La 23e Compagnie portée (23e CP) du 6e Bataillon du 1er Régiment étranger d’infanterie (1er REI) est formée le 1er janvier 1955 à Aïn Sefra, une vieille garnison de la Légion dans la région du Sud-Oranais, dans le Nord-Ouest de l’Algérie, près de la frontière avec le Maroc. C’est aussi l’ancienne garnison de la 1re Compagnie saharienne portée de Légion (1re CSPL). La 23e CP, placée sous les ordres du capitaine Nicolas Laboure, est composée de trois sections équipées de scout-cars. Unité « fictive », puisque l’état-major du 6e Bataillon n’existe pas encore, elle est rattachée administrativement au Dépôt commun de la Légion étrangère (DCLE), situé à Sidi Bel Abbès, alors la maison-mère de la Légion.
À la mi-février, le capitaine Laboure quitte la compagnie. Le capitaine Roger Magnas le remplace. Il reçoit en mars le fanion de la compagnie des mains du lieutenant-colonel Arnault, commandant le DCLE.
Également en mars, la compagnie reçoit la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs (TOE) de l’ancien VI/1er REI, qui avait obtenu cette décoration pour ses faits d’armes au Maroc en 1925–1926, pendant la guerre du Rif. La fourragère est remise par le chef de bataillon Reppelin, commandant provisoire du 6e Bataillon du 1er REI, unité pas encore véritablement constituée. Dernière-née des trois compagnies portées du bataillon, la 23e Compagnie portée est pourtant la première à recevoir cette fourragère.
Composition de la 23e Compagnie portée en mars 1955 :
- Commandant de compagnie: capitaine Magnas
- 1re Section: lieutenant Le Peillet
- 2e Section: lieutenant Auclair
- 3e Section: lieutenant Lambert
Pendant son séjour à Aïn Sefra, l’activité de la compagnie est consacrée surtout à l’instruction puisque très peu d’hommes ont déjà servi dans une unité motorisée.
En mai, les scout-cars sont échangés contre des Dodge 6×6, véhicules mieux adaptés aux futures missions dans les régions désertiques. Chaque section portée reçoit donc cinq Dodge et est également équipée de trois mortiers de 81 mm. Quelques half-tracks et camions GMC font aussi partie de la compagnie.



La 23e CPLE formant corps (1955–1956)
Le 1er juillet 1955, la Légion est réorganisée. Le DCLE et le 1er REI sont dissous ; un nouveau 1er Régiment étranger (1er RE) est formé à leur place. Les trois compagnies portées du 6e Bataillon (qui n’a jamais été réellement recréé) deviennent autonomes. La 23e CP du 1er REI est rebaptisée et devient la 23e Compagnie portée de Légion étrangère (23e CPLE), formant corps.
Le même mois, le lieutenant Lambert est remplacé par le lieutenant Tassy.
Au début de septembre, la compagnie est dotée de cinq automitrailleuses AM-M8. Ces véhicules forment alors le peloton blindé, qui compte un nombre important d’anciens du 1er Régiment étranger de cavalerie (1er REC) ayant conservé leur béret kaki clair d’Indochine. Ensuite, le 8 septembre, la 23e CPLE fait mouvement vers Negrine, dans l’Est de l’Algérie, pour y partager pendant plusieurs semaines la garnison avec la 2e CSPL.
Fin septembre 1955, la compagnie est engagée dans l’opération « Timgad ». C’est une grande opération interarmes sur la frontière tunisienne, dans la région de Tébessa, non loin du djebel El Djorf. Elle y participe avec ses camarades des 21e CPLE et 22e CPLE, des 1re CSPL et 2e CSPL, ainsi que du 1er Régiment étranger de parachutistes (1er REP) et du 2e Régiment étranger d’infanterie (2e REI). Un important rassemblement des chefs rebelles de l’Aurès et des Nementchas sera anéanti. Pendant cette opération, les CPLE et les CSPL sont réunies en un « Groupement des compagnies portées de Légion étrangère », sous les ordres du lieutenant-colonel Brisbarre, officier de la Coloniale.
En octobre, la 2e CSPL quitte Negrine. La 23e CPLE y est, en même temps, remplacée par son unité sœur, la 21e Compagnie portée, et s’implante plus au nord-est, à Bir El Ater. Une section est détachée à Soukies.
Dès lors, les travaux de défense et d’aménagement des installations de la compagnie alternent avec les opérations et les patrouilles dans le sous-secteur qui lui est attribué : dans les Nementchas ou sur la frontière tunisienne (aux côtés de la 21e CPLE ou du 1er REP). En outre, il y a des embuscades de jour et de nuit, des contrôles d’identité et des fouilles de campements de nomades et de leurs caravanes (convois allant de 10 à 150 chameaux).




La 23e Compagnie portée du GPLEA (1956)
Le 6 janvier 1956, la 3e section du lieutenant Tassy quitte Soukies et rejoint le reste de la compagnie à Bir El Ater.
Quelques mois plus tard, la compagnie perdra son autonomie et sera rattachée, avec ses deux compagnies sœurs, au Groupement porté de Légion étrangère d’Algérie (GPLEA), créé en février. Elle deviendra la 23e Compagnie portée du GPLEA. Cependant, le processus d’intégration n’aura pas lieu avant le mois de juin.
Le 20 mai, le capitaine Magnas passe le commandement de la 23e CP au capitaine Julien Camelin.
Le 25, pendant une reconnaissance dans le djebel Onk (à l’ouest de Bir El Ater), la compagnie tombe sur une bande rebelle. Ce jour-là, six fellaghas (rebelles) sont tués. Le 8 juin, c’est encore un accrochage important, cette fois au sud-est de Bir El Ater ; le bilan est de 35 rebelles tués et 10 prisonniers.
Au début de septembre, les hommes de la compagnie partent pour Philippeville, alors la garnison du 2e REP, pour une semaine de repos. Le 21, une fois rentrés, ils livrent un combat acharné dans le djebel Fououa, au nord de Bir El Ater ; 26 rebelles sont tués.
Fin octobre 1956, le GPLEA, unité d’une existence très courte, est dissous. Ses éléments sont intégrés au 2e REI. La 23e Compagnie portée du GPLEA, toujours implantée à Bir El Ater, devient donc la 6e Compagnie portée du 2e REI. Elle a totalisé 89 rebelles abattus et 67 armes de guerre récupérées.
En mars 1957, la 6e CP fait place, à Bir El Ater, à la 3e CP du 4e REI. Elle s’implante ensuite à Bou Alam et ne rejoint le PC du 2e REI à Aïn Sefra, lieu de sa création en janvier 1955, qu’au début de novembre 1958.
En 2000, la Compagnie de base et d’instruction (CBI) du 2e REI, nouvellement créée, adopte l’ancien insigne de la 23e CPLE. Transformée en Compagnie d’administration et de soutien (CAS) en 2003, la compagnie conserve cet insigne jusqu’en 2011, date de sa dissolution.









———
Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Bulletins annuels de la Légion étrangère (les années 1950)
J. Brunon, G.-R. Manue, P. Carles: Le Livre d’Or de la Légion Etrangère (Charles-Lavauzelle, 1976)
Tibor Szecsko: Le grand livre des insignes de la Légion étrangère (S.I.H.L.E., 1991)
———
Vous avez apprécié cet article ?
Chaque achat dans notre boutique soutient nos recherches historiques. Merci.
———
L’article original : 23rd Foreign Legion Motorized Company
—
En savoir plus sur l’histoire de la Légion :
21e Compagnie portée de Légion étrangère
22e Compagnie portée de Légion étrangère
Groupement porté de Légion étrangère du Maroc
…ou voyez…
Tous nos articles en français sur la Légion étrangère
—
La page a été mise à jour le : 14 octobre 2026
