Santa Isabel et Parras (1866)

Le 1er mars 1866 au nord du Mexique, une colonne de légionnaires s’élance à l’assaut d’une hacienda fortifiée. Quelques heures plus tard, presque tous sont morts ou prisonniers. Au même moment, non loin de là, soixante-dix de leurs camarades s’apprêtent à défendre une petite ville contre deux mille soldats ennemis – et ils tiendront quatre jours.

 
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Introduction

Au début de l’année 1866, l’aventure mexicaine de la France touche à sa fin. L’empereur Maximilien, installé sur le trône par Napoléon III, voit son empire s’effriter. Les États-Unis, à peine sortis de leur guerre civile, refusent de reconnaître le régime impérial à leurs frontières et soutiennent les républicains de Benito Juárez (les « juaristes »). Des rumeurs circulent : la France va retirer ses troupes – et peut-être céder la Légion étrangère au Mexique, comme elle l’avait fait avec l’Espagne trois décennies plus tôt.

Le Régiment étranger, représentant alors l’ensemble de la Légion, combat au Mexique à partir de 1863. Peu après son arrivée dans le pays, les légionnaires marquent l’histoire de manière indélébile lors de la bataille de Camerone (le 30 avril 1863), qui deviendra plus tard un élément fondamental de l’identité de la Légion étrangère.

Au début de 1866, le régiment, fort de cinq bataillons, est déployé sur un axe nord-sud : San Luis de Potosí, Matehuala, Saltillo. C’est depuis cette dernière ville que le général Jeanningros, ancien chef de corps promu à ce grade tout en conservant le commandement de l’unité, dirige les opérations.

Le 1er février 1866, la petite ville de Parras, située à environ 150 kilomètres à l’ouest de Saltillo, tombe aux mains des juaristes. Le commandant de Brian, du Régiment étranger, reçoit l’ordre de la reprendre. Le 20 février, il y entre avec quatre compagnies de son 2e bataillon : l’ennemi s’est retiré à son approche. De Brian réinstalle l’administration du préfet Maximo Campos et organise la défense de la localité.

Mais les républicains ne renoncent pas. Le 24 février, les contingents dirigés par Treviño, Naranjo et Ruperto Martinez convergent vers la région. En tout, environ 1 200 cavaliers et 700 fantassins – aguerris, bien armés, disciplinés. Le 28 février au soir, ils se regroupent au nord de Parras.

 

Le commandant de Brian

L’homme qui commande à Parras n’est pas un novice. Paul-Amable de Brian est né à Paris le 27 octobre 1828. Sorti de Saint-Cyr en 1849, il a été affecté immédiatement au 2e Régiment de la Légion étrangère. Dix-sept ans de service, trois campagnes : l’Algérie contre les Kabyles, la Crimée où il fut blessé lors du siège de Sébastopol, l’Italie en 1859.

En 1862, désirant participer à l’expédition du Mexique, il avait quitté temporairement la Légion pour le 62e Régiment de ligne. Début 1864, il était revenu à la Légion comme chef du 3e bataillon. En février 1865, il avait participé à la prise d’Oaxaca. Deux fois décoré – chevalier de la Légion d’honneur en 1851, officier en 1863 –, deux fois cité à l’ordre du corps expéditionnaire du Mexique.

À trente-sept ans, de Brian est un officier respecté, considéré comme intelligent et courageux, qui a mené ses hommes à travers de nombreux combats acharnés en Amérique. Personne n’imagine la fin peu glorieuse qui l’attend.

 
Amerique - Mexique - Parras - carte

Amerique - Mexique - Parras - carte

 

Santa Isabel – La nuit et l’aube

 

La décision

Le 28 février au soir, des « exploradores » – éclaireurs mexicains alliés – viennent avertir de Brian que 1 500 à 2 000 juaristes ont pris position à Santa Isabel, à environ 13 km au nord. Le préfet Campos lui déconseille d’attaquer : la position est presque inexpugnable, mieux vaut attendre que l’ennemi s’approche de la ville pour exécuter une sortie vigoureuse.

De Brian hésite. Il accepte d’abord ce conseil. Mais ses officiers insistent – leur honneur est engagé. Et de Brian lui-même ne peut accepter l’idée de rester passif. Il déclare : « J’ai ordre de ne pas sortir, mais à moins de me déshonorer, je ne puis permettre que l’ennemi vienne m’insulter à 3 lieues de Parras. »

Il décide d’attaquer de nuit, espérant compenser son infériorité numérique par la surprise.

 

La colonne

À minuit, la colonne quitte Parras. Elle compte huit officiers et 177 légionnaires, renforcés par environ 400 Mexicains – infanterie et cavalerie – sous les ordres du préfet Campos.

L’ordre de marche : le lieutenant Jean Ravix et sa compagnie de voltigeurs (troupes d’élite légères) en tête, puis l’infanterie mexicaine, la 4e compagnie du lieutenant Abraham Schmidt (ancien légionnaire d’origine suisse, promu officier), la cavalerie mexicaine, les bagages avec l’ambulance du docteur Rusthégo, et enfin la 3e compagnie en arrière-garde, sous les ordres du capitaine Moulinier.

Pour garder Parras, de Brian laisse le lieutenant Bastidon avec 44 légionnaires de la 5e compagnie et 26 hommes du Train des Équipages (unité de logistique et de transport) du sous-lieutenant Dode. Soixante-dix hommes en tout – pour la plupart malades ou convalescents, inaptes à la marche.

 

La marche

Vers une heure du matin, la colonne atteint l’hacienda de San Lorenzo, à mi-chemin. Un avant-poste ennemi tire quelques coups de feu et se replie. L’alerte est donnée – la surprise est compromise.

Le commandant fait une halte d’une heure pour reposer ses hommes. Puis la marche reprend. Vers trois heures, la colonne prend position à quelques centaines de mètres de Santa Isabel. Les voltigeurs à gauche, l’infanterie mexicaine au centre, la 4e compagnie à droite, la cavalerie et les bagages à l’arrière, la 3e compagnie en réserve.

De Brian se place personnellement avec les voltigeurs et part sur l’aile gauche, méditant sans doute une attaque simultanée sur les deux flancs de l’ennemi. Il fait nuit noire. Les hommes se couchent à terre, avec ordre de ne pas tirer.

 
Amerique - Mexique - Parras - Map

 

L’assaut

À peine l’horizon se teinte-t-il des premières lueurs de l’aube – vers quatre heures et demie – que le clairon sonne la charge.

C’est alors que les erreurs s’accumulent.

Première erreur : la distance. Le préfet Campos, qui sert de guide, a estimé qu’il y avait deux cents mètres jusqu’à l’hacienda. En réalité, il y en a peut-être huit ou neuf cents. Les hommes doivent parcourir cette distance au pas de charge, en terrain découvert.

Deuxième erreur : le terrain. Une barranca – un lit de cours d’eau à sec, aux berges abruptes, souvent rocheuses – barre la route aux voltigeurs sur la gauche. Ils sont contraints de se rabattre vers le centre, se mêlant aux autres unités. Une deuxième barranca, à droite, complète le piège en forme d’entonnoir. Les compagnies s’enchevêtrent.

Les hommes arrivent à la hacienda essoufflés, en désordre, épuisés par cette course imprévue. Et le jour se lève.

 

Le mamelon

C’est alors qu’ils découvrent, sur leur gauche, le mamelon – une colline d’environ soixante mètres de haut, couronnée d’une croix, garnie de plus de cent tireurs bien embusqués derrière des parapets naturels de rochers.

De Brian, malgré l’épuisement de ses hommes, ordonne l’assaut. Il n’y a plus d’autre choix : il faut prendre cette hauteur pour dominer l’hacienda.

Le commandant est frappé d’une balle après quelques dizaines de mètres seulement. Les deux bras brisés, il ne peut plus continuer. Un autre ancien légionnaire – le sous-lieutenant Antoine Royaux de la 3e compagnie – est tué raide, une balle en plein front. Le lieutenant Schmidt s’effondre, mortellement atteint.

Malgré tout, l’assaut se poursuit. L’adjudant Gravériaux et le tambour-maître parviennent jusqu’à la croix au sommet du mamelon – mais sont tués aussitôt. Trois fois les légionnaires tentent l’escalade, trois fois ils sont repoussés, trois fois ils reprennent la charge.

Le capitaine Cazes, adjudant-major du bataillon, tente de contourner la position par l’ouest avec une cinquantaine d’hommes. Il est sur le point d’atteindre le sommet. L’ennemi commence à lâcher pied.
 

1866 - Santa Isabel et Parras - Légion étrangère - Amerique - Mexique - Parras - Santa Isabel - hacienda - croquis
Croquis original présentant l’implantation au sol de l’hacienda de Santa Isabel, avec le mamelon situé à l’arrière ; une vue de côté figure également en haut. Extrait du JMO d’époque du Régiment étranger.

 

Le cri fatal

C’est alors qu’une voix s’élève, venant de l’hacienda. Une voix qui crie en français : « En retraite ! »

On saura plus tard que ce cri a été poussé par un déserteur du 62e de ligne – un certain Albert, désormais au service de l’ennemi. Ironie du sort : le 62e était le régiment où de Brian avait servi en 1862-1863, avant de revenir à la Légion.

Les légionnaires, surpris, hésitent. Et à cet instant précis, la cavalerie ennemie – jusque-là dissimulée derrière le mamelon – débouche au galop et prend position pour barrer la voie de retraite entre les deux barrancas. La nasse est fermée.

La cavalerie mexicaine alliée, qui n’a pas tiré un seul coup de feu, tourne bride et s’enfuit sur la route de Parras. L’infanterie mexicaine, elle, a disparu depuis longtemps – elle s’était débandée dès le début de la bataille.

 

La fin

Sur six cents combattants au départ, il n’en reste guère plus d’une centaine : quelque quatre-vingt-dix légionnaires encore en état de combattre, et une vingtaine de Mexicains fidèles et résolus, commandés par le capitaine Eichmann (ancien sous-officier de la Légion).

Cette poignée d’hommes reflue vers la route. C’est une tentative vaine de trouver un point où se regrouper, sous le feu d’un ennemi qui les déborde de toutes parts. Le terrain est plat et la cavalerie juariste, plusieurs fois supérieure en nombre, dispose d’un avantage évident.

Le commandant de Brian, avec ses bras brisés, est soutenu par le sergent Racle. Tentant de rejoindre la route, ils sont assaillis par huit ou dix cavaliers. Racle, qui n’a que sa baïonnette pour se défendre, est tué le premier. De Brian, qui avait lancé cette expédition pour ne pas être déshonoré, est achevé ensuite – sans même pouvoir se défendre.

Cependant, le combat inégal se poursuit. Le capitaine Cazes est tué au passage du ruisseau qui coule devant l’hacienda.

Le capitaine Moulinier forme un carré avec quatre voltigeurs. En vain. Tous les cinq succombent sous le nombre.

Le lieutenant Ravix, entouré d’ennemis, refuse de se rendre. Il vide son revolver jusqu’à la dernière cartouche, continue de combattre au sabre. Son corps sera retrouvé affreusement mutilé.

Le docteur Rusthégo, qui a établi son ambulance au pied des murs de l’hacienda, est attaqué, blessé, puis sauvagement achevé – par le même Albert qui a crié « En retraite ! ».
 

1866 - Santa Isabel et Parras - Légion étrangère - Amerique - Mexique - Regiment Etranger - commandant de Brian
Le commandant de Brian, héros tragique de la bataille de Santa Isabel. Officier de longue date de la Légion étrangère, vétéran de quatre grandes campagnes françaises et réputé courageux et intelligent, une seule erreur anéantit son unité comme sa propre réputation ; il finit obscurément, dans l’oubli de l’histoire.

 

La barranca

Il ne reste qu’une soixantaine de légionnaires valides, dont la moitié déjà blessés. Le sergent Desbordes des voltigeurs prend le commandement. Il les fait descendre dans une barranca qui longe la route et les fait progresser à l’abri des berges escarpées, qui interdisent à la cavalerie toute charge directe.

Cent, deux cents, trois cents mètres – ils avancent en bon ordre, fusillant tout ennemi qui apparaît au sommet des parois. L’espoir renaît.

Puis, soudain, une paroi infranchissable se dresse devant eux. C’est une impasse.

Pendant une heure, adossés aux parois de la barranca, quelques dizaines de légionnaires tiennent tête à des centaines d’assaillants. Mais les munitions diminuent vite, et le feu faiblit peu à peu.

Les Mexicains en profitent et changent de tactique. Du haut des berges, les légionnaires sont désormais bombardés sans merci de pierres et de blocs de terre durcie. La résistance se brise.

Vers sept heures et demie, trois heures après la sonnerie de la charge, tout est fini. Un par un, les survivants sortent de la barranca et sont faits prisonniers.

 

Le bilan

Les pertes sont lourdes. Sur 185 officiers et légionnaires engagés, 102 sont morts – dont sept officiers sur huit. Quarante légionnaires sont blessés. Un seul homme a réussi à s’échapper : l’ordonnance du capitaine Cazes, dont l’infirmité l’avait empêché de participer à la charge.

Le seul officier survivant est le sous-lieutenant Moutiez, un jeune homme qui commandait la garde des bagages. Cependant, il meurt en captivité deux jours plus tard, le 3 mars.

Les blessés trouvés sur le mamelon et au pied de l’hacienda sont achevés par l’ennemi dans la fureur du combat. Ceux de la barranca ont davantage de chance – leurs vies sont épargnées. Mais une longue marche dans des conditions insupportables les attend – huit à dix jours à travers le désert de Massimi, presque sans eau ni nourriture, sous un soleil brûlant, sans qu’on puisse soigner leurs blessures.

Le premier véritable soin ne leur est appliqué que le neuvième jour, à Cuatro Ciénegas. Une grande partie des blessés ne survit pas à ces épreuves.

 

Le capitaine Cazes

Le capitaine J. Cazes, adjudant-major du 2e bataillon, n’est pas un inconnu dans l’histoire de la Légion. Trois ans plus tôt, il commandait la 3e compagnie du 1er bataillon – celle-là même qui allait s’immortaliser à Camerone le 30 avril 1863. Mais ce jour-là, Cazes se remettait d’une blessure. C’est un autre adjudant-major, le capitaine Danjou, qui le remplaça à la tête de la compagnie et mena ses soixante-deux légionnaires au combat contre deux mille Mexicains.

Danjou tomba à Camerone, entrant dans la légende. Cazes survécut – pour mourir trois ans plus tard à Santa Isabel, dans des circonstances étrangement similaires : une poignée de légionnaires contre une masse d’ennemis, une hacienda fortifiée, un combat désespéré.

La mort héroïque que le destin lui avait épargnée à Camerone le rattrapa finalement à Santa Isabel. Mais tandis que Camerone devint le symbole de la Légion, Santa Isabel sombra dans un relatif oubli. Cazes, qui aurait pu être Danjou, reste aujourd’hui dans l’ombre de son ami qui le remplaça.
 

1866 - Santa Isabel et Parras - Légion étrangère - Amerique - Mexique - Santa Isabel - Partisans - cavalerie
Cavalerie ennemie mexicaine, vers 1865.

 

Parras – La défense

 

L’annonce

Tandis que les derniers survivants de Santa Isabel sortent de la barranca, le lieutenant Bastidon attend des nouvelles à Parras. La nuit s’est écoulée sans incident. Le jour se lève, tout semble calme.

Puis, à peine le soleil surgit-il au-dessus de l’horizon, des cavaliers affolés traversent la ville au grand galop. Ce sont les Mexicains alliés qui ont fui le champ de bataille. Sans s’arrêter, ils crient des phrases incohérentes : « Tout est perdu, tous les Français sont morts… Sauvez-vous… Fuyez… Deux mille juaristes arrivent ! »

Bastidon fait arrêter quelques-uns de ces fuyards, les interroge. Ils confirment la nouvelle, ajoutent des détails plus ou moins fantaisistes à son horreur. Pendant une heure, cette horde paniquée traverse la ville.

L’officier refuse d’abord de croire au désastre. Puis un dernier groupe annonce que l’ennemi se dirige sur Parras. Il est contraint de se rendre à l’évidence.

Bastidon est maintenant seul avec ses soixante-dix hommes – pour la plupart malades ou convalescents – face à près de deux mille ennemis.

 

Le lieutenant Bastidon

Louis Émile Bastidon a vingt-huit ans. Il est chevalier de la Légion d’honneur. En novembre 1865, lors d’un audacieux coup de main du commandant de la Hayrie (ancien chef du 2e bataillon) sur Monterrey, il a été grièvement blessé. Caché dans une famille française jusqu’à l’arrivée des renforts, il n’a pas encore complètement récupéré.

C’est précisément pour cela qu’il commande à Parras : la plupart de ses hommes, comme lui, sont inaptes à la marche forcée. C’est une garnison de convalescents.

Mais le lieutenant n’est pas homme à se rendre.

 

La défense

Après avoir envoyé quelques cavaliers – récupérés à grand mal – vers Saltillo, Bastidon rallie sa petite garnison. Il leur explique qu’il s’agit maintenant « non seulement d’empêcher la destruction de la ville, mais encore de servir de point de ralliement aux quelques fuyards échappés au désastre ».

Il s’est barricadé dans l’un des rares bâtiments en pierre de la ville, aménagé en réduit, et décide de tenir jusqu’au dernier homme.

À partir de huit heures, l’encerclement méthodique de la ville commence. Les deux mille juaristes se concentrent peu à peu autour de la minuscule garnison. À midi, l’ennemi bloque complètement la place.

 

Les trois sommations

Première sommation (vers midi) : Un colonel mexicain, aide-de-camp du général Herrera, fait parvenir à Bastidon une proposition. Il l’informe du désastre de Santa Isabel, lui offre toutes les garanties accordées aux prisonniers de guerre s’il consent à se rendre.

Bastidon – face à près de deux mille ennemis – ne répond pas.

Deuxième sommation (vers quinze heures) : Cette fois, c’est une lettre signée par le général Herrera lui-même, dans les mêmes termes.

Bastidon
fait répondre : « Si le général Herrera nous veut, qu’il vienne nous prendre ! »

Troisième sommation (peu après) : Un nouveau parlementaire s’approche.

Bastidon lui crie du haut de la terrasse : « Inutile ! Si vous m’envoyez encore quelqu’un, je tire dessus ! »

 

La ruse et l’attente

Mais Bastidon sait qu’il ne peut pas tenir par la seule force. Il emploie donc la ruse. Il fait monter sur la terrasse du bâtiment un obusier de montagne, bien en évidence. Le transport des munitions ne fatigue personne : il n’y en a pas. L’obusier est vide. Mais l’ennemi ne le sait pas – et stoppe son mouvement. Seuls quelques cavaliers sortent au galop de l’abri des maisons, lâchent un coup de feu et disparaissent.

Le soir du 1er mars, les assaillants crient qu’ils vont chercher des pièces d’artillerie pour écraser cette résistance absurde. Mais l’aube du 2 mars ne voit pas d’assaut décisif. L’étreinte se desserre peu à peu. De même le 3 et le 4 mars.

Trois jours et trois nuits de tension. Pourquoi l’ennemi n’attaque-t-il pas ? Peut-être se souvient-il des pertes subies à Camerone, en s’acharnant contre une poignée de légionnaires refusant de se rendre ?

Le 5 mars au matin, la colonne de secours du commandant Saussier (1er bataillon), venue de Saltillo, disperse les derniers éléments ennemis. Les soixante-dix hommes du lieutenant Bastidon – tous indemnes – accueillent leurs camarades.

En avril, le lieutenant Bastidon est promu capitaine et prend le commandement de la 3e compagnie – en remplacement de Moulinier tué à Santa Isabel. En quelques semaines, la nouvelle de la défiance de sa petite garnison se répand dans la presse française, lui valant une notoriété. Il quitte le Mexique en février 1867, après quatre années de combats incessants.
 

1866 - Santa Isabel et Parras - Légion étrangère - Amerique - Mexique - Parras - Lieutenant Bastidon
Le lieutenant Bastidon. Comme de Brian, il rejoint dès sa sortie de l’école militaire le 2e Régiment étranger (2e RE), avec lequel il participe aux campagnes d’Algérie, d’Italie et du Mexique. Officier audacieux, dont le sang-froid et l’ingéniosité contribuèrent à protéger son petit détachement face à une force ennemie d’environ 2 000 hommes à Parras, au début de mars 1866, il devint ensuite le plus jeune lieutenant-colonel de France (en 1877).

 

Conclusion

 

Les leçons

Que retenir de Santa Isabel ?

La bataille de Santa Isabel apparaît à première vue comme un cas classique d’échec tactique causé par un commandant mû par l’émotion – un officier piqué au vif par l’audace d’un ennemi campant à quelques lieues seulement d’une garnison de la Légion, son jugement obscurci par l’orgueil blessé et l’insistance de ses subordonnés que l’honneur exigeait d’agir.

Mais cette lecture est trop simple. Le commandant de Brian était un vétéran de quatre années au Mexique. Il avait mené les siens à travers de nombreux combats acharnés. Comme l’observera plus tard l’un des sous-officiers survivants, les juaristes rompaient et se dispersaient habituellement au premier choc d’un assaut. De Brian comptait sans doute sur ce schéma une fois de plus. Cependant, le désir de porter un nouveau coup dur à l’ennemi, comme lui et ses hommes l’avaient fait tant de fois auparavant, lui fut cette fois fatal.

Les légionnaires, quant à eux, combattirent comme combattent les légionnaires. Même face à une destruction inévitable, ils prouvèrent une fois de plus leur courage et leur ténacité. L’échec de ce matin-là n’était pas le leur. Il résidait dans la décision qui les avait envoyés là-bas, et dans l’arithmétique cruelle de la guerre : trop de choses tournant mal en même temps.

Ainsi, une mission qui avait commencé comme un raid nocturne de routine se transforma en la défaite la plus sanglante que la Légion ait subie au Mexique.

 

La mémoire

Santa Isabel, en raison de son issue tragique, est devenu un événement qui ne fait pas l’objet de commémoration officielle. Bien au contraire. Cette bataille malheureuse éclipsa partiellement, en son temps, l’héritage de la légendaire bataille de Camerone – qui allait plus tard devenir la pierre angulaire de l’esprit de corps de la Légion – et ébranla l’image des légionnaires comme guerriers invincibles. De plus, elle survint au pire moment possible : alors même que Paris décidait si l’aventure mexicaine valait encore la peine d’être poursuivie.

Pourtant, l’histoire ne s’écrit pas seulement par les victoires. Santa Isabel et Camerone eurent lieu à trois ans d’intervalle, contre le même ennemi, dans la même guerre. À Camerone, soixante-cinq hommes tinrent jusqu’au bout contre deux mille et entrèrent dans la légende. À Santa Isabel, moins de deux cents hommes attaquèrent mille neuf cents et furent perdus.

Que dire de plus ? Les deux batailles font partie de l’histoire de la Légion. L’une est célébrée chaque année. L’autre est rappelée ici.
 

1866 - Santa Isabel et Parras - Légion étrangère - Amerique - Mexique - Santa Isabel - Monument
Le monument de Santa Isabel, en mémoire de la bataille tragique de 1866. À gauche, on distingue nettement le mamelon – au pied duquel se trouvait l’hacienda en 1866 – et que les légionnaires tentèrent de prendre lors de plusieurs charges à la baïonnette, en vain et au prix de lourdes pertes.

À la mémoire des 102 officiers et légionnaires tombés à Santa Isabel – et en l’honneur des 70 hommes qui ont tenu Parras.

 
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Principales sources d’informations :
Képi blanc revues
Vert et Rouge revues
Revue Militaire Suisse revues
Gén Grisot, Ltn Coulombon : Légion étrangère 1831 à 1887 (Berger-Levrault, 1888)
Colonel J.-L. Villaume : D’Orizaba à Parras, les équipages militaires au Mexique de 1862 à 1866 (Revue historique des Armées, 1978)

 
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L’article original : 1866 Battle of Santa Isabel

 

 

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La page a été mise à jour le : 2 mars 2026

 

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