
Contexte : mandat français et révolte druze
Après la fin de la Première Guerre mondiale, la France a obtenu un mandat international au Levant, ancienne possession de l’Empire ottoman, sur les territoires correspondant aux actuelles Syrie et Liban. En été 1925, une insurrection a éclaté dans le sud de la Syrie, au sein des Druzes, une petite communauté ethnoreligieuse du Levant, accoutumés depuis longtemps à un large degré d’autonomie locale sous la domination ottomane. Des unités de la Légion étrangère ont pris part aux opérations de rétablissement de l’ordre et, en septembre, ont infligé aux rebelles une sévère défaite à Messifré, ce qui a permis à la France d’occuper le bastion druze de Soueïda. Cependant, l’évacuation de cette ville par les troupes françaises, en raison de problèmes d’eau et de ravitaillement, a redonné confiance aux insurgés. Après un bref contrôle de Damas, capitale de l’État de Syrie, ils ont été repoussés, mais de durs combats à la périphérie de la ville, à la fin d’octobre, ont alimenté l’hostilité antifrançaise.
En novembre, les rebelles contrôlaient déjà une partie du territoire à l’ouest de Damas, jusqu’au mont Hermon, dans la chaîne de l’Anti-Liban, sur la frontière libano-syrienne. Là, Zayd al-Atrash, l’un des chefs rebelles druzes et frère de Sultan al-Atrash, organisateur de la révolte druze de 1925–1927, a déclenché une insurrection pour s’unir aux Druzes libanais, a occupé plusieurs positions, dont Marjayoun, et a mis en place un gouvernement druze. L’extension de la révolte au Liban a été jugée inacceptable à Paris, car elle risquait de transformer un soulèvement local en conflit régional.
Le groupement de cavalerie et la garnison de Rachaya
Pour empêcher que la révolte ne s’étende au Liban, les autorités françaises envoient, à la mi-octobre, un groupement de cavalerie de l’autre côté de l’Anti-Liban, sous le commandement du colonel Capitrel. Sa mission est de surveiller la région de l’Hermon, d’assurer la paix dans les villages chrétiens et d’intimider les communautés druzes qui pourraient être tentées de se soulever. Le groupe réunit trois composantes : des spahis (unités de cavalerie légère coloniale, recrutées à l’origine en Afrique du Nord), des auxiliaires libanais recrutés sur place et de la cavalerie de la Légion étrangère.
Cette dernière est représentée par le 4e escadron du 1er régiment étranger de cavalerie (1er REC). L’escadron s’est illustré à Messifré, où il a été cité à l’ordre de l’Armée, mais il y a subi de lourdes pertes : composé en grande partie d’anciens combattants antibolcheviques des « armées blanches » de la guerre civile russe de 1918–1921, il est passé de 179 hommes à une centaine environ. Reconstitué à Rayak, au Liban, et encore en deçà de son effectif initial, il est commandé par le capitaine Landriau, avec les lieutenants Gardy, Castaing et de Médrano comme chefs de peloton.
Le groupement de cavalerie s’installe à Rachaya, dans la chaîne de l’Anti-Liban, à environ sept kilomètres au nord du mont Hermon. Il s’agit d’un village libanais mixte, peuplé alors d’environ 3 000 habitants, chrétiens et druzes. Au début de novembre, le colonel Capitrel part en France et son adjoint, le capitaine Granger des Spahis, prend le commandement. Le 5 novembre, alors que la situation se dégrade et qu’une attaque paraît de plus en plus probable, le bivouac exposé dans la partie basse du village est abandonné et le groupement s’établit dans un ancien château-fort franc datant de l’époque des croisades qui surplombe Rachaya. Un palais dominant cette « citadelle », construit là par la famille Shihab au XVIIIe siècle, est choisi comme poste de commandement du groupement.
La garnison française, commandée par le capitaine Granger, se compose d’un escadron du 12e régiment de spahis tunisiens (12e RST) – les sources disponibles divergent quant à savoir s’il s’agit du 1er, du 3e ou du 4e escadron – fort d’environ 135 hommes sous les ordres du capitaine Cros-Mayrevieille, d’une centaine de légionnaires du 4e escadron du 1er REC commandés par le capitaine Landriau, d’un peloton réduit de mitrailleuses du 12e RST avec un lieutenant et 35 servants, et d’environ 80 gendarmes libanais commandés par le lieutenant Tiné. Au total, la garnison de la citadelle compte alors environ 350 hommes.
Dans le même temps, après la prise de Marjayoun, les rebelles de Zayd al-Atrash occupent plusieurs localités au sud et à l’ouest du mont Hermon et se rapprochent dangereusement de Rachaya. Ils envisagent d’étendre leur gouvernement jusqu’à ce village, qu’ils entendent confier à un autre chef druze, Dervich.



Montée de la menace et mise en état de défense
Des reconnaissances quotidiennes signalent ensuite des rassemblements ennemis dans la région de Rachaya et échangent régulièrement des coups de feu avec des bandes hostiles. Les renseignements convergent : trois groupes, fortes d’environ 3 000 hommes, se préparent à attaquer Rachaya avant de se porter vers les débouchés du Liban que la place commande. Plusieurs indices confirment la menace : fermeture des marchés, départ des jeunes Druzes du village pour aller renforcer les rebelles et panique des chrétiens qui cherchent refuge plus profondément dans le territoire libanais. Les Druzes restants se mettent à douter de l’arrivée de renforts français et deviennent de plus en plus arrogants, refusant de fournir des renseignements et ne cachant plus leur sympathie pour les rebelles.
En réaction, la citadelle est immédiatement mise en état de défense de manière systématique. Les côtés nord, ouest et est de la forteresse sont considérés comme relativement sûrs, car ils dominent nettement le terrain environnant. Sur la face sud, toutefois, le terrain situé à l’extérieur des murs remonte légèrement pour former un mamelon rocheux qui domine même cette partie la plus élevée des défenses et surplombe la citadelle. La priorité est donc donnée à la sécurisation de ce secteur plus vulnérable, afin d’empêcher l’ennemi de s’approcher aisément de la forteresse ou de forcer ses deux entrées, situées au sud-est, pour la porte principale, et au sud-ouest.
Des emplacements de mitrailleuses, de fusils-mitrailleurs et de lance-grenades sont aménagés. Les fenêtres des maisons et des caves donnant vers l’extérieur sont murées pour qu’elles ne puissent servir ni de postes de tir ni de points d’accès aux assaillants. Des chicanes sont installées aux deux entrées. Un réseau de fil de fer barbelé entoure la place et est renforcé sur la face sud, où l’on estime que se portera l’effort principal de l’ennemi.
Le travail se concentre ensuite sur les points d’appui internes qui doivent soutenir la défense en cas de brèche. Dans le secteur nord, le palais servant de poste de commandement et les maisons adjacentes sont transformés en un réduit puissamment fortifié qui renferme les réserves de la garnison. Une tour médiévale, point stratégique dominant l’angle sud-ouest, reçoit un poste optique utilisant un héliographe ou un projecteur. Depuis la tour, les observateurs peuvent envoyer des signaux lumineux en Morse au poste de commandement situé dans la partie nord de la citadelle et transmettre ainsi tous les renseignements recueillis sur l’ennemi. Un tunnel souterrain creusé dans le mur d’enceinte, d’une épaisseur d’environ 9 mètres, assure la liaison entre la tour et le reste de la forteresse.
En même temps, vivres et munitions sont stockés en prévision d’un siège : environ dix jours de provisions et une réserve d’eau en citernes. La garnison dispose également de 22 000 cartouches, de 240 grenades à main F-1 dont un nombre important est jugé défectueux (ce qui incite la garnison à éviter de les gaspiller dans de simples escarmouches), de 1 800 grenades à fusil Viven-Bessières (VB) et de 160 fusées éclairantes. Le commandement conserve en outre six pigeons voyageurs comme ultime moyen de communication.
Le 15 novembre, la situation est jugée alarmante et une attaque paraît imminente. Alors que le renseignement français évalue les forces ennemies à environ 3 000 hommes, la rumeur locale – délibérément propagée par des sympathisants druzes – gonfle ce chiffre à 4 000 ou 5 000 afin d’intimider la garnison et les villageois chrétiens. Le 16 novembre, une reconnaissance du 1er REC engage brièvement l’ennemi et lui inflige un tué.



Le 19 novembre : les premières pertes
Le 19 novembre, un peloton du Royal Etranger, commandé par le lieutenant Gardy, futur commandant de la Légion étrangère, quitte la citadelle pour une reconnaissance vers le sud-ouest, en direction de Beit Lahia, appelée Beyt el Heba dans les sources de l’époque. Renforcé par un groupe de gendarmes libanais, le détachement a pour mission de surveiller les mouvements druzes et de sécuriser les abords de Rachaya.
Gardy s’avance vers le petit village de Tannoura avec environ cinq légionnaires et trois gendarmes, afin d’avoir une vue plus nette du terrain et des mouvements ennemis. Mais, au même moment, le reste du peloton est attaqué sur les hauteurs nord de Beit Lahia par 300 à 400 combattants druzes venant de l’est. Le lieutenant et son détachement d’avant-garde se trouvent isolés et sont à leur tour pris sous le feu ; presque tous leurs chevaux sont abattus. Alors que le gros du peloton, abrité par les accidents du terrain et appuyé par des feux de couverture, parvient à se dégager relativement facilement et à regagner Rachaya, le groupe de Gardy est contraint de se replier à pied, par un terrain difficile, en direction de Beit Lahia.
Le petit groupe est rapidement très éprouvé. Deux gendarmes libanais disparaissent, et le légionnaire Popoff* est tué. Le légionnaire Stitchinsky est grièvement blessé. Le légionnaire Borissoff, atteint à l’épaule, est incapable de continuer le combat. Il ne reste avec le lieutenant que deux légionnaires et un gendarme valides. Stitchinsky meurt dans une maison à Beit Lahia, alors que les Druzes sont déjà dans les rues. Aidé par des partisans chrétiens, le groupe parvient à sortir du village par l’ouest et à gagner Kfar Mishki, à quelque cinq kilomètres au nord-ouest. Là, Borissoff est confié aux soins d’une famille chrétienne. Le lieutenant Gardy et les trois hommes qui l’accompagnent réussissent à rejoindre la citadelle le lendemain, non sans difficultés.
Dans le même temps, le 19, une autre reconnaissance, un peloton de l’escadron du 12e RST commandé par le maréchal des logis Guignard (sergent dans la cavalerie), est également attaquée et encerclée. Un autre peloton de spahis et l’ensemble de la gendarmerie libanaise sont envoyés en renfort. Les spahis se replient bientôt, sans subir de pertes. En ce qui concerne la gendarmerie, les sources disponibles indiquent que tous les trois officiers de cette unité, dont le lieutenant français Tiné, sont tués et que les auxiliaires libanais se dispersent. Les circonstances de la mort de ces officiers et la dispersion ultérieure de leur troupe restent toutefois mal connues.
* À cette époque, au moins trois hommes portant le nom de Popoff servent au 4e escadron : un maréchal des logis, un brigadier et ce légionnaire, ce qui complique l’identification de certaines listes de pertes.

Combats des 20–22 novembre
Dans la soirée du 19 novembre, le capitaine Granger reçoit l’ordre de tenir la citadelle coûte que coûte. Le commandement estime alors qu’une chute de Rachaya risque d’entraîner un soulèvement au Liban et à Beyrouth, ce qui explique la décision de défendre la position avec la plus grande fermeté. Afin d’éviter l’émiettement de la garnison, le capitaine supprime les reconnaissances. À ce moment-là, il ne lui reste pour défendre la citadelle que les deux escadrons et le peloton de mitrailleuses, soit environ 270 hommes au total. Les auxiliaires libanais, qui se sont dispersés, ne sont plus mentionnés dans la défense de la forteresse. Dans le même temps, trois groupes druzes, évalués entre 2 000 et 3 000 hommes, se préparent à l’assaut.
Le 20 novembre, la matinée reste calme. Pour économiser l’eau des citernes, les chevaux sont menés plus tôt que d’ordinaire à l’abreuvoir du village, vers 13 heures. Vers 15 h 30, alors que le dernier peloton s’apprête à regagner la citadelle, il est pris à partie par des Druzes, mais parvient à rentrer. Les coups de feu déclenchent aussitôt une fusillade depuis les terrasses et les crêtes environnantes. La citadelle se retrouve encerclée et ses portes sont fermées. Deux heures plus tard, les Druzes se lancent à l’assaut de la grande tour, après avoir coupé la ligne téléphonique. Les légionnaires tiennent les points les plus exposés et, sur la face sud, les fusils-mitrailleurs et les mitrailleuses brisent les premières vagues, repoussant un premier assaut.
Le 21 novembre, toutes les communications étant coupées, le commandant d’armes ne conserve pour correspondre avec l’État-Major que les pigeons voyageurs. Dès l’aube, sous des feux couvrants, les Druzes occupent les rochers et concentrent leurs attaques sur la face sud, point jugé faible. Ils atteignent le réseau de barbelés et finissent par le couper. Les défenseurs, des légionnaires, ripostent et repoussent les assauts. Le soir, la Légion compte déjà quatre tués et 15 blessés. Mais l’ennemi ne parvient finalement pas à entamer la défense et son effort paraît s’essouffler.
Pendant la nuit, l’ennemi subit des pertes considérables sous les tirs de grenades VB et les tirs d’interdiction de mitrailleuses.
À l’aube du 22 novembre, les Druzes reprennent l’attaque contre la tour et les secteurs du sud. Le tir ajusté de leurs fusiliers bride les ripostes depuis la tour. À 8 h 30, le capitaine Granger, commandant la citadelle, est mortellement atteint ; il est remplacé par le capitaine Cros-Mayrevieille de l’escadron du 12e Spahis. Vers midi, une attaque violente à la grenade frappe la face sud et neutralise des armes automatiques près de la grande entrée, mais les légionnaires se maintiennent sur leurs positions. Dans l’après-midi, malgré la pression, les défenseurs tiennent et, vers 15 heures, les Druzes renoncent et se replient. Les rues du village sont déjà jonchées de leurs cadavres. Les positions restent intactes, mais les munitions s’épuisent et l’ordre est donné de les ménager. La fatigue pèse sur une garnison engagée depuis près de 48 heures. Un message lesté, tombé d’un avion, annonce l’arrivée d’une colonne de secours pour le 24, ce qui ranime l’espoir. La nuit suivante, des renforts ennemis arrivent toutefois : près de 1 000 hommes au moins, dont environ 500 cavaliers. Des renseignements ultérieurs ont montré qu’environ 4 000 Druzes avaient finalement pris part à l’attaque de Rachaya.


Le 23 novembre : la journée décisive
Le 23 novembre est une journée décisive pour les assiégés de Rachaya. À 5 heures du matin, les rebelles druzes lancent une attaque à la grenade contre le front sud et la tour, avec l’intention d’enlever la position. Dans la tour, le maréchal des logis Popoff, dernier défenseur, combat en jetant ses dernières grenades jusqu’à être mortellement blessé. Les assaillants s’emparent alors de l’ouvrage et repoussent une contre-attaque menée par les légionnaires du lieutenant de Médrano, lui-même blessé.
Vers le milieu de la matinée, les Druzes s’emparent de la petite entrée, malgré la résistance du lieutenant Castaing qui, avec ses légionnaires, tient le premier étage d’une maison commandant l’accès. La grande porte subit également une attaque violente, contenue pendant des heures par l’adjudant-chef Gazeau et trois légionnaires qui défendent le poste aménagé au-dessus de l’entrée au moyen de grenades et d’armes automatiques. Gazeau, chef du peloton de commandement de l’escadron, compte parmi les légionnaires les plus aguerris. Il s’est déjà distingué à Messifré, où il combat malgré ses deux blessures.
Les Druzes découvrent ensuite le souterrain dans la tour et tentent de l’utiliser en se faufilant dans la cour. Une mitrailleuse les prend à partie et bloque un temps l’infiltration, jusqu’à ce que le feu venu de la tour occupée par l’ennemi mette hors de combat ses servants. Le maréchal des logis Bisseroff et un légionnaire parviennent à remettre l’arme en batterie et stabilisent momentanément la situation.
Vers 10 heures, une nouvelle attaque dirigée contre l’entrée principale provoque la mort héroïque de l’adjudant-chef Gazeau et force les défenseurs à l’abandonner et à se replier.
Le capitaine Cros-Mayrevieille, commandant la garnison, envoie alors son dernier pigeon. Il y décrit une situation très critique et demande en urgence l’envoi d’un bataillon d’infanterie ou, à défaut, d’un régiment de cavalerie, tout en affirmant que chacun fera son devoir jusqu’au bout.
La journée se poursuit en une succession de combats rapprochés dans le secteur sud, au cours desquels les lieutenants Gardy, Castaing et de Médrano, de la Légion, et le lieutent Livary des Spahis, se distinguent dans de nouvelles contre-attaques au sabre, à la baïonnette et à la grenade. Le légionnaire Kapf également galvanise ses camarades : déjà blessé, il renvoie une grenade tombée au milieu de son groupe. Touché une seconde fois, sommairement pansé, il repart armé d’un sabre à la tête d’une contre-attaque.
Jusqu’à 15 heures, les Druzes, retranchés dans une maison adjacente à la porte principale, multiplient les assauts contre la cour. Vers 15 heures, des avions bombardent les positions druzes avec une efficacité limitée en raison de la proximité des lignes françaises, mais l’attaque ennemie commence à faiblir.
Malgré ce ralentissement, la situation reste critique. En fin de journée, la partie sud de la citadelle doit être abandonnée. Les survivants se replient dans le réduit aménagé dans la partie nord, où sont rassemblés les blessés. La garnison a perdu environ 40 % de son effectif et presque tous ses chevaux. Dans le peloton Gardy, sur 22 hommes, il ne demeure que cinq légionnaires en état de combattre, des blessés continuant malgré tout à tirer.
En début de soirée, vers 17 heures, les grenades sont épuisées et il ne reste plus qu’une caisse de cartouches pour les deux escadrons. Elles sont distribuées aux survivants, une trentaine par homme. Les Druzes lancent un nouvel assaut pour tenter d’anéantir la garnison, mais ils sont à nouveau repoussés au corps à corps. Les lourdes pertes parmi les légionnaires et les spahis obligent à resserrer le front autour du réduit, où les défenseurs se préparent à tenir jusqu’à la submersion totale. Cependant, vers 20 heures, les veilleurs aperçoivent une fusée verte, tandis que quatre obus éclatent sur la partie nord du village : la colonne de secours n’est plus qu’à quelques kilomètres. Découragés et fatigués, les Druzes renoncent à attaquer pendant la nuit.


Le 24 novembre : la fin de la bataille
Le 24 novembre, à huit heures du matin, les défenseurs de Rachaya repoussent un dernier assaut, auquel ne prennent part que les éléments les plus résolus, tandis que le gros des forces druzes commence à se replier vers l’est, en direction d’Ayha. Les munitions ne dépassent plus une quinzaine de cartouches par homme, ce qui oblige la garnison à maintenir une défense strictement économe. Deux légionnaires sont encore tués et plusieurs autres blessés. Après ce dernier effort, les combats autour de la citadelle s’apaisent, les Druzes en retraite ne tirant plus que par intermittence, et la garnison s’installe dans une attente tendue des renforts promis.
Vers onze heures, le 1er escadron du 6e Régiment de spahis (6e RS) atteint les premières maisons du village. Le tir d’une pièce annonce, au sud-ouest, l’approche d’une seconde colonne de secours, qui comprend un bataillon du 21e régiment de tirailleurs algériens (21e RTA) commandé par le chef de bataillon Loynet. À treize heures trente, tandis que le bataillon Loynet occupe le piton méridional du village, l’escadron du 6e Spahis pénètre dans la citadelle et opère la jonction avec la garnison, moment chargé d’émotion marqué par la rencontre des capitaines Stocklé et Landriau.
Pertes et honneurs
Sur les quelque 4 000 combattants druzes engagés contre Rachaya, les estimations évaluent leurs pertes à environ 400 tués. Du côté des défenseurs, les bilans contemporains donnent, pour la garnison, un chiffre d’une vingtaine de tués et de 80 blessés au cours des combats autour de la citadelle proprement dite, sans y inclure toutes les pertes subies lors des actions de reconnaissance du 19 novembre.
Le 4e escadron du 1er REC enregistre officiellement 12 morts et 34 blessés. La base de données Mémoire des Hommes du ministère français des Armées mentionne toutefois, pour l’escadron de Légion à Rachaya, quelques noms supplémentaires (et en omet d’autres) ; en les prenant en compte, le nombre total des morts du 4e escadron entre le 19 et le 24 novembre s’élève à 16.
Parmi les blessés du 1er REC figurent le maréchal des logis Bisseroff et les brigadiers (caporals à la cavalerie) Popoff, Gerhard et Lvoff, ce dernier succombant le 26. Le lieutenant Gardy est grièvement blessé, tandis que de Médrano et Castaing ne subissent que des blessures légères.
Les spahis, moins exposés au corps à corps, perdent sept hommes. La gendarmerie libanaise a déjà perdu les trois officiers le 19 novembre. Les pertes matérielles sont considérables : 107 des 108 chevaux du 4e escadron sont tués.
Les hommes du 1er REC tués à Rachaya
- Adjudant-chef GAZEAU Léon (France)
- Maréchal des logis POPOFF Julien (Russie)
- Brigadier HOFFMANN Jules (Russie)
- Brigadier DUGAST Marie (France)
- Légionnaire BORISOFF (Russie)
- Légionnaire DREIER Wilhelm (Suisse)
- Légionnaire ENOCHIN Lew (Russie)
- Légionnaire FROMM Joseph (Allemagne)
- Légionnaire ISVARINE Basile (Russie)
- Légionnaire IVANOFF Basil (Russie)
- Légionnaire KUHLMANN Conrad (Allemagne)
- Légionnaire LIMARD André (France)
- Légionnaire POPOFF Nikita (Russie)
- Légionnaire STITCHINSKY Alexandre (Russie)
- Légionnaire SOLOVIEFF (Russie)
- Légionnaire TOPPS (origine non précisée)
À l’issue des combats, l’action de la garnison et du 4e escadron est officiellement reconnue. L’ordre n° 393 du 28 novembre 1925 du général Gamelin cite chacun des deux escadrons défendant Rachaya à l’ordre de l’Armée :
« Chargé de la défense de la citadelle de Rachaya, a repoussé du 21 au 24 novembre 1925 de nombreux assauts menés jusqu’au corps à corps. A tenu jusqu’à la dernière cartouche, permettant ainsi l’arrivée de la colonne de secours. A inscrit entre ces murs, glorieux vestiges de nos ancêtres, une page de légende rivalisant avec les plus beaux faits d’armes de nos guerres lointaines. »
Cette deuxième citation gagnée au Levant par le 4e escadron du 1er REC, en moins de deux mois, lui vaut le droit de porter la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs. En outre, le 4e escadron reçoit la médaille du Mérite libanais.



Conclusion
La bataille de Rachaya en novembre 1925 se présente ainsi comme une réussite tactique obtenue dans des conditions de siège particulièrement difficiles, où la Légion étrangère et les spahis tiennent leur position jusqu’à l’arrivée des colonnes de secours. Par sa durée et par la cohésion des défenseurs, l’affrontement bloque l’extension immédiate de l’insurrection vers le Liban, maintient la route de Beyrouth sous contrôle et rétablit un rapport de forces plus favorable aux troupes françaises dans ce secteur.
Sur le plan stratégique et politique, l’effet de la bataille est déterminant pour la suite des opérations : l’initiative druze se trouve freinée, le front libanais est stabilisé et l’autorité française est consolidée à court terme, ce qui permet la poursuite des opérations jusqu’à la restauration de l’ordre en 1926.
Pour le 1er REC, la bataille de Rachaya est devenue une référence importante dans la mémoire du régiment et représente son propre « Camerone » : une défense héroïque menée jusqu’au bout, suivant l’exemple des légionnaires au Mexique en 1863.
Après le retour de l’escadron en Tunisie, fin 1926, un monument dédié aux morts du Levant a été érigé sur la base du régiment, à Sousse. Il est ensuite devenu le symbole de tous les légionnaires cavaliers morts au combat. Aujourd’hui, ce monument se dresse dans le camp du 1er REC à Carpiagne, mettant en lien la génération actuelle de cavaliers du régiment avec la petite garnison qui tient à Rachaya en novembre 1925.
Par un curieux clin d’œil de l’histoire, le 1er régiment étranger de cavalerie sert encore au Liban cent ans après la bataille, cette fois au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Fin novembre 2025, il saisit ainsi l’occasion de célébrer le centenaire de la défense de Rachaya directement sur le lieu où ses hommes ont combattu en 1925.





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Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Légion Etrangère revues
Collectif: Le 1er Régiment Étranger de Cavalerie, Historique et Combats (FASQUELLE Éditeurs, 1947)
J. Brunon, G.-R. Manue, P. Carles: Le Livre d’Or de la Légion (Charles-Lavauzelle, 1976)
Jean-Charles Jauffret: L’idée d’une division de Légion étrangère et le Premier régiment étranger de cavalerie, 1836-1940 (Centre d’histoire militaire et d’études de défense nationale, 1978)
Collectif: Historique du 1er Régiment étranger de cavalerie 1921-1982 (Képi blanc, 1983)
Alain Gandy: Royal Etranger: Légionnaires cavaliers au combat (Presses de la Cité, 1985)
Mémoire des Hommes
Wikipedia
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L’article original : 1925 Battle of Rachaya
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En savoir plus sur l’histoire de la Légion :
Combat du Chott Tigri de 1882
Combat d’Alouana du 15 mai 1911
Tragédie de Forthassa de 1908
6e REI: 6e Régiment Etranger d’Infanterie
…ou voyez…
Tous nos articles en français sur la Légion étrangère
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La page a été mise à jour le : 27 novembre 2025
