Cet article fait partie de : La Légion étrangère et la guerre franco-prussienne.
Armée des Vosges
L’Armée des Vosges est la plus grande et la plus connue des formations représentant les volontaires étrangers servant hors de la Légion étrangère durant la guerre franco-prussienne. Elle est formée en octobre 1870 par Giuseppe Garibaldi, républicain et révolutionnaire italien, farouche opposant de l’Empire français de Napoléon III. Il est désireux d’offrir ses services au gouvernement de la Défense nationale de Léon Gambetta, qui a remplacé l’Empire déchu. Gambetta lui confie le commandement de tous les « corps francs » (unités irrégulières de volontaires) opérant déjà dans la zone des Vosges, entre Strasbourg et Paris.
Garibaldi installe son état-major à Dole et répartit l’Armée des Vosges en quatre brigades. Deux sont commandées par ses fils, Ricciotti et Menotti, les deux autres par Cristiano Lobbia, un militaire italien, et Jozef Bossak-Hauké, un général polonais.
Au moment de l’armistice, l’Armée des Vosges compte entre 10 000 et 24 000 hommes sur le papier, comprenant à la fois des corps francs français et des volontaires étrangers – en majorité des Italiens et des Espagnols. S’y ajoutent des volontaires sud-américains venus d’Uruguay, d’Argentine et du Brésil – environ 300 hommes au total – réunis au sein de la Légion franco-montévidéenne, de la Légion franco-argentine et des Corps francs de Rio de Janeiro. Des volontaires grecs et égyptiens servent également dans cette armée.
L’Armée des Vosges opère dans l’est de la France, affrontant les forces prussiennes au cours d’une série d’accrochages et d’actions défensives. En novembre, lors de combats au nord de Dijon, la brigade de Ricciotti Garibaldi fait 200 prisonniers allemands et s’empare d’armes et de munitions.
Fin janvier 1871, Giuseppe Garibaldi s’installe avec son armée à Dijon. Les 21, 22 et 23 janvier 1871, la ville est attaquée par 4 000 Prussiens, mais les troupes de Garibaldi sortent victorieuses. De plus, elles s’emparent d’un drapeau d’un régiment allemand, supposé être l’un des deux drapeaux pris à l’ennemi durant toute la guerre.
Néanmoins, Garibaldi fait aussi l’objet de critiques. Après la fin des hostilités, une partie de l’Assemblée nationale nouvellement élue, dominée par des monarchistes conservateurs, ainsi que de hautes autorités militaires, accusent Garibaldi d’avoir agi en général politique et en traître révolutionnaire, désobéissant aux ordres et n’ayant pas porté secours à l’Armée de l’Est du général Bourbaki, ce qui aurait contribué à la défaite finale.
La tradition garibaldienne du volontariat pour la France resurgit plus de quatre décennies plus tard. En 1914, durant la Première Guerre mondiale, de nouveaux volontaires garibaldiens forment le 4e Régiment de marche (« Légion garibaldienne ») du 1er Régiment étranger. L’unité, placée sous le commandement du petit-fils de Giuseppe Garibaldi, Peppino, s’illustre en Argonne durant l’hiver 1914–1915.


Carabiniers du XIe arrondissement
Cette unité est un corps franc composé de volontaires étrangers, en majorité des Hollandais et des Belges, du XIe arrondissement de Paris, situé sur la rive droite de la Seine entre les places de la Nation, de la République et de la Bastille. L’unité est déjà active le 1er septembre 1870. Composée de 160 hommes sous les ordres du capitaine Othon, elle est rattachée au maire de l’arrondissement.
En septembre, cette compagnie est envoyée au nord de la capitale, à Senlis. Les « carabiniers » prennent part aux opérations pour freiner l’avance de l’ennemi, aux côtés de la cavalerie française. De retour à Paris, les Carabiniers du XIe arrondissement sont mis à la disposition du commandant du secteur fortifié de Saint-Denis. Ne comptant plus que deux officiers (Othon et Vithmann) et 66 hommes, l’unité est licenciée le 23 octobre 1870.
Légion des Volontaires de la France
Conçue par le général Heidenrich-Kruk, un officier polonais émigré, partisan de la formation d’une force de volontaires polonais en France, cette légion est officiellement créée à Paris le 7 septembre 1870. Formée principalement de volontaires polonais résidant dans la capitale, l’unité est placée sous le commandement du lieutenant-colonel Cailloué. L’effectif de la Légion des Volontaires de la France est fixé à 17 officiers et 259 hommes. Constituée de deux compagnies et d’un escadron (4 officiers et 83 cavaliers commandés par monsieur Fould et le capitaine d’Estampes), l’unité prend part au siège de Paris.

Légion des Amis de la France
La Légion des Amis de la France est un autre corps franc organisé à Paris et composé de volontaires étrangers. Placée sous les ordres du général Van der Meeren, un officier belge expérimenté (on l’écrit aussi Vandermeeren), l’unité est en formation depuis le 9 septembre 1870 et cantonnée dans le jardin du Palais-Royal, face au Louvre. Elle se compose en majorité de Belges et de Suisses, rejoints par des Américains, des Anglais, des Russes, des Espagnols, des Italiens et des hommes d’autres nationalités. La plupart sont d’anciens militaires. Reconnue par le nouveau gouvernement quelques jours après sa création, l’unité obtient 300 fusils britanniques Snider-Enfield. La Légion des Amis de la France est constituée de trois compagnies et compte 18 officiers et 236 hommes. Leur uniforme est en drap brun sombre, les insignes et les galons sont noirs, sans ornements métalliques, et le képi est marron. Bien disciplinée, la légion est mise à la disposition du général Achille d’Exéa-Doumerc, l’un des chefs de la défense de Paris. Servant comme éclaireurs dans les postes avancés, les « légionnaires » participent aux combats à Bourget, Groslay, Brie-sur-Marne et Villiers-sur-Marne.

Ambulances britanniques et américaines
L’engagement étranger du côté français ne se limite pas au combat. Des volontaires britanniques et américains organisent également des unités d’assistance médicale qui soignent les soldats français blessés durant le conflit.
Bien que le Royaume-Uni et les États-Unis soient restés neutres pendant la guerre franco-prussienne, leurs citoyens fournissent des ambulances et d’autres formes d’assistance médicale aux combattants et aux civils touchés par la guerre. Trois unités principales de ce type sont créées : l’Ambulance Anglaise de Richard Wallace, un résident anglais de Paris ; l’Ambulance Anglo-Américaine de James Marion Sims, docteur américain et ancien chirurgien de l’Impératrice Eugénie entre 1863 et 1866 ; et l’Ambulance Irlandaise de Charles P. Baxter, un chirurgien militaire britannique. Cette dernière est composée des hommes qui n’ont pas rejoint la Compagnie irlandaise du Régiment étranger (1870–1871).
Les ambulances et leurs détachements servent auprès des Armées du Nord et de la Loire, ainsi que durant le siège de Paris, jusqu’à la signature de l’armistice fin janvier 1871.


Compagnie d’auxiliaires hanovriens
Pendant la guerre, les éléments allemands de la Légion étrangère ne peuvent être déployés en France et doivent rester en Algérie. C’est là, curieusement, qu’une autre unité composée en réalité de sujets allemands est formée. De toutes les unités de volontaires présentées dans cet article, cette compagnie est sans doute celle qui entretient les liens les plus étroits avec la Légion étrangère.
Les hommes en question sont d’anciens soldats de la Légion hanovrienne – appelée aussi « Légion guelphique » – qui a servi le roi George V de l’ex-Royaume de Hanovre. Cet État germanique du nord-ouest de l’Allemagne a été annexé par la Prusse après la guerre austro-prussienne de 1866. La Légion guelphique se replie alors en France, où elle demeure jusqu’à sa dissolution en avril 1870. À cette date, le roi en exil n’a plus les moyens de l’entretenir, et Napoléon III refuse de la reconstituer de crainte de provoquer davantage la Prusse. Après la dissolution, les anciens soldats se dispersent : certains rentrent à Hanovre, d’autres émigrent aux États-Unis, et un certain nombre gagne l’Algérie.
Lorsque la guerre éclate trois mois plus tard, ces exilés hanovriens d’Afrique du Nord deviennent disponibles pour le service. Le 5 janvier 1871, un décret autorise la formation en Algérie d’une compagnie d’infanterie à partir de ces éléments pour la durée de la guerre.
Formée à Oran sous le nom officiel de Compagnie d’auxiliaires hanovriens, l’unité est commandée par le capitaine Petitjean, venant d’un bataillon d’infanterie légère d’Afrique. Celui-ci est accompagné du lieutenant Kreis et du sous-lieutenant Liberti, tous deux anciens membres de la Légion hanovrienne. Pour la solde, les prestations et l’uniforme, la compagnie est organisée selon les mêmes modalités que les unités d’infanterie françaises. Forte initialement d’environ 160 hommes, elle ne joue aucun rôle militaire significatif et est désarmée puis licenciée après la signature du traité de paix.
Il est probable que cette unité ait été administrativement rattachée à la portion centrale du Régiment étranger à Mascara, dans la même province d’Oran. Aristide Martinien, archiviste militaire et historien français attaché aux Archives historiques du ministère de la Guerre, la répertorie comme telle dans ses travaux fondés sur des documents d’archives — bien que cela reflète vraisemblablement un arrangement administratif à des fins logistiques plutôt qu’un lien organique avec la Légion.

Conclusion
La guerre de 1870 ébranle profondément la société française. Outre la défaite, la France perd la majeure partie de l’Alsace et une partie de la Lorraine, annexées en 1871 par l’Empire allemand nouvellement proclamé.
Ce qui demeure frappant, c’est la diversité de l’engagement étranger du côté français. L’Armée des Vosges de Garibaldi aligne des milliers d’hommes dans des opérations militaires conventionnelles dans l’est de la France. Dans Paris assiégé, de petits corps francs de volontaires hollandais, belges, polonais et d’autres nationalités participent à la défense de la capitale. Des volontaires médicaux britanniques et américains organisent des ambulances de campagne qui accompagnent les armées françaises tout au long de la guerre. En Algérie, une compagnie d’exilés hanovriens est levée pour le service en temps de guerre – ironie du sort, à un moment où les membres allemands de la Légion étrangère sont eux-mêmes interdits de combattre en France. La quasi-totalité de cet engagement se déroule hors du cadre de la Légion étrangère, bien que la Compagnie d’auxiliaires hanovriens ait pu entretenir un lien administratif ténu avec celle-ci.
Ces unités sont improvisées, souvent éphémères et d’une valeur militaire variable. Leur existence témoigne pourtant de ce que les structures formelles de l’armée française ne pouvaient aisément intégrer : une sympathie internationale vaste et spontanée envers la France à l’un de ses moments les plus critiques.
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Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Gén Grisot, Ltn Coulombon : Légion étrangère 1831 à 1887 (Berger-Levrault, 1888)
de Collectif : La Guerre de 1870-71 – La Défense Nationale En Province (R. Chapelot et Cie, 1911)
de Collectif : La Guerre de 1870-71 – Campagne de l’Armee du Nord – IV – Saint-Quentin (R. Chapelot et Cie, 1904)
Aristide Martinien : La Guerre de 1870-1871 – La Mobilistation de l’Armee – Mouvements des dépots (L. Fournier, 1912)
Ferdinand Lecomte : Guerre franco-allemande en 1870-1871 – Tome III (Genève et Bale, 1872)
Alexandre Dupont : Les volontaires espagnols dans la guerre franco-allemande de 1870-1871 (Mélanges de la Casa de Velázquez Nº 45, 2015)
Amédée Le Faure : Histoire de la guerre franco-allemande 1870-71 – Tome I (Garnier frères, 1875)
Gustave Schelle : Œuvres de Turgot – Tome III (Librairie Félix Alcan, 1919)
La Liberté journal (Septembre 1870)
La Petite Presse journal (Novembre 1870)
Le Rappel journal (Novembre 1870)
L’armée de la Loire 1870-1871
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L’article original : Other Foreign Volunteer Corps in the 1870–1871 Franco-Prussian War
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La page a été mise à jour le : 14 mars 2026
