, l’épreuve ne fait que commencer : dès le mois de juin, il doit soutenir une nouvelle phase de combats de retraite.







Combats de retraite (juin 1940)
Le 5 juin 1940, l’offensive allemande reprend sur la Somme. Tandis que le 22e RMVE résiste héroïquement à Berny-en-Santerre et Marchelepot, le GRD 97, déjà éprouvé, reçoit la mission de former l’arrière-garde de la 7e DINA. Le 7 juin, il tient la position du Quesnel pour permettre le repli de sa division vers l’Avre. Au cours de ces combats, deux engins blindés allemands sont détruits par le détachement du lieutenant Prouhet. Mais les escadrons subissent des pertes sévères : plusieurs camions (atelier, munitions, essence, bagages) sont détruits par l’aviation, et les lieutenants Rivoire (service auto) et Benguigui (médecin) sont blessés.
Le 8 juin, le GRD couvre la retraite de la division en direction de l’Oise. Le passage est difficile : routes encombrées de convois militaires et de réfugiés civils, incursions de blindés ennemis. Dans la nuit du 8 au 9 juin, le groupe tient des points d’appui à Ravenel et dans un bois au nord-est de Noroy.
Le 9 juin, dans le bois près de Noroy, l’ennemi lance une attaque massive, chars et artillerie allemands s’abattant sur les positions. Le GRD 97, submergé par le nombre, lutte jusqu’au bout pour couvrir l’écoulement de la division et des populations vers les ponts de Verberie et de Pont-Sainte-Maxence. C’est au cours de ce combat acharné que le lieutenant-colonel Lacombe de La Tour est tué d’une rafale de pistolet-mitrailleur dans le bois de Noroy. Plusieurs officiers disparaissent ou sont faits prisonniers, dont le capitaine Djincharadze et le lieutenant Gauthier. L’escadron à cheval se disperse en trois détachements. Celui du capitaine Vatchnadze est porté disparu – le capitaine ne rejoint la zone libre que le 14 juillet, après un mois derrière les lignes ennemies. Ceux des lieutenants Roumiantzeff et Spitzer réussissent, eux, à franchir l’Oise de justesse avant la destruction des ponts.
Le 10 juin, le capitaine de Guiraud prend le commandement du groupe, où il servait depuis ses débuts en décembre 1939. Le GRD 97 est maintenant réduit à moins de 300 hommes et se regroupe à Luzarches, au nord de Paris. Malgré son état, il continue de remplir ses missions de couverture.
Le 12 juin, les rescapés de l’escadron à cheval, sous les ordres du lieutenant Roumiantzeff, rejoignent les éléments motorisés du groupe à Luzarches.
Le même jour, le gouvernement français déclare Paris « ville ouverte » afin d’éviter qu’elle ne soit détruite par des combats de rue. C’est pourquoi le GRD 97 progresse le long de la périphérie de la capitale jusqu’à l’est, à Gournay-sur-Marne. Renforcé par 150 tirailleurs marocains, il y passe toute la journée du 13 juin.
Dans la soirée, le groupe reçoit l’ordre de se déplacer à une cinquantaine de kilomètres au sud, afin de bloquer le passage de la Seine à Brolles, près de Chartrettes. Là, des convois de réfugiés et de soldats quittant la capitale traversent le fleuve toute la journée et toute la nuit du 14 juin, puisque, ce jour-là, les troupes allemandes défilent déjà dans les rues de Paris. Le lendemain matin, le pont est détruit par le génie.
Le 16 juin, la 7e DINA se déplace à Châteauneuf, sur la Loire, à l’est d’Orléans, sa retraite étant couverte par le GRD 97, qui tient tête à l’ennemi poursuivant.
Le 18 juin, les escadrons motorisés font mouvement vers Tailles de Ruines, au sud du Cher. Le 19, ils reviennent entre Villefranche-sur-Cher et Saint-Julien-sur-Cher où ils défendent le pont avec l’appui d’artillerie. Les éléments à cheval arrivent à Tailles de Ruines, où ils sont obligés d’abandonner les chevaux par manque de ferrures. Les légionnaires-cavaliers embarquent alors en camions.
Le 20 juin, le GRD 97 combat sur le Cher à Saint-Julien, avec le soutien de la 87e DIA du général Martin, à laquelle le groupe est temporairement rattaché. Le général adresse au GRD 97 un témoignage officiel de gratitude pour son aide. Un engin blindé ennemi est détruit. En même temps, l’escadron à cheval est transporté au sud-ouest, à Clion, puis à Martizay.
Enfin, le 22 juin, jour de l’armistice, le GRD 97 se trouve à Asnières-sur-Blour. Il y parvient par Villedieu-sur-Indre, Villiers et Rosnay, après avoir parcouru environ 160 km. L’escadron à cheval défend le village voisin de Luchapt. Le 24 juin, les restes du groupe, fatigués et réduits à une poignée d’hommes valides, sont regroupés à quelque 90 km au sud, à Saint-Jory-de-Chalais, où ils apprennent la nouvelle du cessez-le-feu.
En un mois, parcourant près de 600 kilomètres en livrant des combats de retraite, de la Somme à la Dordogne, le GRD 97 a rempli sa mission : retarder un ennemi très supérieur en nombre et en moyens blindés et aériens, et protéger le repli de la 7e DINA et des civils.
Pour compléter le récit, il ne faut pas oublier de mentionner l’escadron de dépôt du GRD 97 (sa base arrière), commandé par le lieutenant Makeiew du 2e REC et composé de plusieurs dizaines de cavaliers à cheval. Cet escadron méconnu était stationné près de Lyon, au camp de Sathonay – le centre d’instruction de la Légion en France, établi pour la campagne contre l’Allemagne. Entre le 18 et le 19 juin, l’escadron prit part à la défense de Lyon au sein du Bataillon de marche du Dépôt de la Légion étrangère de Sathonay.




Citations et actions individuelles
Le 17 juin 1940, le général Frère, commandant la 7e Armée, rend hommage à la ténacité du GRD 97 et le cite à l’ordre de l’Armée :
« Sous les ordres du colonel Lacombe de La Tour, chargé avec ses seuls moyens organiques de contenir un ennemi numériquement supérieur et doté d’engins blindés, a réussi, du 18 au 23 mai 1940, en attendant l’arrivée des premiers éléments d’infanterie amie, à le harceler, à l’empêcher de remplir sa mission, fournissant sur cet ennemi des renseignements précieux, parvenant à lui détruire plusieurs auto-mitrailleuses, et lui faisant des prisonniers.
Le 7 juin, la résistance ayant été reportée de la Somme sur l’Avre, a participé vigoureusement aux combats d’arrière-garde, détruisant plusieurs engins blindés ennemis.
Le 9 juin, a couvert le repli de la division sur l’Oise, contenant l’attaque des chars adverses et, bien qu’ayant perdu dans cette seule journée son chef, tombé glorieusement dans la bataille, et plus de la moitié de son effectif, a été de nouveau engagé sur la Seine le 13 juin et, avec ses derniers éléments, a pris part à la défense du Cher, puis de l’Indre, infligeant encore, dans ces derniers combats, des pertes à l’ennemi. »
Cette citation est homologuée le 8 septembre 1941 par le général Huntzinger, ministre et secrétaire d’État à la Guerre. Elle donne droit à l’attribution de la Croix de guerre avec palme.
En plus de cette distinction collective, de nombreux légionnaires sont cités individuellement :
Le maréchal des logis Scapucci :
De l’escadron de fusiliers motocyclistes, s’illustre dès le 19 mai 1940 lors d’une reconnaissance vers Péronne. Blessé à quatre reprises et fait prisonnier après avoir tué deux motocyclistes ennemis en s’écriant « La Légion ne se rend pas ! », il réussit à s’évader de nuit et à regagner les lignes françaises. Pour son courage, il reçoit la Médaille militaire et la Croix de guerre avec palme, distinction décernée par le général Weygand.
Le maréchal des logis Fosdick :
De l’escadron de mitrailleuses et canons antichars, resta seul face à des blindés ennemis le 9 juin 1940 dans le bois de Noroy. Debout, il lança trois grenades sur un char, dont l’une provoqua une explosion interne, avant de s’effondrer, vraisemblablement blessé mortellement. Porté disparu, il fut plus tard signalé comme prisonnier.
Le maréchal des logis Klaus :
Sous-officier motocycliste audacieux et plein d’allant. Fait prisonnier par un détachement motorisé ennemi et emmené sur le capot d’un blindé, a réussi à s’échapper. Est allé reprendre sa moto et n’a rejoint son unité qu’après avoir donné l’alarme au convoi qui devait suivre le même itinéraire. Est ensuite retourné avec quelques hommes chercher les corps de deux sous-officiers tués dans cette affaire.
Le brigadier-chef Henry :
Chef de pièce de 25. Au combat de Noroy le 9 juin, ayant son tireur blessé, puis son chargeur tué, a, seul, assuré le service de sa pièce jusqu’à ce que celle-ci fût mise hors de combat. A été fait prisonnier et a, par la suite, échappé à l’ennemi au péril de sa vie, pour continuer à servir la France.
Le brigadier Muller Gaston :
Excellent chef de pièce de F.M., qui s’est distingué au cours des combats des 9 et 21 juin. Recouvert de terre par l’explosion d’un obus, a maintenu sa pièce en batterie et continué sa mission sous le bombardement.
Le légionnaire Dietche :
Le 9 juin 1940, faisant partie d’un détachement à cheval qui, pour échapper à l’étreinte ennemie, venait de subir de lourdes pertes en passant au galop à travers un tir d’artillerie et sous le feu des armes automatiques en position ; parvenu dans le village d’Éranne a engagé un combat contre un groupe ennemi occupé à désarmer nos troupes. S’est fait remarquer au cours de cette action par son mépris du danger et par son ardeur.
De nombreux officiers et sous-officiers, tels que le capitaine Vatchnadze, le lieutenant Spitzer ou le lieutenant Prouhet, se distinguent par leur rôle dans la couverture des replis, la destruction d’engins blindés ennemis ou l’organisation de décrochages périlleux. Des témoignages rapportent également l’héroïsme de légionnaires anonymes, comme ce cavalier blessé qui sauva deux enfants d’une maison en feu lors du chaos de l’exode civil.
Au total, entre mai et juin 1940, les hommes du GRD 97 ont obtenu :
- 2 Médailles militaires pour faits de guerre
- 4 citations à l’ordre de l’Armée
- 2 citations à l’ordre du Corps d’Armée
- 18 citations à l’ordre de la Division
- 334 citations à l’ordre du Régiment
Ces témoignages collectifs et individuels ont rappelé la valeur combative du groupe et l’esprit de sacrifice de ses hommes, qui ont su maintenir la tradition de la Légion étrangère dans les combats désespérés de mai-juin 1940.
Retour vers l’Afrique
Au début de la campagne, le GRD 97 comptait 23 officiers et environ 650 gradés et légionnaires. À la signature de l’armistice, il n’en restait plus que 12 officiers et environ 250 hommes, soit près des deux tiers de l’effectif perdus en un mois de combats.
Après l’armistice du 22 juin 1940, le GRD 97, épuisé et réduit à une poignée de survivants commandés par le capitaine de Guiraud, est regroupé à Saint-Jory-de-Chalais, en Dordogne. Les jours qui suivent sont marqués par la démobilisation progressive et par des séjours dans le Sud-Ouest et en Haute-Vienne.
Là, lors de la cérémonie du 9 août 1940 à Darnac, la Croix de guerre avec palme est remise au fanion du GRD 97 par le lieutenant-colonel Tribot-Laspierre, du 20e Régiment de tirailleurs tunisiens. Ensuite, une palme portant l’inscription « Le G.R.D. de Légion à ses Anciens de la guerre 1914-1918 » est déposée au monument aux morts du village.
Après un court séjour dans la région marseillaise, les légionnaires du GRD 97 sont rapatriés en Afrique du Nord. Les derniers éléments arrivent en Tunisie le 7 septembre. Quelques semaines plus tard, le 30 septembre 1940, le GRD 97 y est officiellement dissous.
Un peloton entier des rescapés de l’escadron à cheval, sous les ordres du lieutenant Martinez, est versé au nouveau 2e escadron du 1er REC. Quant aux survivants des escadrons motorisés du GRD 97, ils constituent, fin 1940, le 5e escadron du 1er REC à Guercif, au Maroc. Les légionnaires du 2e REC, qui avaient participé aux combats de France avec le groupe, contribuent après la dissolution de leur régiment à la formation des 3e et 6e escadrons du 1er REC à Fès et à Guercif, respectivement.
Les 5e et 6e escadrons du 1er REC à Guercif forment un groupe mixte porté, qui reçoit vers 1941 ou 1942 un insigne dit de GRD 97.
En même temps, en 1942, l’escadron d’instruction du DCRE est recréé à Sidi-Bel-Abbès et devient officiellement l’escadron de tradition du GRD 97, dans lequel il avait été incorporé en 1940. Rattaché au 1er RE en 1949, l’escadron fut dissous en Corse en 1963, mettant un terme définitif à l’héritage du GRD 97.
Conclusion
En quelques semaines à peine, du 19 mai au 24 juin 1940, le Groupe de reconnaissance divisionnaire n°97 de la Légion étrangère a parcouru des centaines de kilomètres, en combattant presque chaque jour. Créé dans l’urgence, avec des moyens limités et un armement léger, il a su remplir sa mission : retarder l’ennemi, protéger la 7e Division d’infanterie nord-africaine et permettre à des milliers d’hommes et de civils de se replier hors de l’étreinte allemande.
Le prix payé a été lourd : près des deux tiers de l’effectif initial ont disparu, tués, blessés ou prisonniers. La mort de son chef, le lieutenant-colonel Lacombe de La Tour (le premier des deux commandants d’unités de la Légion étrangère tués pendant la Seconde Guerre mondiale), a symbolisé le sacrifice de cette unité qui, malgré tout, a su conserver sa cohésion et son esprit de combat jusqu’au bout.
La citation à l’ordre de l’Armée et l’attribution de la Croix de guerre avec palme ont consacré ce comportement exemplaire.
Bien que dissous dès septembre 1940 en Tunisie, le GRD 97 – véritable régiment de reconnaissance – a marqué l’histoire de la Légion étrangère comme étant la seule formation ayant combattu dans la bataille de France et composée uniquement de légionnaires, sans aucun volontaire étranger ni soldat mobilisé parmi ses rangs (contrairement au 11e REI, au 12e REI, ou aux RMVE). C’était également la seule unité de cavalerie de la Légion à avoir combattu en 1940.
Son parcours, à la fois bref et héroïque, illustre la capacité d’adaptation des légionnaires et rappelle qu’en 1940, face à un ennemi écrasant, ils ont su se battre avec honneur, courage et fidélité à leurs traditions.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Trois ans plus tard, en 1943, le 1er REC se transforme à son tour en régiment de reconnaissance. Avec la 5e Division blindée, il participe à la libération de la France et de l’Europe en 1944-1945. Ainsi, ce que le GRD 97 avait incarné en 1940 dans la défense et les combats de retraite, le 1er REC l’a repris dans une fonction offensive, poursuivant l’ennemi jusqu’à sa défaite.






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Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Légion Etrangère revues
Vert et Rouge revues
Collectif: Le 1er Régiment Étranger de Cavalerie, Historique et Combats (FASQUELLE Éditeurs, 1947)
J. Brunon, G.-R. Manue, P. Carles: Le Livre d’Or de la Légion (Charles-Lavauzelle, 1976)
Jean-Charles Jauffret: L’idée d’une division de Légion étrangère et le Premier régiment étranger de cavalerie, 1836-1940 (Centre d’histoire militaire et d’études de défense nationale, 1978)
Henri Le Mire: L’épopée moderne de la Légion 1940-1976 (SPL, 1978)
Collectif: Historique du 1er Régiment étranger de cavalerie 1921-1982 (Képi blanc, 1983)
Alain Gandy: Royal Etranger: Légionnaires cavaliers au combat (Presses de la Cité, 1985)
Pierre Dufour: La Légion au combat 1939-1945 (Jean Pierre Taillandier, 1990)
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Les motifs originaux inspirés par la Légion.
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L’article original : 97th Division Reconnaissance Group
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En savoir plus sur l’histoire de la Légion :
11e Régiment Etranger d’Infanterie
12e Régiment Etranger d’Infanterie
Legionnaires parachutistes pendant la Seconde Guerre mondiale
Batteries d’artillerie de la Légion étrangère
…ou voyez…
Tous nos articles en français sur la Légion étrangère
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La page a été mise à jour le : 10 octobre 2025
