Général Paul-Frédéric Rollet

Dans la matinée du 17 décembre 1899, un jeune lieutenant débarque pour la première fois en Algérie. Ce lieutenant s’appelle Paul-Frédéric Rollet. Il n’a que 24 ans. En fin de journée, il rejoint Sidi Bel Abbès, la garnison principale de la Légion étrangère et du 1er Régiment étranger (1er RE) de l’époque.

 
Général Paul-Frédéric Rollet - Historique - Général Rollet - Légion étrangère

 

Né le 20 décembre 1875 à Auxerre, où son père servait comme capitaine au 46e Régiment d’Infanterie, Paul-Frédéric Rollet suit les traces de son père en intégrant une carrière militaire ; c’est ainsi qu’il entre à Saint-Cyr en octobre 1894. Nommé sous-lieutenant deux ans après, il est affecté au 91eme Régiment d’Infanterie où il doit rester deux années. Mais le jeune officier se lasse vite de la vie de garnison en France. Il est attiré par les conquêtes coloniales de la France au Tonkin, en Afrique Occidentale et Équatoriale, à Madagascar et par la pacification des confins algéro-marocains. Ces conquêtes l’entraînent à rejoindre l’une des unités opérant dans ces territoires lointains.

Aussi, nouvellement nommé lieutenant, il obtient la permission d’aller servir à la Légion étrangère en Afrique du Nord, mission qu’il ne quittera qu’aux heures tragiques de 1914.

Après un court passage au sein de la 21e compagnie en tant qu’instructeur des recrues, le lieutenant Rollet est affecté en janvier 1900 à la compagnie montée du II/1er RE au Sud-Oranais (les régions d’Aïn Séfra et de Colomb-Béchar). Il y restera jusqu’en novembre, en protégeant des convois et en effectuant des reconnaissances dans le territoire encore inconnu. Dès son retour à Sidi Bel Abbès, il sert à la 18e compagnie du V/1er RE, avant de se rendre à Madagascar en janvier 1902. Affecté en avril à la 2e compagnie dans le secteur de Belo pour participer à des opérations et des tournées de police en territoire des Sakalaves, le lieutenant Rollet ne quittera l’île qu’en mars 1905, avec les dernières unités de la Légion.

De nouveau en Algérie, il prend d’abord le commandement de la 4e compagnie du 1er Bataillon du 1er Etranger à Sidi Bel Abbès puis d’un détachement du 1er RE au sud de la ville et, enfin, de la section de discipline à Aïn Séfra. Fin 1906, quelques mois avant le début de la campagne française au Maroc, le lieutenant Rollet se rend à la frontière algéro-marocaine, affecté comme chef de section à la 3e compagnie montée de Berguent.

Au début de décembre 1907, la compagnie y sera remplacée par hasard par la 20e compagnie qui sera anéantie deux mois plus tard près de Forthassa, par une violente tempête de neige. Ce désastre touchera profondément toutes les unités du 1er RE qui en garderont un souvenir douloureux. Et c’est la 3e compagnie montée avec le lieutenant Rollet qui alla en février s’implanter elle-même à Forthassa, en remplacement de sa malheureuse unité sœur.

Après les opérations sur le Haut-Guir (dans le territoire de Bou Denib) et entre Berguent et Oujda, le lieutenant Rollet est enfin promu capitaine en mars 1909, après dix longues années de grade. Il est affecté au 2e Etranger (2e RE) et prend d’abord le commandement de la 10e compagnie, avec laquelle il part en juin de nouveau au Sud-Oranais et puis, en mars 1910, il rejoint la 2e compagnie à Casablanca au Maroc. En octobre, toujours aux alentours de cette ville, la 3e compagnie montée du 2e RE (ex-22e cie montée) passe sous les ordres du capitaine Rollet. Il la commandera jusqu’en juin 1914, dirigeant ses hommes au cours des opérations et des combats autour de Rabat, Kénitra, Fès et Taza. En même temps, sa compagnie effectuait la construction d’une piste de quatre-vingts kilomètres, menant de Fès à Bab Tiouka.

 

Lieutenant Rollet - Legion Etrangere - 1902
Le jeune lieutenant Paul-Frédéric Rollet de la Légion, en 1902.

Lieutenant Rollet - Legion Etrangere - 1908
Sur une carte postale de l’époque, avec sa fameuse barbe, le lieutenant Rollet de la 3e compagnie montée du 1er Etranger aux confins algéro-marocains en 1908.
Capitaine Rollet - Legion Etrangere - Cachet - 1912
Le cachet de la 3e compagnie montée du 2e Etranger du capitaine Rollet, sur une envelope adressée à son colonel, en 1912.

 
 

Le capitaine Rollet partit en France pour une permission de fin de campagne de trois mois, mais son repos fut interrompu par la déclaration de la guerre du 2 août 1914. Pour ainsi dire, le capitaine Rollet partit volontairement, « pour ne pas manquer l’affaire » disait-il, sur le front de France ; il fut affecté deux jours plus tard au 31e Régiment d’infanterie (31e RI) d’Orléans.

Le 22 août, il est grièvement blessé à la face mais refuse de se laisser évacuer et continue le combat jusqu’à épuisement complet. Le 6 septembre, il est à nouveau blessé à la tête. Le 15 octobre, nommé chef de bataillon, il prend le commandement du 331e Régiment d’infanterie (331e RI). Mais la nostalgie de ses légionnaires continue de le hanter. Dès le début des hostilités d’ailleurs, il travaille en contact étroit avec la Légion. C’est ainsi que, le 5 janvier 1915, en Argonne, il organise conjointement avec le 4e Régiment de Marche du 1er Etranger (« Légion Garibaldienne ») la seconde attaque du Bois de Bolante.

Nommé lieutenant-colonel en octobre 1915, son dynamisme et son sens du combat vont faire de lui, en mai 1917, après la mort héroïque du Colonel Duriez, le nouveau chef de corps du Régiment de Marche de la Légion Etrangère (RMLE). Ce régiment est formé le 11 novembre 1915 avec les survivants des quatre régiments de marche de la Légion qui, depuis le début du conflit, ont combattu sans cesse sur le front de France. Le lieutenant-colonel Rollet, toujours vêtu de sa légendaire tenue de toile kaki, retrouve ses légionnaires décimés par les énormes pertes subies dans les sanglants combats d’Aubérive, mais conservant toujours le moral intact.

À l’aide de cette poignée d’hommes qui lui reste et des renforts qu’il va recevoir, il reformera l’unité d’élite. Après un séjour relativement calme qui lui permet d’aller à Paris recevoir la fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire au Drapeau du RMLE, le régiment s’illustre à Cumières le 20 août 1917. Le 27 septembre, c’est la remise au Drapeau de la Croix de la Légion d’Honneur. Encore un temps de demi-repos en ligne, et, en avril 1918, surviennent les terribles combats du Bois de Hangard.

En mai, on voit les légionnaires du RMLE qui empêchent l’ennemi de déboucher de Soissons. En juin, encore une résistance victorieuse à Ambleny et à Saint-Bandry : la situation est une fois de plus sauvée par les légionnaires. Enfin, en août et en septembre, c’est l’attaque contre les formidables positions de la Ligne Hindenburg que la Légion, la première, réussit à percer, déclenchant ainsi le mouvement de recul définitif de l’ennemi. Le 14 septembre 1918, c’est chose faite. Sous les ordres du lieutenant-colonel Rollet, le RMLE devint l’unité le plus décorée de l’armée française, titulaire de neuf citations.

Reformée avant de regagner l’Algérie en 1919, son unité est transférée en octobre de la même année au Maroc, pour y devenir le 3e Régiment Etranger en novembre 1920. Rollet restera jusqu’en mars 1925 son prestigieux chef de corps.

 

Lieutenant-colonel Rollet - Legion Etrangere - RMLE - Drapeau - Croix de la Légion d'honneur - Général Pétain - 1917
Porté par le lieutenant-colonel Rollet, le Drapeau du RMLE reçoit des mains du général Pétain la fourragère de la Croix de la Légion d’honneur, le 27 septembre 1917. Le RMLE fut la toute première unité française décorée avec cette haute distinction.

Lieutenant-colonel Rollet - Legion Etrangere - RMLE - Drapeau - 1917
Le lieutenant-colonel Rollet avec le Drapeau du RMLE, 1917.
Lieutenant-colonel Rollet - Legion Etrangere - RMLE - Drapeau - Maroc - Camerone - 1920
Le lieutenant-colonel Rollet avec le même Drapeau du RMLE, pendant la cérémonie de la fête de Camerone au Maroc, fin avril 1920.

 
 

C’est à cette date que le lieutenant-colonel Rollet va prendre le commandement du 1er Régiment Etranger d’Infanterie (1er REI, ex-1er RE) à Sidi Bel Abbès. Portion centrale de la Légion composée à cette époque de sept bataillons, le 1er REI est un régiment très délicat à commander, en raison des missions qu’il doit accomplir en Algérie, au Maroc, en Indochine et au Levant. Fin septembre 1925, il est nommé colonel.

L’âge d’or de la Légion commence. Six années durant, le colonel Rollet insufflera son idéal à ce qui constitue déjà le cœur de l’Institution. Simultanément, il multipliera les inspections des unités de Légion au Maroc pendant l’étape finale de la pacification de ce pays, dans laquelle les légionnaires ont joué un rôle très important. Enfin, en mars 1931, il reçoit sa nomination au grade de général de brigade. Mais la Légion sans Rollet semble alors chose impensable et un compromis est trouvé : le nouveau général prend le commandement de la subdivision de Tlemcen, ainsi que le titre d’Inspecteur de la Légion Etrangère, créé tout spécialement pour lui. Le général Rollet devient donc le « Père de la Légion ».

Il prépare avec toute son ardeur les fêtes du Centenaire du 30 Avril 1931 dans l’espoir qu’en ce centième anniversaire de la Légion étrangère, la France toute entière rendra hommage à ses hommes qu’il connaît si bien pour les avoir commandés au plus fort de la fournaise. La préparation de l’anniversaire de la Légion comporte aussi la réalisation d’un colossal Monument aux morts et son inauguration, ainsi que la publication d’un Livre d’Or de la Légion.

Une fois les fêtes célébrées, le général Rollet va s’occuper de faire connaître sa Légion du grand public, va s’intéresser au sort de ses anciens, va procéder à un grand développement des Amicales, va favoriser l’éclosion de projets des Maisons de retraite, va intervenir sans relâche auprès des autorités, obtenant des facilités pour ceux des anciens qui veulent s’établir en Métropole, voire cherchant des situations décentes pour ceux qui sont sans travail. Le reclassement dans la vie civile devient sa hantise. Quand vient l’heure de la retraite, le 20 décembre 1935, ses efforts n’en continueront pas moins et il ne voudra connaître aucun repos.

Hélas, alors qu’en 1939 il avait vu se reproduire le miracle de 1914 où des milliers de Volontaires Etrangers étaient venus au secours de leur patrie d’adoption menacée, il dut alors subir l’épreuve de la défaite, à coup sûr terrible pour un homme de cette trempe qui n’avait connu que des succès.

Il ne restait plus au vieux chef de guerre qu’à mourir au milieu des « Gueules Cassées » (membres de l’Union des blessés de la face et de la tête) dont ses sept blessures lui avaient valu la présidence, depuis juin 1939.

Le 16 avril 1941, le légendaire général Paul-Frédéric Rollet s’éteignait à Paris au terme d’une vie bien remplie. Il avait consacré 33 ans à la Légion, la plus grande partie de sa carrière militaire. Le 25 avril, malgré les circonstances difficiles de l’époque, son dernier désir put être respecté et le « Père de la Légion » fut ainsi inhumé au milieu de ses compagnons d’armes, dans le carré Légion au cimetière de Sidi Bel Abbès. Fin septembre 1962, ses dépouilles mortelles furent transférées en France pour qu’il puisse reposer en paix à Puyloubier, domaine de l’Institution des invalides de la Légion, pas loin d’Aubagne, la nouvelle garnison du 1er Régiment Etranger.

 

Colonel Rollet - Legion Etrangere - 1er REI - Sidi Bel Abbès - 1927
Le colonel Rollet, chef de corps du 1er REI à Sidi Bel Abbès, 1927.

Général Rollet - Legion Etrangere - 1er REI - Sidi Bel Abbès - 1931
Le général Rollet devant le nouveau Monument aux morts à la Caserne Viénot du 1er REI à Sidi Bel Abbès, pendant les fêtes du Centenaire du 30 Avril 1931.
Général Rollet - Legion Etrangere - Inspection - Maroc - 1933
Le général Rollet au cours d’une inspection des unités de Légion au Maroc, en 1933.
Colonel Rollet - Legion Etrangere - Madame Alice Rollet
Le colonel Rollet avec sa femme, Madame Alice Rollet (née Hébert), dans les années 1920. Le mariage s’effectua fin 1925. Le couple restera sans enfants (il n’y avait qu’un fils adoptif, futur chef de bataillon Haissa).
Colonel Rollet - Legion Etrangere - chiens
Le colonel Rollet avec ses chiens.
General Rollet - Legion Etrangere - carte de visite
La carte de visite du général Rollet. Elle est publié avec l’aimable autorisation de Krzysztof Schramm, son possesseur. L’historien de l’A.A.A.L.E. en Pologne, il est l’auteur du livre du légionnaire Zygmunt Jatczak, Niczego nie żałuję.
Général Rollet - Legion Etrangere
Le général Rollet. Collection de Krzysztof Schramm.
Général Rollet - France - 1939
Le général Rollet en civil, en 1939.
Général Rollet - Gueules cassées - 1939
Le général Rollet décore avec la Légion d’honneur l’un de ses « Gueules Cassées », les survivants de la Première Guerre mondiale affectés par des séquelles physiques graves au niveau du visage. Il devint leurs président en juin 1939, ayant remplacé le maréchal Pétain, et s’occupait d’eux jusqu’en sa mort en 1941.
Général Rollet - obsèques - Sidi Bel Abbès - 1941
Le corps du général Rollet arrivant à Sidi Bel Abbès, le 25 avril 1941. Ses dépouilles furent inhumées au cimetière de cette ville, dans le carré Légion.
Général Rollet - Legion Etrangere - dépouilles - Sidi Bel Abbès - 1962
Le 29 septembre 1962, suite à l’indépendance de l’Algérie, les dépouilles du général Rollet, du chef de bataillon Aage de Danemark et du légionnaire Zimmermann (le dernier tué du 1er RE en Algérie), accopmagnées des drapeaux et reliques déposés à la salle d’honneur du 1er RE, sont transférés par avion de Sidi Bel Abbès en France. Les dépouilles mortelles sont aussitôt conduites à Puyloubier, au carré Légion.
Général Rollet - tombe - Sidi Bel Abbès - Puyloubier - 1963
A gauche, la tombe du général Rollet à Sidi Bel Abbès en Algérie. A droite, à Puyloubier en avril 1963, le lieutenant-colonel Le Vert (cdt pvt du 1er RE) dépose une gerbe pendant la tout première cérémonie en France commémorant la mort du « Père de la Légion ». Madame Rollet y sera inhumée fin mai 1971, aux côtés de son mari.
Général Rollet - Legion Etrangere - Père de la Légion étrangère
Général Paul-Frédéric Rollet, « Père de la Légion ».

 
 

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Principales sources d’informations:
Képi blanc revues
Pierre Soulié: Paul-Frédéric Rollet : Père de la Légion étrangère (Editions Italiques, 2007)
Google.com
Wikipedia.org

 

 

L’article original : General Paul-Frédéric Rollet

 

 

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La page a été mise à jour le : 16 avril 2021

 

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