Crash d’hélicoptère à Djibouti en mai 1976

Fin mai 1976, lors d’un exercice militaire dans la Corne de l’Afrique, un hélicoptère transportant des éléments de la Légion étrangère s’écrase au sol. Outre deux membres d’équipage, six légionnaires sont tués sur le coup ; deux autres succomberont à leurs blessures quelques jours plus tard. D’autres légionnaires sont grièvement blessés. Il s’agit alors de l’accident le plus meurtrier pour la Légion depuis la fin de la guerre d’Algérie en 1962. Bien que largement oublié aujourd’hui, y compris en France, ce triste événement et ses victimes méritent d’être rappelés.

Djibouti - Legion - GOLE - Hélicoptère - Crash - 1976

 

Contexte

L’année 1976 commence bien pour la Légion étrangère. Début février, ses légionnaires prennent part à la mission de sauvetage des otages de Loyada, couronnée de succès et largement relayée par les médias. Il s’agissait de libérer 31 enfants français enlevés par des rebelles somaliens à Djibouti, capitale de ce qui était alors le Territoire français des Afars et des Issas (TFAI, anciennement Côte française des Somalis). Depuis 1977, le pays porte le nom de Djibouti. Situé dans la Corne de l’Afrique, il est frontalier de l’Éthiopie, de l’Érythrée et de la Somalie.

Pour soutenir la mission de sauvetage, une force d’intervention de la Légion est mise en alerte : le Groupement opérationnel de la Légion étrangère (GOLE). Unité interarmes, de la taille d’un bataillon, le groupement est commandé par le chef de bataillon Michel Guignon. Créé en 1971, il est stationné à Bonifacio, en Corse. Depuis 1972, il est rattaché au 2e Régiment étranger (aujourd’hui 2e REI), également implanté en Corse à l’époque.

Le GOLE quitte la France le 5 février 1976. En réalité, seuls le PC, la 6e compagnie et le 4e escadron du 1er Régiment étranger de cavalerie (1er REC) sont déployés. Lorsque les unités arrivent dans le TFAI/Djibouti, la mission de Loyada est déjà terminée. Néanmoins, un nouvel ordre tombe : le GOLE doit rester dans le pays pendant les quatre mois suivants (une mission dite de courte durée, MCD), afin de renforcer la présence militaire française dans la région. Les légionnaires du GOLE (surnommés GOLEmen) participeront à des manœuvres militaires et effectueront des patrouilles frontalières aux côtés de leurs camarades de la 13e DBLE (Demi-brigade de Légion), unité stationnée en permanence à Djibouti depuis 1962.

 
Afrique - Djibouti - TFAI - carte

GOLE - Groupement opérationnel de Légion étrangère - Djibouti - TFAI - 1976
Plaque du GOLE au camp de l’unité dans le TFAI/Djibouti, 1976.
2e REI - 2 REI - GOLE - Groupement opérationnel de Légion étrangère - Grand Bara - Djibouti - TFAI - 1976
Le GOLE et ses véhicules dans le désert du Grand Bara (TFAI/Djibouti), 1976.

 

Crash d’hélicoptère du GOLE

Le 24 mai 1976, un exercice à tir réel combiné à un héliportage se déroule dans le TFAI/Djibouti. Les légionnaires du GOLE doivent être transportés par hélicoptère d’Arta vers un champ de tir militaire situé à Holhol (parfois orthographié Holl Holl), à environ 25 km au sud. Arta est une petite ville du sud-est du pays, à quelque 30 km à l’ouest de la capitale. Le PC et la 6e compagnie du GOLE y sont stationnés à l’époque.

Le transport est assuré dans la matinée par trois hélicoptères (SA 330B Puma) du Détachement de l’aviation légère de l’armée de Terre (DETALAT) de Djibouti. La première rotation embarque la section de mortiers (de la compagnie de commandement du GOLE). Les Puma quittent Arta vers 7 h 15 et suivent une route directe et classique vers le site d’exercice. Ils sont de retour environ une demi-heure plus tard, sans incident.

La seconde rotation transporte la 3e section de la 6e compagnie. Les trois Puma quittent Arta vers 7 h 45. Cette fois, cependant, ils doivent emprunter un itinéraire tactique en vol à basse altitude sur plusieurs kilomètres, le long du thalweg de Djadjaboka, un lit de rivière asséché qui ne contient de l’eau qu’en cas de fortes pluies.

Douze minutes plus tard, à 7 h 57, alors qu’ils approchent de Holhol, à environ 2 km, l’accident se produit. Le deuxième Puma de la formation, avec à son bord trois membres d’équipage et douze légionnaires, s’écrase dans le thalweg et s’enflamme. L’enquête ultérieure établira qu’au fond du thalweg, à cette heure matinale, la portance de l’air n’était plus suffisante. Le Puma a ainsi perdu de l’altitude et son rotor arrière a heurté une touffe de kékés (arbustes typiques du pays munis de longues épines) avant de se briser.

Alors que le Puma perd de l’altitude, un légionnaire parvient à sauter de l’appareil avant l’impact. Sous la violence du choc, le pilote et plusieurs autres légionnaires sont éjectés de l’épave. Malgré ses blessures, le légionnaire qui a sauté réussit à extraire trois de ses camarades grièvement brûlés de l’hélicoptère en flammes. Mais deux membres d’équipage et six légionnaires ne peuvent être sauvés et trouvent la mort dans l’incendie, dont le sergent-chef Smajil Zolic, adjoint au chef de section.

Parmi les survivants, quatre légionnaires sont grièvement blessés. Ils sont évacués et transportés en France quelques heures plus tard, pour être hospitalisés à l’hôpital militaire de Paris.

Deux des légionnaires grièvement blessés succomberont par la suite à leurs blessures. Les deux autres survivent et, après leur rétablissement, se retirent à Puyloubier, à l’Institution des Invalides de la Légion étrangère (IILE). [1]

1. Témoignage du général Vittorio Tresti, alors commandant de la 6e compagnie, recueilli fin mars 2019 et fourni à l'auteur de cet article par Roberto Castiglioni.
 

GOLE - Groupement opérationnel de la Légion étrangère - Djibouti - TFAI - 1976 - le crash - carte
Carte du lieu de l’accident, survenu près de Holhol le 24 mai 1976.

GOLE - Groupement opérationnel de la Légion étrangère - Djibouti - TFAI - 1976 - exercice - hélicoptère - PUMA - 1976
Un hélicoptère Puma lors d’un exercice du GOLE dans le TFAI/Djibouti, 1976.

 

Victimes

Les légionnaires et membres d’équipage suivants ont été tués dans le crash, ont succombé à leurs blessures peu après, ou ont été grièvement blessés :

6 légionnaires tués :

  • Sergent-chef Smajil ZOLIC – adjoint au chef de section
  • Caporal-chef Julien COLETT
  • Légionnaire Alois BRUNNER
  • Légionnaire Joseph GALIESER
  • Légionnaire Pierre GAUMONT
  • Légionnaire René LARIER

 
4 légionnaires grièvement blessés :

  • Légionnaire Ruddy BRUNNER (Allemand)
  • Légionnaire CHARBONNEL (Belge)
  • Légionnaire ROAGNA (Espagnol)
  • Légionnaire ZIEGLER (Autrichien)

Deux de ces légionnaires grièvement blessés sont décédés par la suite. Leur identité demeure toutefois inconnue.

 
2 membres d’équipage tués de l’hélicoptère accidenté du DETALAT :

  • Adjudant Jean-Louis DUBOST
  • Maréchal des logis-chef Christian BAIXAS

 

GOLE - Groupement opérationnel - Légion étrangère - 1976 - Smajil Zolic
Le sergent-chef Smajil Zolic. Né en Yougoslavie, à la Légion depuis 1964. Ancien du 2e REP, il combat au Tchad de 1969 à 1970, lors de l’opération Limousin. Champion du monde de pentathlon militaire et père de trois enfants, il trouve la mort dans le crash du 24 mai 1976. Aujourd’hui, son nom est gravé sur le mur du Mémorial du camp Raffalli, au 2e REP.

GOLE - Groupement opérationnel - Légion étrangère - 1976 - Victimes - Legionnaires tues
Les six légionnaires du GOLE tués dans le crash. De gauche à droite : Smajil Zolic (1), Julien Colett (2), Alois Brunner (3), Pierre Gaumont (4), René Larier (5) et Joseph Galieser (6), le plus jeune membre du GOLE à l’époque. À noter, Brunner, Larier et Galieser venaient de terminer leurs quatre mois d’instruction avant de rejoindre le GOLE et d’être déployés dans le TFAI/Djibouti. L’identité des deux légionnaires décédés des suites de leurs blessures demeure inconnue.
GOLE - Groupement opérationnel - Légion étrangère - 1976 - Djibouti - cimetiere - morts - 1976
Hommage aux légionnaires tombés au cimetière militaire de Djibouti, le 26 mai 1976. Le commandant Guignon prononce l’éloge funèbre.

 

Conclusion

Malgré la gravité de l’accident et le nombre de ses victimes, l’événement sera quasiment oublié au cours des décennies suivantes. En 2018 encore, il n’existait pas un seul texte en français sur internet traitant de cette tragédie, à l’exception d’un commentaire de forum de 2016 traduisant la version originale du présent article.

Il y a peut-être une raison à cela. Six ans plus tard, un autre accident aérien coûtant la vie à des légionnaires survient à Djibouti : l’accident du Mont Garbi de 1982. Il s’agit d’un incident bien connu, largement couvert par les médias et commémoré chaque année. Il a pu éclipser le crash de 1976.

Quoi qu’il en soit, ces deux accidents aériens demeurent les événements les plus meurtriers survenus au sein de la Légion étrangère depuis la fin de la guerre d’Algérie en 1962.

L’opération dans le TFAI/Djibouti est la seule intervention rapide à laquelle le GOLE ait jamais participé. L’unité est dissoute un an plus tard, mi-1977, et ses compagnies de combat sont intégrées au 2e RE (ultérieurement rebaptisé 2e REI).
 

2e RE - 2 RE - GOLE - Groupement opérationnel - Légion étrangère - 6e compagnie - 1975 - insigne
L’insigne de la 6e compagnie du GOLE (2e compagnie du 2e REI aujourd’hui). Créé en Corse en 1975 par le capitaine Tresti.

2e RE - Groupement opérationnel - Légion étrangère - Djibouti - TFAI - GOLE - Fanion - Guignon - 1976
Le chef de bataillon Michel Guignon (à droite), alors commandant du GOLE, suivi de la garde au fanion de l’unité, dans le TFAI/Djibouti en 1976. Guignon sert à la Légion depuis 1956. Chef de section au célèbre 1er REP (1958-1961), il commandera également le 2e REP (1980-1982). Par un remarquable coup du sort, les deux accidents aériens les plus tragiques de l’histoire de la Légion depuis 1962 surviennent à Djibouti et sous son commandement (au GOLE en 1976, et au 2e REP en 1982). À noter, le porte-fanion du GOLE est l’adjudant-chef Zeltinger, un légionnaire allemand qui s’est porté volontaire pour sauter sur Dien Bien Phu en avril 1954.
GOLE - Accident - TFAI - Djibouti - 1976 - pierre commémorative - Corse - Bonifacio - 1979
Une image rare de la stèle commémorative originale dédiée aux victimes, dans le cimetière de la Légion à Bonifacio, en Corse (garnison du GOLE de 1971 à 1977). La photo a été prise en 1979 par Roberto Castiglioni et publiée avec son aimable autorisation.
GOLE - Accident - TFAI - Djibouti - 1976 - pierre commémorative - Corse - Bonifacio - 1989
Un légionnaire du 1er REC répare la stèle commémorative originale, lors de la rénovation complète du cimetière de la Légion à Bonifacio, octobre-novembre 1989.
GOLE - Accident - TFAI - Djibouti - 1976 - Crash - Plaque commémorative - Bonifacio
La plaque commémorative actuelle du crash d’hélicoptère de 1976, dans le cimetière de la Légion à Bonifacio. La plaque a probablement été réalisée et installée aux alentours de 2010.
GOLE - Accident - TFAI - Djibouti - 1976 - Memorial Stone - Bonifacio - 2013
La stèle commémorative originale dans le cimetière de la Légion à Bonifacio, en septembre 2013. La photo a été prise et fournie à notre site par Roberto Castiglioni.

 
 
———
 

Remerciements particuliers:
Je remercie vivement Roberto Castiglioni pour son aide à la rédaction de cet article, ainsi que le général Vittorio Tresti.

 
———
 

Principales sources d’informations:
Képi blanc revues (1976)
Colonel Jean-Jacques Noirot: A tous les oubliés (ASAF, novembre 2019)
Mémorial GenWeb
Aéorostèles
Google Maps

 
 
———
 

Legion Etrangere Info boutique - bannière

Les motifs originaux inspirés par la Légion.
Découvrez-les dans notre boutique.

 

 

L’article original : GOLE: 1976 Djibouti Helicopter Crash

 

 

Sur le même sujet:
Prise d’otages de Loyada en 1976
Accident du Mont Garbi de 1982

…ou voyez…

Tous nos articles en français sur la Légion étrangère

 

 

La page a été mise à jour le : 24 mai 2026

 

↑ Haut de la page