Compagnie irlandaise (1870)

Pendant la guerre franco-prussienne de 1870–1871, la Légion étrangère française est déployée sur le sol métropolitain pour la première fois de son histoire. Alors que la France s’efforce de lever de nouvelles armées face à l’avance des forces allemandes durant la phase finale du Second Empire, les autorités font également appel à des volontaires étrangers. Parmi les initiatives les plus singulières figure le projet de formation d’un régiment composé exclusivement d’Irlandais – un projet qui, bien qu’il ne se concrétise jamais pleinement, donne naissance à une petite compagnie de combat.

 

2e Régiment étranger « irlandais »

Tout comme en 1855, lors de la guerre de Crimée, l’empereur Napoléon III ordonne en 1870 la formation d’une seconde Légion, ou plus précisément d’un second Régiment étranger. Si la Deuxième Légion étrangère de 1855 ne devait être composée que de Suisses, le deuxième régiment étranger de 1870 ne doit être composé que d’Irlandais.

Ainsi, un décret impérial du 1er septembre 1870 prescrit la formation en France d’un 2e Régiment étranger. Le régiment doit être organisé à Cherbourg et à Caen, en Normandie, par un certain James Mac-Adaras, d’origine irlandaise. Se présentant comme un ancien officier de l’armée britannique, celui-ci est nommé lieutenant-colonel français. Le nouveau régiment irlandais doit être réparti en cinq bataillons de huit compagnies chacun. Le même décret rebaptise le Régiment étranger d’Algérie en 1er Régiment étranger. L’un de ses unités est déjà présent en France : le 5e bataillon, créé à Tours pour intégrer les volontaires étrangers pour la durée de la guerre.

Le projet de 2e Étranger aurait pu renouer avec la longue tradition des régiments irlandais au service de la France, comme cela avait été le cas entre 1690 et 1791. Dans les faits, cependant, le projet repose sur le recrutement dans les îles Britanniques et se heurte donc immédiatement à des obstacles politiques et juridiques. En août 1870, afin de préserver la neutralité britannique, le Parlement du Royaume-Uni adopte le « Foreign Enlistment Act », une loi qui rend juridiquement problématique le recrutement au service d’une puissance belligérante sur le territoire britannique.

Le 2e Régiment étranger « irlandais » n’est donc jamais réellement constitué. Peu après la promulgation du décret ordonnant sa création, au début de septembre, le Second Empire s’effondre et une nouvelle République est proclamée, qui poursuit la guerre. Le régiment est dissous dix semaines plus tard, le 16 novembre, alors qu’il est encore en cours de formation.

Après cet échec, Mac-Adaras est rattaché par le nouveau gouvernement à l’état-major du 21e Corps sous les ordres du général Jaurès, sert dans la campagne de la Loire jusqu’à la mi-janvier 1871. Il effectue ensuite une dernière tentative, infructueuse, de lever une nouvelle brigade irlandaise au Havre, avant que l’armistice ne mette définitivement fin au projet.

 

Compagnie irlandaise du Régiment étranger de marche

Après sa dissolution, les volontaires de l’ancien 2e Régiment étranger « irlandais » forment une compagnie de combat. Elle est sous les ordres du capitaine Martin Waters Kirwan, un militaire et journaliste irlandais originaire de Galway.

On notera que ces hommes avaient débarqué en France au début du mois d’octobre 1870, au sein d’un contingent d’environ 300 volontaires venus d’Irlande, qui servaient ensuite dans des hôpitaux de campagne ou au sein de corps francs (voir l’article consacré aux Unités de volontaires étrangers hors de la Légion pendant la guerre de 1870).

Surnommée la « Compagnie irlandaise », la nouvelle unité se compose de 93 hommes : leur capitaine, deux lieutenants (Cotter et McAlevy, un ancien de la Légion qui avait combattu au Mexique), un médecin (Dr Macken), cinq sous-officiers, 10 caporaux et 74 soldats. La compagnie est affectée au Régiment étranger de marche, une formation provisoire composée de deux bataillons de la Légion venus d’Algérie et des restes du 5e bataillon susmentionné. Le régiment combat au sein du 15e Corps d’armée lors de la campagne de la Loire (pour en savoir plus sur le rôle de la Légion dans la guerre de 1870, voir l’article La Légion étrangère et la guerre franco-prussienne).

Le 11 décembre, la « Compagnie irlandaise » est rattachée au 5e bataillon du commandant Béchet et devient sa 8e compagnie. Elle est constituée en unité « formant corps », unité autonome qui s’administre séparément du reste du bataillon. Fin décembre, le Régiment étranger de marche se déplace vers l’est, intégré à l’Armée de l’Est du général Bourbaki, qui tente de débloquer la ville assiégée de Belfort et de couper les lignes d’approvisionnement prussiennes. Les hommes de la « Compagnie irlandaise » reçoivent leur baptême du feu en à la mi-janvier 1871, à Montbéliard, près de la frontière suisse, pendant la phase finale de cette campagne. Non seulement cette bataille de trois jours, mais aussi de graves gelures font qu’à la fin du mois l’unité ne compte pas plus de 65 hommes valides. Le 28 janvier, l’armistice franco-allemand est signé.

Deux mois plus tard, fin mars 1871, la compagnie est dissoute et les volontaires irlandais regagnent leur patrie. L’un d’entre eux, toutefois, choisit de rester avec la Légion et de partir en Algérie. C’est le lieutenant Patrick Cotter. Devenu capitaine au 2e bataillon du 1er Régiment étranger, il est tué en Indochine en mars 1885, lors de la guerre franco-chinoise (1884–1885).

En 1873, le commandant de la « Compagnie irlandaise », le capitaine Kirwan, en a tiré un livre. De manière assez surprenante, ce livre compte parmi les premières œuvres, sinon la première, à proposer un récit de la fameuse bataille de Camerone qui s’est déroulée au Mexique le 30 avril 1863.
 

James MacAdaras - Régiment Etranger - 1870
James MacAdaras (1838-1919). Un aventurier et homme politique français d’origine irlandaise. En 1870, il promit aux dirigeants français de lever un régiment entier d’Irlandais pour la guerre contre la Prusse. Finalement, seuls quelque 90 hommes purent être réunis.

 

———
 

Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Gén Grisot, Ltn Coulombon : Légion étrangère 1831 à 1887 (Berger-Levrault, 1888)
Martin W. Kirwan : La Compagnie Irlandaise: Reminiscences of the Franco-German War (Dublin: W. B. Kelly, 1873)
James McConnel and Máirtín Ó Catháin : A Training School for Rebels: Fenians in the French Foreign Legion (History Ireland 16, no. 6, 2008)
de Collectif : La Guerre de 1870-71 – La Défense Nationale En Province (R. Chapelot et Cie, 1911)
de Collectif : La Guerre de 1870-71 – Campagne de l’Armee du Nord – IV – Saint-Quentin (R. Chapelot et Cie, 1904)
Aristide Martinien : La Guerre de 1870-1871 – La Mobilistation de l’Armee – Mouvements des dépots (L. Fournier, 1912)
Ferdinand Lecomte : Guerre franco-allemande en 1870-1871 – Tome III (Genève et Bale, 1872)
Alexandre Dupont : Les volontaires espagnols dans la guerre franco-allemande de 1870-1871 (Mélanges de la Casa de Velázquez Nº 45, 2015)
Amédée Le Faure : Histoire de la guerre franco-allemande 1870-71 – Tome I (Garnier frères, 1875)
Google.com
Wikipedia.org

 
———
 

Legion Etrangere Info boutique - bannière

Les motifs originaux inspirés par la Légion.
Découvrez-les dans notre boutique.

 

 

L’article original : Irish Company (1870–1871)

 

 

Tous nos articles en français sur la Légion :

Liste de nos articles en français sur la Légion étrangère

 

 

La page a été mise à jour le : 20 mars 2026

 

↑ Haut de la page